Article complet du mercredi 27 mai 2015 :

ANATOMIE - LA TÊTE ET LE COU - II

 

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  • Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. La tête et le cou – II, Ostéologie et parties molles », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 27 mai 2015.   

 

 


 

 

 

 

 

ANATOMIE HUMAINE

LA TÊTE ET LE COU - II

OSTÉOLOGIE ET PARTIES MOLLES

 

Richard-Alain JEAN

 

 

          Nous allons poursuivre ici l’étude comparée de quelques détails connus par les médecins égyptiens de l’anatomie de la tête et du cou [1]. Nous verrons ainsi que les structures osseuses sont toujours définies comme telles. Elles sont parfois qualifiées de « coquilles » à certains endroits, et ceci en référence explicite dans les textes, au développement progressif embryologique en îlots séparés – qui finiront bientôt par se rejoindre aux niveaux des « sutures ». J’en reparlerai en obstétrique.

         La musculature sera brièvement évoquée, sauf à propos des principaux muscles masticatoires, dans leurs domaines anatomique et physiologique. Les organes enfin, au niveau de la tête, se trouvent, je le rappelle, pour la plus grande majorité, consacrés chacun à une fonction dépendante de la neurologie. Ils seront étudiés d’une façon intégrée, quitte à compléter ou à renvoyer de temps à autre à un article plus spécialisé. Ainsi, j’ai déjà indiqué par exemple, que l’ophtalmologie et l’odontostomatologie, seront approfondies à part.

         Je renvoie encore aux Atlas correspondants pour plus d’illustrations commentées.

 

 


 

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         1. Ostéologie

 

         Les os de la tête se divisent en deux parties fonctionnelles : 1. ceux du « neurocrâne » protégeant principalement l’encéphale, et, 2. ceux du « splanchnocrâne » qui forment les parties moyenne et inférieure de la face et qui contiennent quatre sens (vue, ouïe, odorat, goût). Ils proviennent de formations embryologiques différentes, parfois regroupées à terme, et que les médecins de l’époque pharaonique avaient en partie déjà commencé à percevoir en fonction de leur apparence, comme nous le verrons plus bas.

 

         1.1. Le crâne

p

p[2][3], [4], [5].

 

 


 

3

 

p

p

p[6], [7].

 

 


 

4

 

p

          1.1.3. L’os pariétal

p

         1.1.4. L’os temporal

p[8].

 

 


 

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p          3. Ce dernier est encore suivi en arrière par le « processus mastoïde » facile à palper et connu en pathologie (son tiers antérieur est squameux, alors que ses deux tiers postérieurs sont pétreux).

         Les autres fractions de l’os temporal sont « pétreuse » avec le « rocher », puis, de nature « tympanique ». Sans en connaître les détails embryologiques et histologiques, les Anciens semblent bien avoir d’une certaine façon perçu une différence, tout au moins entre la partie « écaille » (plate et bombée) et les portions internes plus solides et cavernoïdes « en bloc ».

         Les dispositifs sensoriels de l’audition et de l’équilibre sont localisés dans le « rocher », et l’organe de l’audition déborde sur la partie « tympanique » de l’os temporal.

         Il faut rappeler que c’est à ce niveau que se trouve l’oreille moyenne, avec la « caisse du tympan » qui contient la « chaîne ossiculaire » (les trois osselets). Elle s’ouvre en arrière dans « l’antre mastoïdien » (avec ses cellules mastoïdiennes), et vers l’avant, elle se continue par la « trompe auditive » (trompe d’Eustache) qui se dirige ensuite obliquement en bas pour déboucher, au niveau de « l’ostium pharyngé » situé sur la paroi latérale du pharynx. Ce long passage la fait donc communiquer avec la caisse du tympan afin d’égaliser les pressions aériennes entre les éléments de l’oreille externe et ceux de l’oreille moyenne. Nous avons vu que les chanteurs égyptiens savaient en moduler les effets en agissant manuellement sur le « tragus ».

         Quant à « l’oreille interne », elle contient en gros le « labyrinthe » qui débute dans le « vestibule » et s’ouvre, d’une part, sur le « saccule » et sur « l’utricule » suivi des « canaux semi-circulaires » pour l’organe de l’équilibre, puis, d’autre part, sur la « cochlée » (limaçon) pour l’organe de l’audition. Le méat acoustique interne contient le nerf auditif (VIIIe paire de nerfs crâniens). Si les Égyptiens avaient compris le trajet auditif partant de « l’orifice » du « conduit auditif externe » jusqu’ à la « trompe d’Eustache », je ne suis pas certain qu’ils connurent le détail des parties labyrinthiques ni leurs rôles physiologiques propres. En revanche, la clinique pharaonique nous enseigne que le tympan et l’oreille moyenne étaient perçus comme des éléments importants dans l’audition. Nous avons aussi, j’y reviendrai bien à propos, quelques indications neurologiques.

         La fracture du « rocher » intéressant la « pyramide pétreuse extra- labyrinthique » (le plus souvent longitudinale dans l’axe) entraîne pratiquement toujours un hémo-tympan qui est capable, entre autres, de se propager vers le « sinus sphénoïdal ». On trouve parfois une paralysie faciale (20%). Si cette fracture intéresse l’oreille moyenne, une dislocation de la « chaîne ossiculaire » provoque une surdité quelque temps après le traumatisme (elle est supérieure à 30 db). L’écoulement de « liquide cérébro-spinal » (liquide céphalo-rachidien) par le « méat acoustique externe » témoigne d’une brèche méningée. Cette fuite peut également se faire dans le rhino-pharynx. Le Papyrus chirurgical Smith en évoque des éléments cliniques intéressants.

 

 


 

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p[9], [10].

          Cette face postérieure s’ouvre, en dedans, en deux « parties latérales », dont l’origine embryologique est endochondrale, et perd donc ici le sens « d’écaille ». Ces portions se prolongent chacune de chaque côté afin d’ouvrir le grand trou qui communiquera avec le « canal vertébral » (foramen magnum), et que nous avons déjà étudié à propos de l’anatomie la colonne vertébrale. Il mesure environ 35 millimètres longitudinalement sur 30 millimètres transversalement.

         C’est sur cette partie latérale enfin, et sur ses deux faces externes, que siègent les deux « condyles occipitaux » qui s’articuleront avec « l’atlas » (la première vertèbre cervicale).

         Les deux éléments latéraux se réunissent en avant pour former la partie basilaire, et cette dernière s’articule en avant avec l’os sphénoïde.

 

         1.1.6. L’os sphénoïde

 

         Difficile à percevoir car il appartient à la « base du crâne », l’os sphénoïde s’articule pourtant avec tous les os de cette entité. Embryologiquement, il provient de treize points d’ossification cartilagineuse. Il est donc loin de constituer une écaille (!) Mais, il est cependant tentant d’en attribuer le nom à chaque face externe de ses grandes ailes, car elles sont situées entre l’écaille frontale en avant, l’écaille temporale en arrière, et l’écaille pariétale en haut. Il faudra en tenir compte pour les traductions des papyrus médicaux.

         Je rappellerai simplement ici que les portions internes des grandes ailes rejoignent le « corps du sphénoïde » au centre, que ce corps est visible en avant au centre des « cavités orbitaires », qu’il forme la « selle turcique » en arrière, les petites ailes en haut et en interne. Les deux « processus ptérygoïdes » se dirigent de chaque côté vers le bas.

         Le « corps du sphénoïde » est encore, et c’est important, en rapport avec les cavités nasales. En effet, c’est à l’extrémité de la « crête sphénoïdale antérieure » (rostrum) que se trouvera appendu le « vomer ». Plus latéralement, l’ouverture des « cellules sphénoïdales » ou « sinus » s’articulent avec le « labyrinthe ethmoïdal ». Les « processus ptérygoïdes » issus, eux, et comme nous l’avons vu des grandes ailes, sont appendus verticalement et délimitent de chaque côté le naso-pharynx.

 

 


 

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         1.1.7. L’os ethmoïde

 

         Situé en avant du « corps du sphénoïde », l’os ethmoïde est en partie limité en haut par la « lame criblée de l’ethmoïde ». Elle forme le toit des « cavités nasales ». Cette structure horizontale est formée de deux gouttières sagittales percées de trous. Elle est en rapport avec le « bulbe olfactif » à partir duquel s’échappent les « filets du nerf olfactif » (Ie paire de nerfs crâniens), et auxquels les orifices ménagés dans son épaisseur livrent le passage. Cette structure particulière est bien connue des embaumeurs égyptiens. En effet, les opérateurs devaient l’effondrer avant de commencer à introduire les plus longs crochets d’excérébration  [11]. Ensuite, ils devaient repasser par cet endroit pour finir d’extraire le contenu de la boîte crânienne. Et encore, mais indirectement cette fois, pour remplir cette dernière de résines à l’aide d’une cuillère nasale à deux becs verseurs.

         De chaque côté de la « lame criblée » sont appendus, et maintenus par l’os frontal, les deux « labyrinthes ethmoïdaux » avec chacun plusieurs « cellules ethmoïdales » ouvertes en partie ou « sinus ». Si les faces latérales externes de ces labyrinthes sont visibles dans les « cavités orbitaires », leurs faces latérales internes sont destinées, elles, à produire chacune le « cornets nasal supérieur » et le « cornet nasal moyen », tandis que le « cornet nasal inférieur », indépendant, est situé plus bas. La « lame perpendiculaire » est appendue au centre de la face inférieure de la « lame criblée ». Elle s’articule entre autres avec l’épine nasale du frontal, les deux « os nasaux » (os propre du nez), le « cartilage de la cloison nasale » (cartilage septal), et avec le « vomer » (Fig. 3-5).

         Il faut encore rappeler ici que les fosses nasales s’ouvrent en arrière par les « choanes » limités en haut par le « corps du sphénoïde » avec au centre le « vomer », puis en latéral externe par les « lames médiales » du « processus ptérygoïde», et en bas par la « lame horizontale du palatin ». Alors qu’en avant, elles bénéficient de « l’ouverture piriforme », de forme triangulaire à base inférieure, qui est creusée dans la partie centrale du maxillaire supérieur. Elles sont limitées en haut par les « os nasaux » (os propre du nez). L’os lacrymal (unguis) sera traité ultérieurement.

 

         1.1.8. Les fosses nasales en résumé

 

p[12], [13], [14].

 

 


 

8

 

p[15]

 

 

p

 

  

p

 

 


  

9

 

 

p

 

 

p

p[16][17][18].

 

 


 

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p[19], [20].

          Ensuite, cet os forme « l’arcade dentaire supérieure » constituée des deux « processus alvéolaires » comprenant chacun huit « alvéoles » afin de loger les seize « dents » supérieures (Cf. infra).

 

         1.2.2. L’os zygomatique

 

p[21][22].

 

  


 

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p

 

NB. On se reportera également aux Atlas pour les parties osseuses non ici notifiées.

 

 


 

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          1.2.3. Le maxillaire inférieur

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p           

            J’ai déjà indiqué que nous retrouverions l’ensemble mandibulaire très en détail dans une autre publication.

[23][24], [25], [26][27], [28][29].

 

 


 

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          2. Les parties molles

 

         2.1. Myologie

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         2.1.1. Physiologie musculaire

 

          J’ai déjà traité de la physiologie musculaire égyptienne pharaonique [30], mais je vais très brièvement en reparler, car nous en avons ici un autre exemple intéressant.

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         En voici la raison. Le muscle temporal s’insère en haut sur la « fosse temporale » et se termine en bas sur l’apex et la face médiane du « processus coronoïde » ainsi que sur le bord antérieur de la branche montante de la mandibule. Essentiellement, il élève la mandibule (fermeture de la bouche). Il passe ainsi, sous « l’arcade zygomatique » en arrière, et sous « processus temporal » de « l’os zygomatique » en avant. Il chemine donc un moment de concert avec le muscle « masséter » puisqu’à ce niveau, la « partie profonde » de ce dernier se dirige en haut pour s’insérer sur le bord inférieur de « l’arcade zygomatique », avant que ses fibres ne plongent en bas pour s’insérer sur la face latérale de la branche de la mandibule. Tandis que, les parties superficielles du masséter s’insèrent en haut un peu de la même façon en arrière, puis sur le bord inférieur de « l’os zygomatique » en avant. Ses fibres se dirigent ensuite vers le bas pour s’insérer à « l’angle mandibulaire ». Il élève également la mandibule (fermeture de la bouche). Je ne parlerai pas des muscles ptérygoïdiens qui sont plus profonds. Tous ces éléments concourent ensemble, en se contractant, en gros, à l’élévation mandibulaire et donc à la fermeture de la bouche. De cette manière, cette continuité mécanique, associée à l’enchevêtrement anatomique interne rétro-zygomatique – dont la dissection fine [31] n’est pas facile à mener sans risque de confondre les éléments entre eux – ont probablement amené les médecins de l’époque à davantage

 

 


 

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         Tout ceci peut être, bien qu’un peu rapidement, illustré par l’image de plusieurs jouets égyptiens en bois qui représentent différents animaux. Sur certains modèles, la mâchoire inférieure est articulée au niveau de la gueule. Elle est actionnée par une corde passant par un orifice supérieur de la partie fixe de la tête, et qui se termine en bas sous la mâchoire par un nœud. Il suffit alors de provoquer une « tension » en haut afin de refermer la gueule en bas.

 

 

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2.2. Splanchnologie

 

2.2.1. Les organes cérébraux-spinaux

p[32], [33][34], [35][36][37]

          Je n’ai pas encore trouvé de représentations « franches », c’est-à-dire avec détails, du cerveau dans l’art égyptien. Cependant, en cherchant bien, j’ai peut-être au Musée du Louvre au moins un élément à étudier.

          Cette pièce est habituellement qualifiée « d’objet commémoratif en forme de calotte ». Il appartient au majordome Senmout (Louvre E 27712). Cette modeste sculpture de la XVIIIe dyn. (H. : 3,40 cm. ; l. : 5,75 cm. ; L. : 4,30 cm.) a été taillée dans un petit bloc en calcite à veines rouges (Fig. 17-18), en prenant bien soin de faire coïncider une unique et étroite bande colorée avec la partie centrale. Cette zone naturelle délimite ainsi deux côtés clairs dans le sens de la longueur. La partie inférieure n’est pas plane, mais arrondie sur toute la circonférence ovalaire. La surface est lisse dans sa partie supérieure, et porte une inscription circulaire dans sa partie moyenne qui est taillée comme un bandeau limité en haut et en bas. Ainsi, plus qu’une « calotte » d’os ou de tissus, il est sûrement possible d’y voir la forme hémisphérique cérébrale bilobée encore protégée par la dure-mère, puisqu’aucune circonvolution sous-jacente aux méninges ne transparaît en relief. De plus, les deux hémisphères sont notés séparés d’avant en arrière, avec dans la partie superficielle haute, c’est-à-dire en haut de ce qui doit vraisemblablement ici figurer la « scissure inter-hémisphérique », la très juste visualisation du « sinus sagittal supérieur » (longitudinal supérieur) longeant le « bord supérieur de la faux du cerveau » (abordable chez l’enfant au niveau de la fontanelle antérieure) et qui, en quelque sorte, signe le profil cérébral de cette réalisation finalement assez recherchée (Fig. 14-16). Le « sinus transverse » est situé en bas. Il s’agit d’un dispositif sanguin veineux communiquant. Comme je l’ai souvent rappelé, les médecins égyptiens ne figuraient que les vaisseaux les plus importants, dont celui-ci central, et peut-être cet autre transversal couvert d’écriture (ou sa ligne inférieure).

 

 


 

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18a

 

 

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         L’incisure naturelle, offrant le passage à la veine minérale rouge, laisse apparaître de petites courbures sur un bord prolongées par de petites ombres sinueuses de chaque côté. Elles sont au total à interpréter comme des reliefs profonds d’amorces de circonvolutions dans leurs abords sagittaux. D’autres exemples de calcite à veines rouges, visualisés in situ dans les sites naturels de gisements, en donnent des aspects saisissant de réalisme. D’où probablement le choix de ce matériau inhabituel, réalisant une cryptographie minérale (Fig. 17-18).

 

 

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Page ajoutée le 31 janvier 2016

 

Photos de dissection et dessin :

Fig. 18 b. Dissection de la boîte crânienne.

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Fig. 18 c. Apparition de la dure-mère.

 

 


 

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Page ajoutée le 31 janvier 2016

 

Dessins et photos de dissection :

 

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 Fig. 18  d & e. Apparition des circonvolutions après ouverture et rabattement de la dure-mère.

 

          Dessins et photos de dissection extraits de : Stéphane VELUT, "L'encéphale et ses enveloppes", dans Jacqueline VONS, La Fabrique de Vésale - La mémoire d'un livre, Actes des journées d’étude des 21 et 22 novembre 2014, Collection Medic@Bibliothèque Interuniversitaire de Santé, Paris 2016, p. 79-80.

 

 


 

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         Le texte gravé en circulaire dit ceci : « Exécuter des [choses] secrètes pour Amon, par le majordome Senmout, bienheureux ». Ainsi, le confident de la reine Hatchepsout gardera à jamais gravé dans son « cœur cérébral », ainsi que désormais dans son « cœur cérébral et minéral », les actions confidentielles, menées au devant du dieu tutélaire, et sous sa protection, pour sa souveraine. Le détail de ces actes, la réflexion et l’énergie dépensées pour les mener à bien en toute discrétion, ont visiblement été à la charge de cet homme – qui en a reçu le memorendum, et sous la forme, non pas d’un « cœur », mais de « deux hémisphères » séparés par le « lien vasculaire » qui « noue la vie » (serait-ce le secret d’un enfant ?)

         Il faut encore remarquer que ces deux hémisphères ne comportent pas de sous-unités centrales postérieures : pas de cervelet, ni de tronc cérébral. La fonction générale allouée à l’organe évoqué serait-elle en partie au moins perçue ? Les circonvolutions, ici gardées invisibles, sont probablement, dans cette hypothèse, les gardiennes des « secrets » enfouis dans leurs complexes sinuosités – un peu à la manière de ce que les Égyptiens réservaient aux incursions démoniaques, et que les multiples contours des appareils entrelacés devaient décourager en les perdant [38]. Les choses seraient ainsi bien dissimulées, mais accessibles à tout moment au seul propriétaire capable de se les remémorer.

         Les « calculs » et la « mémoire » que tout cela demandait étaient donc considérés davantage du ressort du « chef » de l’individu qui en était chargé (sa tête), c’est-à-dire ici plus précisément à localiser dans ces deux hémisphères cérébraux, plutôt que plus bas dans son « cœur sensible » (jb en 3tj) capable pourtant d’en élaborer de concert le schéma général. Cette pièce muséologique, qui est plus proche d’un ex voto, et donc d’une « représentation organique sauvegardée », est un indice sérieux de plus. J’en reparlerai.

 

         Les organes que nous allons aborder maintenant ont tous une fonction sensorielle.

 

         2.2.2. La langue

p[39], [40][41], [42][43].

 

 


 

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         Ses autres rôles physiologiques, dans la phonation, et la déglutition, n’étaient certes pas ignorés par les médecins et les écrivains littéraires de l’époque. Le clergé et ses chanteurs en connaissaient bien les usages, ainsi que les possibilités de modulations, elles-mêmes en lien avec la respiration et le contrôle auditif manuel avec régulations à l’aide de pressions sur le tragus de l’oreille.

         J’ai déjà évoqué son rôle probable en anthropologie : Richard-Alain Jean, « La place du cœur dans les anthropologies égyptienne et comparées. Perspective médicale », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 3 juin 2013, 2. Anthropologie comparée, tableau 5, voir aussi la note 17 pour la Bible. Cette adéquation doit être mise en rapport avec le « cœur cérébral » probablement à relocaliser dans l’une des parties supérieures de l’homme, son « chef ».

 

         2.2.3. La salive

p[44].

 

         2.2.4. Le palais

p[45][46].

          Il représente également dans l’esprit égyptien, un lieu de parole dont il est le toit [47], et la langue le plancher flottant, ces deux entités limitant l’intérieur de la « cavité buccale » qui s’ouvre en avant par l’intermédiaire de la « bouche » et en arrière dans « l’oropharynx ». Il semble s’arrêter à ce niveau pour les Anciens, puisqu’ensuite, c’est le « gosier » qui prend le relais.

          Comme il est situé à la hauteur de l’axis, nous sommes ici à la frontière de la tête et du cou puisque la colonne cervicale se trouve immédiatement en arrière. Je renvoie ici aussi à la première partie de l’anatomie de l’appareil respiratoire (p. 1-8), ainsi qu’à l’Atlas.

 

         2.2.5. Le gosier

 

p[49], [50][51][52][53][54].

 

 


  

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explique qu’ils désignent le plus souvent une partie aérienne, souvent traduite par « gorge ». Cependant, ces mots peuvent être synonymes. En effet, le « gosier », qui est, lui, une partie interne, forme une sorte d’entonnoir se terminant en bas avec la « voie » aérienne inférieure en avant, et la « voie » digestive en arrière. Peut-être faudrait-il chercher là des étymologies [55]. Seul un examen attentif du contexte clinique des textes médicaux, ou physiologique des autres textes, en fournira, à chaque fois, la juste traduction.

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         2.2.6. Vascularisation

 

         J’ai déjà indiqué ailleurs que le médecin savait palper les pouls avec sa main et ses doigts placés sur la tête et la nuque (pEbers 854a. 99,3). Il s’agit de percevoir les pulsations cardiaques dans plusieurs endroits, comme au niveau de la carotide, de l’artère temporale superficielle, de l’artère faciale, et d’un segment de l’artère occipitale qui remonte verticalement à la face postérieure du scalp.

         Les écrits nous disent que pratiquement toutes les formations importantes sont vascularisées par deux vaisseaux principaux. C’est le cas du front, des yeux, des sourcils et des narines (pBerlin 163g).

p[57].

         Pour les vascularisations cérébrales, nous avons déjà évoqué le « sinus longitudinal » et le « sinus transversal » qui drainent le cerveau. Chez le très jeune enfant, le « sinus longitudinal » est en rapport avec les fontanelles antérieure et postérieure. Ces dernières sont pulsatiles en raison des vaisseaux sous-jacents issus des artères cérébrales antérieure, moyenne, et postérieure bilatérales. Ainsi, les circonvolutions exposées à l’occasion d’une fracture ouverte avec rupture méningée ont bien, comme l’avaient remarqué les chirurgiens pharaoniques, un aspect « pulsatile » (p.Smith C 6. 2,20 = Glose B).

         Nous noterons ensemble pour finir que seuls, et très logiquement ici, les très gros conduits internes et externes ont été pris en compte dans les papyrus médicaux qui nous sont parvenus.

 

 


 

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[1] Comme d’habitude, je renvoie aux sections spécialisées de l’Encyclopédie Médico-Chirurgicale (EMC) publiée à Paris par Elsevier-Masson, puis, aux ouvrages classiques d’anatomie : Rouvière 1959, Rouvière 1976, Rouvière-Delmas 2002, Kamina 2013 ; ainsi qu’éventuellement à : Patzer 2001, Kahle-Frotscher 2007. En ce qui concerne les schémas anatomiques, je rappelle qu’ils correspondent, soit à des originaux, soit à des reproductions réalisées à partir de manuels plus anciens toujours cités – et éventuellement modifiés par mes soins pour les moderniser ou les clarifier à la lumière des derniers enseignements.  

[2][3][4][5].

p

 [6] Wb I, 297,10 - 298,5 ; Lefebvre 1952, § 10 p. 11 ; Lacau 1970, § 74 p. 35 et 416 p. 153 ; Alex. 77.0894, 78.0936, 79.0646 « sommet de la tête » ; Walker 1996, p. 268 « 1. Parting of the hair ; 2. Crown of the head . The entire parietal region of the cranium ; i.e. the two parietal bones and the intervening sagittal suture » (1. Séparation des cheveux ; 2. Couronne de la tête ; La région pariétale du crâne; c’est-à-dire les deux pariétaux et la suture sagittale) ; Hannig-Wb I & II,1 - 7265 « Scheitel (d. Menschen) » (Vertex - des gens) ; PtoLex. p. 227 « top of head » (dessus de la tête) ; Cauville 1997, III, p. 115 « Le front ». Il s’agit en fait de l’endroit, non pas de la dépose circulaire des couronnes, mais du point idéal d’où elles se dressent, comme une plume (au sommet).

[7] Wb 1, 346,1 ; Lefebvre 1952, § 10 p. 12 ; FCD, p. 65 « crown of head » (sommet de la tête) ; Hannig 1995, p. 208 « Schädeldecke ; Scheitel 3htn ẖrd Fontanelle » (crâne ; apex  3htn ẖrd fontanelle) ; Walker 1996, p. 268 « crown of the head, bregma » ;

[8] Wb II, 24, 9-16 ; Lefebvre 1952, § 13 p. 14 ; Lacau 1970, § 123 et 125 p. 53-54 ; Alex. 78.1613 « la tempe », 79.1115 « la tempe », « (les boucles de cheveux de) la tempe » ; Walker 1996, p. 269 « side of the head, tempe » (côté de la tête, tempe) ; Hannig-Wb I & II,2 - 12198 « Schläfe » (tempe) ; Cauville 1997, III, p. 199-200 « la tempe » ; Takács, III, 2008, p. 57-58.

[9] Wb III, 8, 5-11 ; Lefebvre 1952, § 10 p. 12 ; Lacau 1970, § 75-84 p. 35-40 ; Alex. 79.1866 « la partie arrière (de la tête) » ; Walker 1996, p. 271 « occiput » ; Hannig-Wb I & II,1 - 19276 « Hinterkopf » (occiput) ; PtoLex. p. 610 « back of the head » (arrière de la tête).

[10] Wb II, 128,1 ; Alex. 79.1317 « la nuque » ; Walker 1996, p. 269, 271 et 270 ; Takács, III, 2008, p. 484.

[11] R.-A. Jean, La chirurgie en Égypte ancienne. À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Éditions Cybele, Paris, 2012, p. 117-122.

 

 


  

24

  

[12] Wb II, 153, 5-6 ; Lefebvre 1952, § 19 p. 19 « fosses nasales » ; Lacau 1970, § 112 p. 80 « fosses nasales » ; Alex. 79.1367 « narine » ; Walker 1996, p. 270 « side of the nose, nostril » (côté du nez, narine) ; Hannig-Wb I & II,1 - 13989 « Nasenmuschel, Nasenloch » (cornet, narine) ; PtoLex. p. 468 « nostril  » ; Takács, III, 2008, p. 550-551. Ce mot sera aussi à interpréter en fonction des contextes anatomique et clinique.

[13] Lefebvre 1952, § 19 p. 19 « colonne du nez » ; Lacau 1970, § 111 p. 49 « pilier du nez, la cloison du nez » ; Walker 1996, p. 265 « pilar of the nose, nasal septum ».

[14] Lefebvre 1952, § 19 p. 19 « la racine du nez ».

[15] Lefebvre 1952, § 19 p. 19 « os nasal » ; Lacau 1970, § 111 p. 49 « la chambre du nez » ; Walker 1996, p. 276 « facial sinus ».

[16][17][18][19].

p

[20] Wb III, 121,10-11 ; Lefebvre 1952, § 20 p. 21 ; Lacau 1970, § 146-154 p. 59-62 « palais » ; Alex. 77.2765, 78.2743 « la gorge, le gosier » ; Walker 1996, p. 272-273 ; Hannig 1995, p. 543 « Schlund » (pharynx) ; PtoLex. p. 658 « oral cavity, gullet» (cavité buccale, œsophage) ; Voir aussi le mot ḥng : Wb III, 121,5-6 ; Alex. 77.2764 « être pourvu de dents ». Le sens de ce dernier mot est normal puisque le « palais osseux » fait partie du maxillaire supérieur. À Dendara, un verbe ḥngg signifie « exulter » : Cauville 1997, OLA 101, p. 738, OLA 132, p. 327. Or, c’est bien la bouche qui exulte : ḥngg r3 ḥr qd « la bouche exulte de (décrire) la silhouette » (Dend. VI. 22,15).

[21][22][23][24][25].

p

 

 


 

25

 

[26][27][28][29][30][31].

p

[32] Richard-Alain Jean, « Autour du cerveau. Anatomie, physiologie », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 17 juin 2013 ; Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le rachis - I », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 25 février 2015 ; Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le rachis - II. Atlas anatomique égyptien commenté », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 16 mars 2015.

[33] Wb II, 356,12 ; Grundriss I, p. 28 ; Lefebvre 1952, § 11 p. 13 ; Alex. 77.2250 « membrane (enveloppant le cerveau), dure-mère » ; Walker 1996, p. 271 « intracranial diaphragm i.e. falx cerebri, falx cerebelli » ; Hannig 1995, p. 442 « Membran, ‘Haut’, Fell, Hirnhaut ».

[34] Lefebvre 1952, § 11 p. 13 ; Hannig 1995, p. 429.

[35] Wb I, 2,10 ; Grundriss I, p. 27-28 ; Lefebvre 1952, § 11 p. 11-12 ; FCD, p. 1 « viscera », ȝjs n ḏnnt « brain » (cerveau) ; Walker 1996, p. 265 « internal organs, viscera » ; Hannig 1995, p. 2 « Gehirn (Menschen, Tiere) » (cerveau : des humain et des animaux).

[36] Wb I, 186,14-15 ; Grundriss I, p. 28 n 4 ; Lefebvre 1952, § 11 p. 13 ; FCD, p. 43 « brain » ; Walker 1996, p. 267 « brain » ; Hannig-Wb II,1 - 5205 « Körperteil (im Kopf von Tieren ; Gehirn) » . Ce terme a été interprété comme les entrailles du pélican offertes à ces oisillons, mais, il pourrait aussi se comprendre dans ce contexte par « exiger un cerveau » afin « d’acquérir le formulaire » (CT III, Sp. 243 (331a) = Carrier I, p. 592-593 ; Barguet p. 133). Il pourrait alors provenir du mot ʿm « savoir, comprendre » (Wb I, 184, 16-21). Voir cependant : D. Meeks, Dictionnaire, Fascicule 1, Montpellier, juillet 2010 (Édition confidentielle CNRS – UMR 5140), dans 3js « remarque » pour ʿmm p. 7.

[37] Wb V, 262,1 ; Grundriss I, p. 20 et 28 ; Lefebvre 1952, § 11 p. 3 ; Alex. 78.4544 « le cerveau » ; Walker 1996, p. 278 « brain  » ; Hannig-Wb II,2 - 36697 « Knochenmark » (moelle osseuse). Westendorf 1999, I, p. 133 pRam V XVIII « Knochenmark des Rindes » (moelle osseuse de bœuf). Il pourrait peut-être aussi s’agir du tronc cérébral suivi de la moelle épinière.

[38] Voir à ce sujet : R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, La mère, l’enfant et le lait en Égypte Ancienne. Traditions médico-religieuses. Une étude de sénologie égyptienne (Textes médicaux des Papyrus du Ramesseum n° III et IV), édité par Sydney H. Aufrère, L’Harmattan, Paris, 2010, p. 272-273, 289 et 299.

 

 


 

26

 

 [39][40][41][42][43][44][45].

p

 [46] Voir pour tout cela : G. Daressy, Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l’archéologie égyptiennes et assyrienne pour servir de bulletin à la Mission Française du Caire, « Inscriptions de la chapelle d’Amennitris à Médinet-Habou », XXIII, Paris, 1901, p. 14, l. 119 et l. 122 p. 15 ; Lacau 1970, § 147-154 p. 60-62 ; Vycichl 1983, p. 298.

[47][48][49][50][51][52][53][54][55].

p

[56] Ebbell, op. cit. p. 300.

[57] Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le rachis - I », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg,25 février 2015, p. 6. 

 

  


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