Article complet - mardi 7 janvier 2014 :

PHYSIOLOGIE - Ergonomie

 

02 - E 25212 - Brasseur de bière - © Richard LEJEUNE

 

  • Richard LEJEUNE, « Une remarque d’anatomo-physiologie formulée à propos d’un modèle de brasseur en calcaire peint du Musée du Louvre », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 7 janvier 2014.

 

 


 

 

 

 

UNE REMARQUE D’ANATOMO-PHYSIOLOGIE

FORMULÉE À PROPOS D’UN MODÈLE DE BRASSEUR

EN CALCAIRE PEINT DU MUSÉE DU LOUVRE

 

Richard LEJEUNE

 

 

 

    À l’instar de maints départements d’antiquités égyptiennes au sein des musées européens et des États-Unis, celui du Louvre détient quelques statuettes de personnages en plein travail que les égyptologues ont coutume de nommer des « modèles ».

    L’une des trois qui sont exposées au sommet du panneau central de la vitrine 6 de la salle 5 a plus particulièrement retenu l’attention des visiteurs d’Égyptomusée, parmi lesquels les éditeurs de l’Histoire de la médecine en Égypte ancienne qui me font beaucoup d’honneur en m’offrant l’opportunité de la présenter ici même, à leurs propres lecteurs, assortie des remarques et des commentaires laissés sur mon blog [1] par des spécialistes d’anatomo-physiologie, essentiellement mon ami François, kinésithérapeute de profession.

  

01 - E 25212 - E 25213 et E 17238 - © Richard LEJEUNE

 

Un modèle de brasseur suivi de deux modèles de meunières en calcaire peint

(Panneau central de la vitrine 6 de la salle 5 du Musée du Louvre,

E 25212, E 25213 et E 17238).

 

 


 

2

 

    Familiarisons-nous donc, voulez-vous, avec le « Brasseur du Louvre » (E 25212).

 

    Parce que dans une précédente intervention, j'avais précisé certaines données "techniques" le concernant, parce que j'avais également indiqué les tenants et aboutissants de sa découverte, vous m'autoriserez, j'espère, à n'y point revenir et, tout de go, à envisager la position qui est sienne.

    Vous aurez évidemment remarqué qu'à la différence de ses compagnes agenouillées venant à sa suite, il se tient debout, jambes tendues, le haut du corps penché au-dessus d'une sorte de large jarre légèrement évasée en sa partie supérieure, donnant l'impression que ses avant-bras et ses mains sont happés de l'intérieur.

 

 

02 - E 25212 - Brasseur de bière - © Richard LEJEUNE

 

Modèle de brasseur en calcaire peint

(VIe dyn., Louvre, E 25212).

 

 

 


 

 

3

 

    En réalité, il brasse la bière : 

    dans un tamis de vannerie claire posé sur ce grand récipient en terre cuite peinte, il pétrit grains et dattes, de manière qu'en définitive, ainsi filtré, ce mélange de macération qui produirait la boisson alcoolisée tant appréciée des Égyptiens de l'Antiquité, puisse tomber au fond, et fermenter.

Cette position qu'il adopte - et qui, par parenthèse, le différencie de beaucoup de ses confrères représentés le plus souvent genoux ployés - donna vite naissance à des commentaires aussi intéressants que judicieux, complétant mes propos d'alors.

 

 

03 - E 25212 (3) Cliché Louvre-passion

 

Modèle de brasseur - E 25212

(© Louvre-passion).

 

 

 


 

 

4

 

    Ainsi François, expliqua-t-il que, d'un point de vue mécanique, elle lui paraissait être la plus "économique" pour le corps.

Et d'ajouter que les jambes tendues, genoux en "recurvatum" dans notre jargon, ne nécessitent aucune contraction musculaire pour "tenir" les jambes ... 

Bras tendus, pour pétrir, on peut alors utiliser le poids du corps en économisant ainsi les muscles des bras.

 

 

04 - E 25212 (6) Cliché Louvre-passion

 

Modèle de brasseur - E 25212

(© Louvre-passion).

 

    C'est simple à percevoir, poursuivit François : tu te mets debout face à l'accoudoir d'un fauteuil, et tu tentes de peser le plus fort possible sur ledit accoudoir. Bras tendus, c'est le poids du tronc et même du corps tout entier qui entre en jeu, alors que si tu plies les bras, il te faut utiliser tes muscles ...

Économie, économie, pour durer !

Or les pauvres travailleurs du pétrissage se doivent, s'ils veulent travailler des heures durant, de prendre garde et d'épargner leurs muscles ...

 

 


 

 

5

 

    Comme j'insistai pour comprendre l'assertion que j'avais lue chez Madame Christiane Ziegler dans le catalogue, référencé ci-dessous, des statuettes égyptiennes de l'Ancien Empire présentes au Musée du Louvre qu'elle publia en 1997, indiquant que les figurations de brasseurs, dans leur grande majorité, nous les montraient genoux fléchis [2], François m'adressa un nouveau message privé stipulant qu'a priori, il se peut que la flexion des genoux correspondrait plus à un geste de relevage. Un moment où l'on n'est plus dans la pression mais où l'on soulève ce qui est dans le récipient.

Du moins sur le plan de la physiologie articulaire et musculaire ...

 

    Dans les jours qui suivirent la parution de mon article, je fus heureux de recevoir d'autres avis tout aussi appropriés sur ce point.

    Ainsi, François, rebondissant sur un commentaire du propriétaire d'un salon de massage parisien, précisa que dans cette position, le dos travaille "en arche de pont", entre jambes et bras, et par conséquent ne souffre pas tellement, bien moins que si les bras ne poussaient pas dans le même temps ou n'étaient pas appuyés : il travaillerait alors en "bras de grue", et là effectivement, les lombaires auraient fort à pâtir de la position ...

 

    Un autre lecteur, Monsieur Jamot, m'écrivit, ou plutôt répondit à François qu'il estimait son commentaire très pertinent : ceci permet de penser que les individus du 2ème millénaire (avant notre ère) avaient intégré les positions antalgiques, mais aussi vraisemblablement la rythmicité et les changements positionnels.

 

    Puis me parvint la proposition de transférer une partie de mon intervention sur la présente revue électronique [3], ainsi que la correspondance qu'elle initia : immense honneur auquel il m'a été plus qu’agréable aujourd'hui de répondre.

 

    En espérant avoir été quelque peu utile.

    Richard LEJEUNE

 

(Grand merci à Louvre-passion de s'être à nouveau rendu salle 5 pour, à ma demande, réaliser quelques clichés du brasseur dont deux d’entre eux ont ici été insérés.)

 



 

[1] ÉgyptoMusée = http://egyptomusee.over-blog.com .

[2] Ch. ZIEGLER, Les statues égyptiennes de l'Ancien Empire, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1997, n° 80, p. 247.

[3] Histoire de la médecine en Égypte ancienne (ISSN 2270-2105) = http://medecineegypte.canalblog.comVoir aussi la Gazette Facebook : https://www.facebook.com/medecine.egyptienne?ref=tn_tnmn . 

 

 


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