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Série "Mises au point"

pluvier d'Egypte

Crocodile et pluvier d’Égypte

(Dessin J. M. Cook, 1876 - Popular Natural History)

 

Richard-Alain JEAN, "La sangsue en Egypte ancienne"dans Histoire de la médecine en Egypte ancienne, Cherbourg, 25 mars 2013.

  

La sangsue en Egypte ancienne

 

Richard-Alain JEAN

 

Contrairement à une notion bien répandue, nous ne savons pas si des sangsues [1] médicinales [2] ont été utilisées pour les saignées en Égypte aux époques pharaoniques. En effet, aucun texte ne semble faire allusion à cet usage. Le seul élément avancé pour ces dires concerne une interprétation d’une peinture thébaine de la XVIIIe dyn. (TT 56 d’Ouserhat) [3]. Or la scène représente en réalité une jeune recrue se faisant tailler les cheveux à la manière caractéristique des armées et pour laquelle les mèches supérieures humidifiées sont maintenues levées pendant l’opération. Une vasque d’eau est disposée à cet effet au pied du barbier. Assis à l’ombre, d’autres jeunes soldats attendent leur tour. De plus, les vers étaient plutôt considérés comme des êtres primordiaux malfaisants se nourrissant des vivants et des morts (HfAw ; CT, V, 33b ; VI, 346a-d … ; LM, 35), ce qui est, bien entendu, impardonnable pour un esprit égyptien [4] qui pensait également que les serpents étaient des annélides (CT, III, 24a-b) [5]. Parmi eux, les vers intestinaux femelles par exemple (HfAt, fnt, Hsbt, Ddft ), ou non (bTw), et les sangsues, qui devaient être perçues, elles, comme particulièrement voraces. Des Annélides d’eau pourraient bien être citées deux fois dans les papyrus médi­caux. Une fois en comparaison dans le pSmith, et une fois pour provo­quer un effet malfaisant dans le pEbers. Une formulation magique du pEbers (474. 67, 3-4) utilise en effet le ver  anart [6] frit afin de dévaster la chevelure d’une femme détestée ! Son antidote semble être un anneau large de ver solitaire (wawjt) opposant un blanc nacré creux au rouge foncé plein (P. Ebers 461, 66, 1-2), le ver creux affamé pouvant être censé capable d’engloutir le ver plein et d’en annuler ainsi l’effet destructeur. Un  « ver de sang lié » (pSmith 5,18c-19), c’est-à-dire un long caillot sanguin issu du nez et de l’oropharynx est comparé à un  « ver anart vivant dans l’eau » dans une glose du le P. Smith décrivant une fracture de la chambre du nez (Cas n° 12, glose C, 6, 1-3). Cette apparence de ver gorgé de sang peut faire penser à un Annélide de la sous-classe des Hirudinées, donc une sangsue, et probablement à un parasite capable de pénétrer dans l’oro­pharynx des bovins et des hommes buvant l’eau des citernes et des mares et dont les médecins égyptiens ont dû constater les effets néfastes, tout comme bien plus tard les praticiens de la campagne d’Égypte [7]. La localisation du ver de sang et la situation du parasite devant parfois être extirpé à la pince par le médecin dans les mêmes endroits anatomiques, en favorisent aussi le rapprochement. Il est intéressant de rappeler ici que le mot arabe aalaq, une appellation de la « sangsue » [8], désigne également un « caillot de sang », une « chose suspendue », nom verbal de « s’accrocher » aalaqa. Il s’agit probablement de Limnatis nilotica Savigny [9] dont les jeunes, vides, doivent avoir l’épaisseur d’un crin de cheval selon Larrey et qui une fois gorgés de sang sont régurgités par les bestiaux et poursuivent leur croissance dans les mêmes eaux [10]. Hippocrate et Aristote ne font pas mention des sangsues. D’après Hérodote (II, 68), des sangsues (βδέλλα) [11] s’attachent même aux muqueuses de la gueule du crocodile qui s’en fait débarrasser par un oiseau, le trochile (Pluvianus aegyptius). Il pourrait bien s’agir là d’une sangsue à trompe évaginable (Rhynchobdellidae), Ozobranchus de Quatrefage, 1852 [12] (ou Lophobdella Quatrefagesi[13], voire d’une espèce africaine de Placo­bdella [14] (aucune n’est utilisable en médecine) [15].

Un passage bibli­que (Proverbes XXX, 15-16) se fait l’écho réactif de l’horreur que l’on devait avoir vis-à-vis de cet animal. D’après Sydney H. Aufrère, l’insatiabilité de la sangsue (hébreu aalouqah) et de ses filles renvoie également à une passion féminine jamais assouvie et dont la conséquence est traduite sans façon dans la Vulgate (XXX, 16a) avec l’association « infernus et os vulvae » (l’enfer et l’entrée de la vulve). On trouvera une savante exégèse de ce passage commenté par Chénouté dans : S.H. Aufrère, « Une comparaison du démon à la sangsue chez Chénouté (ms. Ifao Copte 1, f9v33-10r12) », dans B. Bakhouche, P. Le Moigne (éd.), « Dieu parle la langue des hommes ». Étude sur la transmission des textes religieux (Ier millénaire), Histoire du texte biblique, 8, Lausanne, 2007, p. 165-178. La similitude des mots hébreux et arabes concernant la sangsue renvoie bien à une racine verbale sémitique et dont le sens est en effet à rapprocher du nom d’un démon-vampire appelé aAulaq en araméen [16]. Réputée s’enivrer du sang des nouveau-nés, la Lîlîth de la Bible (Is. XXXIV,14 ; voir Jb. XVIII, 15 ; puis, du Talmud et du Zohar) est à l’origine un démon femelle dévorateur sumérien puis babylonien, Lîlîtû, à la sexualité débridée. Voir aussi la Lîllaqa du récit de Gilgamesh. Toutes ces démones sont à rapprocher. La sangsue pouvait donc bien représenter pour les anciens une fille [17] d’un grand serpent femelle assoiffé de sang et dangereuse au point de ne pas l’employer vivante (pEbers 474. 67, 3-4). De fait vers et sangsues garderont une certaine connotation diabolique (Jonas, IV,7 ; Marc IX, 43 et 47 ; Avesta IX ; Pline, HN, XX,44). Nous avons déjà parlé de la sangsue qualifiée de « dragon » dans plusieurs idiomes d’Afrique du nord. Chez les Pygmées Aka de la forêt centrafricaine, « rêver de sangsues signifie qu’un sorcier est en train d’attaquer le dormeur » [18]. Chez les Nyamwézi, peuple de langue bantoue habitant le centre du Tanganyika et vivant entre Tabora (ancienne Kazeh) et le lac Victoria, dans la région appelée Unyma­wesi (« Pays de la lune »), Burton nous indique que « les lacs et les rivières contiennent des sangsues que les indigènes regardent comme habitées par des esprits, et qui par ce motif sont inviolables » [19].

Cependant, certaines espèces de sangsues ont pu être utilisées un temps à des fins médicinales à Alexandrie sous l’influence des écrits de médecins grecs comme Nicandre (Thériaque, 930) qui dut en parler le pre­mier (il s’agissait d’auteurs qui en connaissaient aussi les méfaits [20]), puis latins comme Pline (HN, XXXII, 42 § 122). Dioscoride ne parle que de la façon de s’en débarrasser (VI, 32). Galien les dédaigne aussi. Oribase, lui, en décrit bien l’usage d’après Antyllus et Ménémaque (VII, 21-22). Tous ces éléments, positifs et négatifs, seront repris par les Arabes et enrichis avec, par exemple, Avicenne (Canon de la médecine, XXIII), Abulcasis (Chirurgie, LXXXXIX) puis Ibn al-Baytar (Traité des simples, n° 1582). Mais ensuite, selon Prosper Alpin au xvie siècle (La médecine égyptienne, p. 112) les sangsues n’étaient pas utilisées en Égypte. Stationné sur le Nil, à Louqsor en 1831, faute de trouver des sangsues locales, le docteur Angelin dut les remplacer par l’application de ventouses [21]. Au tout début du xxe siècle à Damanhour, l’application de sangsues semble s’effectuer dans des cas déses­pérés, et quand toutes les autres médecines ont échoué [22]. Seuls peut-être dans de grandes villes, des prescripteurs influencés par les médecines arabe, turque ou européennes, en auraient fait un usage modéré et même parfois avec des animaux importés à grands frais, avant d’en exporter d’autres, mais peut-être, moins appropriés [23]. Les traditions paysannes égyptiennes ne paraissent pas non plus en mentionner l’habitude jusqu’à aujourd’hui [24]. Il semble bien en tous les cas que les médecins arabes n’utilisèrent jamais l’hirudothérapie d’une manière aussi frénétique que leurs confrères euro­péens à certaines époques comme au xixe siècle sur les indications de Brous­sais. Par exemple, chez la femme, des sangsues pouvaient êtres appliquées sur la face interne des cuisses et au voisinage du col utérin en cas de dysménorrhées et dans l’éclampsie [25]. Après ces excès, cette thérapeutique fut abandonnée. Les sangsues disparaissent du Codex entre 1937 et 1938. De nos jours, les sangsues médicinales retrouvent un regain d’intérêt en microchirurgie, en rhumatologie, voire dans d’autres spécialités [26]. On utilise des sangsues issues d’élevages occidentaux et dont le pedigree est sérieu­sement attesté [27] et les contrôles biologiques faits pour en assurer l’innocuité infectieuse. Enfin, les applications ne se font qu’avec des sujets « à usage unique » et désinfectés [28].

 


Notes

[1] Notre mot français dérive du latin sanguisuga (Plaute, Ciceron, Horace, Pline). Les sangsues sont des Annélides, classe des Achètes assimilés à la famille des Hirudinées. Dans les années soixante on décrivait déjà plus de 300 espèces réparties en 4 ordres et subdivisés en 127 genres (P.P. Grasse, R.A. Poisson, O. Tuzet, Précis de zoologie, Paris, I, 1961, p. 309-319). Elles avoisineraient aujourd’hui plus de 650 espèces (NCBI : wwwtax.cgi?name=Hirudinea). Pour les espèces les plus importantes, on peut maintenant consulter : J. Euzéby, Grand dictionnaire illustré de parasitologie médicale et vétérinaire, Paris, 2008, p. 217, 394, et, par ordre alphabétique. Pour les Hirudinées strictement « sanguivores » des vertébrés nous avons principalement : Hirudo, Haementeria, Poecilobdella, Haemadipsidae, Theromyzon tessulatum, Piscicola, Pontobdella, Branchellion. Parmi les Hirudinées « prédatrices », Haemopis sanguisuga, dite aussi à tort « sangsue noire du cheval » et malgré sa dénomination, n’est pas « sanguivore » car sa bouche ne peut pas percer la peau. Elle se nourrit de vers.

[2] Très peu d’espèces sont utilisables en médecine, même si en principe, toutes les sangsues qui s’attaquent à l’homme, à l’exception de celles qui provoqueraient des lésions profondes, pourraient très théoriquement être utilisées. Ainsi, pratiquement, on n’a recours qu’à des Hirudinées. Les plus courantes en France sont Hirudo medicinalis L. (grise) et Hirudo officinalis M-T. (verte) qui n’en est qu’une variété (ordre des Gnathobdelliformes). Distribution géographique d’Hirundo medicinalis L. (et variantes) : Îles britanniques, Scandinavie méridionale, Europe continentale à l’ouest de l’Oural et en Turquie occidentale (S.F. Craig, D.A. Thoney, N. Schlager, J.E. trumpey, Grzimek’s Animal Life Encyclopedia, New York, 2004, II, p. 80-81). À certaines époques consommatrices où les sangsues vinrent à manquer en Europe, des sujets crus comparables ont été importés d’Afrique du Nord, puis, avec plus de succès, d’Asie Mineure (80 millions en 1927). En Égypte on trouvait Limnatis Nilotica S. En Afrique du Nord on a pu aussi utiliser Hirudo Troctina Johannson (Truite, ou encore « Dragon d’Alger »), et encore dans le genre Limnatis M-T, l’espèce myseomelas H. (Sahara). On a pu trouver, mêlées aux sangsues du commerce, des « sangsues bâtardes » (Haemopis, Nephellis, Aulastone …). Or, elles ne sont pas organisées pour entamer la peau des mammifères et ne peuvent être d’aucune efficacité (P.L. Cottereau, Notes sur les sangsues qui sont livrées pour le commerce, Paris, 1846, p. 2-3). De plus, les autres genres de sangsues sont considérées seulement comme des parasites et peuvent même parfois générer des accidents mortels chez l’homme et l’animal (E. Brumpt, Précis de parasitologie, Paris, 1949, II, p. 1045-1056). Brumpt à donné en son temps une  liste des parasites rencontrés dans le tube digestif de la simple sangsue médicinale avec la durée de viabilité de chacun d’eux : bacille de Koch, 60 jours ; bacille d’Eberth, 7 jours ; bacille paratyphique, 3 mois ; bacille du rouget du porc, 10 jours ; bactéridie charbonneuse, l0-14 jours ; virus du typhus exanthématique, 2 jours ; virus de la peste porcine, 20 jours ; virus de la variole aviaire, 4-20 jours ; spirochète de la fièvre récurrente, 4-20 jours ; spirochète aviaire, 7 jours ; tréponème de l’ictère hémorragique, 7-19 jours ; trypanosoma brucei, l-3 jours ; trypanosoma equi­perdum, 4 jours … autres trypanosomes (R.N. Mory, D. Mindell, D.A. Bloom, « The Leech and the Physician : Biology, Etymology, and Medical Practice with Hirudinea medicinalis », World J Surg, 24, 2000, p. 878-883), des microorganismes vecteurs de la syphilis, de l’érysipèle (P. Scaps, « Le commerce des annélides », Bull Soc Zool Fr, 129, 1-2, 2004, 37-48), des fièvres puerpérales (Ricarimpex ®, Dossier scientifique, 2004) … et aussi le virus de l’hépatite B, Borrelia, des hématozoaires du paludisme, de Cryptobia et d’hémogrégarines (voir aussi : S.L. Adams, « The medicinal leech : A page of the annelids of internal médicine », Ann Int Med, 109, 1988, p. 399) … Serratia marcescens et Vibrio fluvialis (I.S. Whitaker, B. Elmiyeh, « Hirudo medicinalis : the need for prophylactic anti­biotics », Plast Reconstr Surg, 112, 4, 2003, p. 1185-1186), Aeromonas hydrophila, Aeromonas sobria, et Aeromonas caviae (symbiotes Gram- ). Même à utilisation médicinale, les sangsues « exotiques » ont bien entendu infiniment plus de chances de véhiculer un très grand nombre de germes pathogènes (certains sont propres au animaux mais assez voisins de ceux transmis ou atteignant l’homme). D’où peut-être aussi la prudence expérimentale et ancestrale des médecins des pays chauds et surtout de leurs devanciers démunis de moyens antibiotiques appropriés.

[3] Pour un cliché, voir par exemple :  Osiris.net/tombes/nobles/ous56/ouserhat 56_01.htm : vue tb070.

[4] P. Vernus, J. Yoyotte, Bestiaire des pharaons, Paris, 2005, p. 339. Les sang­sues s’attaquent aussi à des animaux très importants dans la théologie égyptienne. Mûrie a trouvé des sangsues dans le fond des fosses nasales d’un hippopotame tué sur la rivière Aye, tributaire du Nil Blanc (R. Blanchard, « Description de quelques hirudinées asiatiques », Mém Soc Zool Fr, Lille, 1896, p. 319-320). Nous reparlerons du crocodile et des tortues.

[5] Autrement dit, pour les anciens Égyptiens, les serpents étaient de grand vers et les vers étaient des petits serpents. Les Textes des Sarcophages sont très clairs à ce sujet en parlant des serpents pourvus d’anneaux (CT III, 24a-b ; 61h-i ; 101a-b ; 115e-f ; 116e-117a ; 120b-c …).

[6] Wb I, 191, 15 ; Hannig-Wb II,1 - 5306 « Blut-Gerinnsel » (caillot de sang) ; Nunn, 1996, p. 217 « unidentified worm » (ver non identifié) ; Lefebvre, 1956, p. 50, « (ver)-ânâret », « ver de marais » ; Bardinet 1995, p. 319 et 503 « ver-ânârt » ; Westendorf, 1999, II, p. 630 et « Wasserwurm » (ver d’eau), voir aussi II, p. 722.

[7] Par exemple, avalée avec l’eau, Limnatis Nilotica peut se fixer dans le pharynx, sur les amygdales, les cordes vocales, la cavité nasale ou buccale et même oculaire. Au cours d’une baignade, certaines peuvent attaquer les muqueuses vulvovaginale et uréthrale. Le Musée du Val-de-Grâce possède une Limnatis nilotica provenant du pharynx d’un soldat, entré pour cette raison à l’Hôpital militaire de Constantine, en 1880. Malgré des tentatives réitérées, M. Laveran ne put parvenir à extirper le parasite, qui causait d’abondantes hémorragies et qui se détacha spontanément au bout d’un mois (R. Blanchard, « Courte notice sur les hirudinées », Bull. Soc Zool Fr, Paris, 1891, XVI, p. 221). Sa présence dans les fosses nasales d’un nourrisson peut déterminer de très sévères anémies (F. Cheikh-Rouhou, M. Besbes, F. Makni, M. Chaabouni, A. Ayadi, « Limnatis nilotica, Cause d’anémie sévère chez un nourrisson », Médecine tropicale, 60, 1, 2000,  p. 100-101).

[8] Voir par exemple le Dictionnaire d’Histoire Naturelle, Paris, 1822, II, p. 238 ; F. Cuvier, Dictionnaire d’Histoire Naturelle, Paris, 1827, XLVII, p. 257 (alak). Voir aussi aléqa, alétha, alag.

[9] Limnatis Nilotica Savigny (Bdella nilotica Savigny, 1822), sangsue commune en Afrique du Nord (Blanchard, 1908 ; Seurat 1922 ; Autrum, 1939). Elle aurait disparu d’Égypte (Selon les travaux de N.A. El Shimy et Col., 1987-2000 ; voir par exemple : N.A. El Shimy, Ecological and biological studies on freshwater Hirudinea, Ph.D. Thesis, Univ. Assiut, 1987 ; M.A. Hussein, R. Kinzelbach, N.A. El Shimy, « The life cycles of three freshwater leeches (Hirudinea) from Egypt », Bull Fac Sci, Univ Assiut, XVII, Assiut, 1988, p.  45-60 ; N. A. El Shimy, « Checklist of freshwater leeches (Hirudinea) in Egypt », Bull Fac Sci Assiut Univ, Assiut, 1990, XIX, 1990, p. 27-34). Voir également pour cet animal : R. Ben Ahmed,S. Tekaya, H. Harrath, « Étude préliminaire des Hirudinés en Tunisie : Description et systématique (Clitellata, Hirudinea) », Bull Soc Zool Fr, Paris, 2008, 133 (1-3), p. 81-95.

[10] P. Mégnin, « Sangsues d’Algérie et de Tunisie ayant séjourné plus d’un mois dans la bouche de Bœufs et de chevaux », Bull Soc Zool Fr, Paris, 1891, XVI, p. 222.

[11] Le mot grec désigne bien l’action de « sucer » (Chantraine, 1968, p. 171 et 180).

[12] H. Harant, P.-P. Grassé, op. cit., 1959, V, p. 562 et 580, fig. 418 p. 579.

[13] A. Dechambre, L. Lereboullet, Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales, Paris, 1864, p. 137. Voir aussi :  Bulletin de la société de Zoologie, vol. 24, Lille, 1899, p. 236 (séance du 12 décembre 1899) ; J.A. Thomson, Outlines of Zoologie, New York, 1930, p. 244.

[14] En effet, en Afrique, plusieurs exemplaires de Placobdella sp. ont été trouvés aussi bien sur des substrats aquatiques que sur des reptiles : crocodiles, tortues d’eau (I. Paperna,
H. Steinitz, « Infestation des poissons par des Annélides : Hiru­dinés », Parasites, infections et maladies du poisson en Afrique, Doc. FAO, CPCA-T7, Rome, 1982, p. 109). Il s’agit aussi pour un saurien d’Amérique du Nord, Alli­gator mississipiensis, de P. multilineata (T. Wang, R.W. Davies, « The morpho­logy of Placobdella multilineata (Hirudinoidea : Glossiphoniidae) a parasite of Crocodilia », Canadian Journal of Zoology, 63, 3, 1985, p. 550-551), et de P. papillifera (F.L. Frye, Reptile care : an atlas of diseases and treatments, Neptune City, 1991, p. 637). Puis en Asie, pour Crocodylus siamensi, de P. ornata (H. Khoa, « Placobdella ornata : the parasites of crocodile and the treatment measures », Vinh Hiep crocodile farm at Nha Trang, 13, 1, 2006, p. 60-65). Et encore, de P. costata pour la tortue d’eau douce Emys orbicularis, ce genre de sangsue étant commun en Afrique du Nord (R. Ben Ahmed, communication personnelle, septembre 2009). Une de ces espèces de sangsues, mais d’origine africaine, n’a-t-elle pas pu atteindre Crocodylus niloticus Laurenti quand il était encore présent dans la Vallée du Nil, le Fayoum et dans le Delta Égyptien ?

[15] En effet, « il n’y a point de vraie sangsues, Hirudo L., dans les eaux vives qui battent la tête des îles. Il en existe en Égypte, mais c’est seulement dans les puits, dans les bassins fermés, et généralement dans les eaux tranquilles » (Geoffroy Saint-Hilaire, « Description des reptiles », Description de l’Égypte, Histoire Naturelle, I, Paris, 1809, p. 200). Le même auteur ajoute que « le bec des petits pluviers seroit trop foible pour entamer, pour les dilacérer, et pour les amener au point qu’elles puissent lui être profitable comme nourriture » (p. 204). Il leur préfère alors les cousins capables de tapisser la surface du palais d’un crocodile observé mort (p. 202). Cependant, Hérodote parle aussi de ce moustique qu’il nomme, dans le même livre, κώνωψ (II, 95) et qu’il différencie bien de la sangsue qu’il nomme βδέλλα (II, 68). Des observations modernes confirment la position d’Hérodote (H. B. Cott, « Scientific results of an inquiry into the ecology and economic status of the Nile Crocodile ‘Crocodilus niloticus’ in Uganda and Northern Rhodesia », Trans of the Zool Soc of London, 29, part. 4, avril 1961). D’autres observations ont été faites au Sénégal. En réalité l’oiseau prélève des débris de viande et des vers de toutes sortes dont parfois des sangsues et des insectes. D’après Raja Ben Ahmed, les placobdelles se trouvent généralement sur les téguments externes des tortues et des crocodiles (communication personnelle, septembre 2009).

[16] Nom provenant très probablement du verbe sémitique ‘aulaq « mâcher » : C. Brockelmann, Grundriss der vergleichenden Grammatik der semitischen Spra­chen, Berlin, 1908, I, p. 344 (‘aulak).

[17] Les sangsues n’abandonnent pas leur progéniture. Les cocons restent sur l’ani­mal. Chez les Glossiphoniidae, après éclosion, c’est par la ventouse postérieure que les jeunes restent attachés à leur porteuse et pour une durée de quelques semaines (Glossiphonia, Hemiclepsis) à quelques mois (2 à 3 pour Theromyzon tessulatum). Plusieurs jeunes peuvent aussi émerger d’une poche ventrale de leur porteuse, comme Marsupiobdella africanus. Les sangsues « filles » sont alors bien visibles (H. Harant, P.-P. Grassé, « Classe des annélides achètes ou Hirudinées ou Sangsues », dansP.-P. Grassé (éd.), Traité de Zoologie. Anatomie, Systé­matique, Biologie, Paris, 1959, V, p. 559, et fig. 408 p. 575).

[18] J. M. C. Thomas, S. Bahuchet, A. Epelboin, Encyclopédie des Pygmées Aka, II, Dictionnaire Éthnographique Aka-Français, fascicule 6, SELAF 410, Paris, 2004, p. 260.

[19] Capitaine Burton, « Voyage aux grands lacs de l’Afrique Occidentale, 1857-1859 », dansE. Charton (éd.), Le Tour du Monde - Nouveau Journal des Voyages, Paris, 1860, p. 305.

[20] J.-M. Jacques, « A propos des sangsues : Nicandre de Colophon, Galien, Aétius d’Amida, et le baron Dominique-Jean Larrey », dans V. Boudon-Millot, A. Guardasole, C. Magdelaine (éd.), La science médicale antique. Nouveaux regards. Études réunies en l’honneur de Jacques Jouanna, Paris, 2008, p. 275-287.

[21] Angelin, « Le choléra morbus en Haute-Égypte en 1831 — Rapport du docteur ANGELIN à bord du navire le LUXOR - Rapport du bâtiment Le Luxor », Annales Maritimes, du 4 octobre 1831, p. 3 (Rapport transmis par Frédérique Sultana, octobre 2006).

[22] Dans le risque de perdre un œil en raison d’une ophtalmie purulente par exem­ple, l’oculiste laisse la place au barbier qui pose une sangsue, mais le mal ne fait qu’em­pirer sous ce traitement (Ch. Vial, « Panorama de la société égyptienne d’après trois autobiographies », Annales islamologiques, 15, Le Caire, 1979, p. 378-379).

[23] Pour les périodes situées en dehors d’une véritable mode occasionnée par une forte demande d’exportation de la part des pays européens ne trouvant plus de sangsues médicinales chez eux et après l’approbation du vice-roi pour ce commerce.

[24] Voir par exemple les techniques de saignées pratiquées dans les campagnes égy­ptiennes au xixe et au xxe siècle et rapportées par : W.S. Blackman, Les Fel­lahs de la Haute-Égypte, Paris, 1948, p. 181-182 ; N.H. Henein, Mari Girgis, Vil­lage de Haute-Égypte, Le Caire, 2001, p. 213-214 ; P. Du Bourguet (Commu­nication personnelle, décembre 1979).

[25] Et cela malgré certaines recommandations pourtant déjà bien connues : L. Vitet, Traité de la sangsue médicinale, Paris, 1809, p. 557-558.

[26] Dossiers Ricarimpex ®, 2004-2009.

[27] Animaux d’origine européenne pour la France et les pays limitrophes. Des animaux d’origine turque du nord sont utilisés dans une société suisse. Ces sociétés exportent dans le Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Amérique du Nord.

[28] Par exemple, une décontamination extérieure : les sangsues sont plongées dixsecondes dans une solution de chlorhexidine au 1/5000e, après deux rinçages dans l’eau pure, elles sont remises dans l’eau distillée (S. Malassi, Monographie sur les sangsues, Documents de référence — Histoire et art pharmaceutique, Ordre des Pharmaciens, Paris, 2005, p. 15).