Publication du jeudi 18 décembre 2013 :

 

SENOLOGIE

Jeune femme allaitant. Ostracon de Deir el-Médîna 2339

(aquarelle de Jeanne Vandier d’Abbadie)

 

  • Sydney H. AUFRÈRE, « Préface » de R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, La mère, l’enfant et le lait en Égypte ancienne. Traditions médico-religieuses. Une étude de sénologie égyptienne (Textes médicaux des Papyrus Ramesseum nos III et IV ), Collection Kubaba – Série Antiquité – Université de Paris 1, Panthéon Sorbonne, L’Harmattan, Paris, 2010, p. 9-21, dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 18 décembre 2013.

 

 


 

 

 

 

« Préface » de R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, La mère,

l’enfant et le lait en Égypte ancienne.

Traditions médico-religieuses.

Une étude de sénologie égyptienne

(Textes médicaux des Papyrus Ramesseum nos III et IV )

 

Sydney H. AUFRÈRE

 

 

 

Ces pages sont nées d’une circonstance éditoriale particulière. Lorsque la première version de ce qui allait devenir le présent ouvrage fut livrée, l’importance de l’article était telle qu’une mutation vers le livre s’imposait. Il apparut qu’il serait ainsi plus facile de faire partager une matière inédite à un public plus large formé par les mondes de l’Égyptologie et de la Médecine, de la Psychologie et de l’Anthropologie. Plusieurs années furent nécessaires pour en conforter les acquis et l’inscrire dans une nouvelle perspective, afin qu’une nouvelle tapisserie fût à même d’être détachée du métier. Il reviendra à d’autres de dire si ce pari, qui s’inscrivait dans la logique d’une maïeutique née de l’estime et du travail en commun, a été gagné.

Exposer un des champs de la pensée médicale de l’Égypte ancienne réclamait plusieurs qualités essentielles : maîtriser la langue égyptienne et connaître le lexique spécialisé se rapportant à l’anatomie, au diagnostic, aux soins et à la pharmacopée de la Vallée du Nil ; avoir une vue bien précise des croyances multiples de l’Égypte pharaonique ; enfin exceller dans l’ars medicus même, en général, puis dans le champ plus étroit où l’on veut projeter de nouvelles lumières. En d’autres termes, ce travail à deux voix réclamait des savoirs variés et complémentaires, le tout dans une discipline aux perspectives diverses, étant bien entendu qu’on n’étudie pas ladite discipline, qu’il n’est plus possible aujourd’hui de maîtriser dans sa totalité, mais des problèmes qui intéressent la communauté scientifique.

C’est le cas de ce livre dont les auteurs ont réuni les compétences requises. Ancien correspondant de la Délégation Régionale à la Recherche Clinique de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, Richard-Alain Jean, auteur du catalogue des objets égyptiens conservés au musée d’Histoire de la médecine (1999) [1], peut se prévaloir d’une expérience clinique approfondie par un séjour de plusieurs années consécutives dans les régions du Bahr el-Ghazal, du Ouaddaï, du Chari ainsi que d’une réflexion fondée sur l’observation des pratiques médicales en usage dans les zones du Nil blanc et en Égypte même. Cette formation supplémentaire acquise sur le terrain, parmi des popu­lations qui pratiquent encore des médecines traditionnelles, donne une tonalité scientifique tout à fait singulière à ce livre puisque la médecine égyptienne n’y est jamais très loin de l’observation de cas concrets concernant les soins de certaines pathologies. C’est là un de ses grands avantages puisque l’on y circule par la pensée dans des lieux qui présentent un dénominateur commun.

Anne-Marie Loyrette, chargée de mission au musée du Louvre, a participé aux fouilles du Ramesseum et à celles de la Vallée des Reines. La fréquentation de la région thébaine pendant de nombreuses années l’a familiarisée avec les pratiques médicales traditionnelles en usage dans les villages de Haute-Égypte. En outre, une expérience acquise auprès des collections muséographiques du Louvre a été déterminante pour l’approche de certains thèmes de ce livre, qui reposent sur l’interprétation de l’objet. N’hésitons pas à parler de l’intuition, autre nom pour l’expérience née de la diversité des approches, pour tout ce qui relève de l’obstétrique et de la biologie féminine.

Faut-il encore préciser aux spécialistes que l’étude de la médecine dans le domaine de l’égyptologie n’a émergé que lentement après le déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique (1822) ? Champollion, ainsi que le rappelle très justement Thierry Bardinet [2], n’a jamais eu l’occasion de tenir entre ses mains un papyrus de médecine égyptienne, en sorte que le déchiffreur ne put jamais s’atteler à l’étude de l’art des prédécesseurs nilotiques d’Hippocrate. Le hasard des découvertes y est pour beaucoup. En effet, les trouvailles de papyrus médicaux — les Papyrus Ebers et Smith — ont été postérieures à la mort de l’Inventeur [3] puisqu’elles interviennent vers 1862. Le lot proviendrait, dit-on, des magasins du Ramesseum, temple dont on sait, à présent, qu’il jouait un rôle dans l’instruction à la XIXe dynastie, au vu de la découverte d’un secteur du temple entièrement consacré à ka formation de jeunes Thébains [4]. Diodore de Sicile (I, 49), dans sa description du temple d’Osymandias — translitération grecque du nom de couronnement de Ramsès II, constructeur du Ramesseum, — évoquait l’existence d’une « Maison de Vie » [5], lieu sur lequel nous allons bientôt revenir. Cependant, avant la découverte de ces chefs-d’œuvre littéraires, l’étude de la médecine égyptienne avait déjà acquis quelques modestes lettres de noblesse. Heinrich Brugsch (1827-1894) initiait les études de médecine égyptienne en rédigeant, en 1853, une notice sur le Papyrus médical de Berlin, le seul alors connu [6], avant que les collections ne s’enrichissent par la découverte de nouveaux documents. Toutefois, être égyptologue ne suffisait plus. Être un disciple d’Hippocrate et de Galien devint un pré-requis pour autant que l’équilibre dans le maniement des savoirs fût respecté. Mais ce qui était suffisant hier ne l’est plus aujourd’hui. À l’heure actuelle, on entre dans une phase d’expertise qui réclame une relecture des acquis d’hier et des convergences interdisciplinaires. Aussi, avant de poursuivre, il faut dire que lapublication d’un nouveau livre scrutant un aspect spécifique de la médecine du temps des pharaons, sous l’éclairage des croyances, est et sera toujours un événement tant qu’existeront des gens, auteurs comme lecteurs, convaincus de l’importance d’un tel travail patient, qui réclame la mise au point d’une approche adaptée à la complexité des données. De façon à mieux mettre cerner le but scientifique qu’il se propose d’atteindre, la prise en compte de l’arrière-plan culturel sur lequel se greffe la matière de ce livre est essentielle. La mère et l’enfant. Traditions médico-religieuses de l’Égypte ancienne ouvre un chapitre nouveau de l’histoire de la médecine pharaonique. Le titre, qui focalise l’objet de l’étude, annonce d’emblée que l’objectif combine sciences et croyances. Les mieux informés dans le domaine de la médecine auront immédiatement à l’esprit la science qui traite de l’anatomie, de la physiologie, de la prophylaxie, de la pathologie et de la thérapie ; les spécialistes des cultures antiques sauront que ce qu’on entend par ce mot s’avère un ensemble complexe de conceptions et de pratiques qu’on pourrait qualifier de médico-magico-religieuses, encore que ce terme, qui induit des interactions multiples entre ses différents composants, soit insuffisant, tout en reconnaissant paradoxalement que nos médecines, épurées du volet des croyances, en sont les héritières par le truchement des corpus hippocratique et galénique. Rappelons que, dès lors qu’on se penche sur un monde ancien, qui a opté pour des modèles bien spécifiques que lui a inspirés une culture lointainement apparentée à celles des régions péri-nilotiques de l’Afrique de l’Est et que ne recouvrent pas exactement les nôtres, loin s’en faut, il faut faire fi des catégories et des disciplines qui sembleraient a priori s’imposer pour l’étude de textes où il est question de la santé ou du dysfonctionnement de certains organes. Quoi qu’il en soit, médecine actuelle et médecine antique partagent l’idée d’un processus médical à ceci près que le médecin antique est également, pour ce qui relève des domaines de l’étiologie, de la pathogénie et de la physiopathologie, un médiateur entre le malade et les forces divines, médiateur ayant acquis la maîtrise de formules liées à son champ de prédilection puisque l’activité des médecins égyptiens se cantonnait dans des spécialités en vertu de règles strictes dont on trouve l’écho, au milieu du ve siècle avant notre ère, chez Hérodote (II, 84) [7].

À l’ombre des « Maisons de Vie », non seulement se maintenait intact un savoir qui se transmettait de génération en génération, les lettrés recopiant des livres dont l’efficacité passait pour être grande en raison de leur ancienneté, — certains passaient pour avoir été copiés au temps jadis [8], — mais on y pratiquait déjà, pour ainsi dire, ce qu’il serait convenu de nommer des « sciences religieuses ». Ces « sciences », en acceptant de considérer la médecine, impliquaient, en tenant compte de leur hiérarchisation, l’intervention spécifique de forces spécialisées au cours du processus médical. Chaque médecin maîtrisait, pour la partie médicale et pour la partie religieuse proprement dites, une science tirée, selon Diodore de Sicile (Livre I, 82, 3), du Livre sacré (hiera biblos). (Le praticien devait appliquer, dans l’exercice de son métier, une déontologie contraignante [9] faute de quoi il risquait de payer cher les conséquences.) Livre sacré, il s’agit-là d’un terme général [10], qui, en admettant qu’on se focalise sur la partie se rapportant à l’administration de soins, représenterait l’équivalent du Corpus médical dont il sera bientôt question. Bien entendu, affronter de telles forces hostiles de la part du médecin n’était pas sans danger. Cela exigeait qu’il se protégeât, ce qui explique l’existence de formules liminaires traditionnelles au moyen desquelles le praticien se mettait à l’abri des démons assaillant le patient. Splendide dans sa forme et de surcroît intact, le Papyrus Ebers, par exemple, possédait trois formules introductives destinées à se prémunir et à assurer le succès dans trois cas différents : 1°) la mise en place de remèdes (il est question de Rê, de Neith, de Thot) ; 2°) l’enlèvement d’un bandage (dito Horus, Isis, Seth, Rê) ; 3°) la prise d’une médication (dito Horus et Seth) [11]. Se fondant sur des textes mythiques à l’autorité reconnue, le médecin s’identifiait à une divinité lettrée ou « sachante » vainqueur des forces du mal. Par analogie, en s’assimilant à Rê, Thot, Isis ou à Horus médecin, il créait une situation favorable au patient dans le combat contre les maladies d’ordinaire véhiculées par Seth, quoique ce dernier ne soit pas à prendre exclusivement en mauvaise part (ici même, p. 111). Dès qu’on admet l’idée d’un médiateur et de l’intervention de forces divines liées à l’environnement dans la lutte contre les maladies, on admet implicitement une analogie de processus entre la façon dont intervenait le médecin et celle du chamane des sociétés de chasseurs du nord de l’Europe et de l’Asie, reconnu dans le domaine funéraire [12], bien que l’un et l’autre ne soient pas entièrement superposables. Dans le cadre qui nous occupe, les formules font furtivement apparaître des mythèmes ou recourent, de façon plus copieuse, à des historiettes (historiolae), dont le principe repose sur  l’analogie de situations, — humaine et divine. L’état dans lequel est plongée la patiente est transférée, par une déclaration performative et par un jeu d’intertextualité mythologique, à une situation jadis surmontée par la Grande Magicienne et son fils Horus, acteurs principaux desdites historiettes, et autour desquels gravitaient d’autres dieux dont la présence s’explique, eu égard à leurs spécialités. Une historiette de cette nature figure dans la conjuration destinée à lutter contre la mastite causée par l’infectant bcc du pRamesseum III, B, 23-24 (p. 285-302), une autre plus courte apparaît au pEbers 811. 95, 7-14 (p. 380).

Si l’on admet, d’une part, que les médecins pratiquaient la lecture du Livre sacré, et si l’on admet, d’autre part, que les ouvrages de médecine en font partie, ainsi que le souligne Clément d’Alexandrie (Stromates VI, livre IV, 38) (cf. infra), alors on peut affirmer que l’art du médecin, comme l’implique son statut, résiderait non seulement dans l’observation médicale et la prise en compte de la psychologie du malade mais aussi dans l’approche magico-religieuse, au point qu’il serait impossible de séparer textes dits médicaux et textes magiques [13]. On pourrait dire en simplifiant qu’il existe deux grandes tendances : d’une part, une médecine plutôt exempte de magie qui s’en tiendrait à la diagnose, au traitement de la pathologie et au pronostic comme le Papyrus Edwin Smith ; d’autre part, une médecine à caractère incantatoire et ritualisé comme la compilation du Papyrus Ebers. On notera toutefois que les deux textes, acquis en même temps par Edwin Smith, proviendraient d’un même fonds de lettré. Il faut donc demeurer prudent en évitant des hypothèses qui tendraient à catégoriser la médecine égyptienne en l’enfermant dans des frontières trop étroites car même dans les cas où le rôle de la magie apparaîtrait moindre, les produits en eux-mêmes utilisés dans le traitement peuvent renvoyer, par le truchement d’une intertextualité sous-jacente, aux mythes ou à la magie [14]. C’est une constante de nombreux textes scientifiques à caractère naturaliste, ainsi qu’on peut l’observer dans le cas du Papyrus ophiologique de Brooklyn [15]. Dès qu’il est question de maladies, de serpents ou de scorpions, les forces divines, moteurs des grands processus de la nature, imposent leur présence, sous une forme ou une autre. Les textes qui se limitent à un discours scientifique sont rares.

Le titre de ce livre, qui implique les liens entre la jeune mère et le nouveau né, connote celle qui incarne l’archétype de la mère par excellence, Isis veillant sur son Horus, la citadelle de chair et de sang et par là même sac à malice protégeant son rejeton puisque les secrets de la maternité engendrent ipso facto le besoin de tendre autour de l’enfant les rets de la magie, celle-ci ayant acquis le secret de la connaissance dans un affrontement contre Rê [16], avec la mission sacrée de mener son fils à l’adolescence puis à l’âge adulte afin d’en faire le successeur de son père assassiné. C’est donc dans un monde qui se situe entre maternité et magie que nous invite à entrer cet ouvrage étonnant traitant des secrets de la vie des organes féminins nourriciers, sur lequel nous allons nous pencher plus longuement. Une question demeure. L’anatomie et la biologie féminine pouvaientt-elle demeurer absentes d’une tradition médicale, qui remonte aux premiers règnes, puisque l’élaboration du premier corpus de médecine est attribuée au roi Athothis, successeur de Ménès, qui, selon Manéthôn (fragment 6-7a-b), fut le premier à avoir élaboré un ouvrage d’ana­tomie ? On peut conjecturer que non, car il est peu probable, même à ces hautes époques et sous réserve que la tradition postérieure n’eût pas enjolivé la réalité, que la femme ne faisait pas déjà l’objet d’une médecine singulière au vu de l’importance que représentait la santé de la mère et du nourrisson. Dans ses Stromates,Clément d’Alexandrie, au iie siècle de notre ère, se fait l’écho du canon traditionnel des ouvrages sacerdotaux. Selon lui, on sait qu’outre les trente-six livres de culture sacerdotale formant le fonds de la connaissance indispensable et dont la conservation relevait de prêtres spécifiques, ils revenait aux pastophores — chargés de porter les chapelles-tabernacles divines — de conserver pieusement six ouvrages de médecine [17] :

« Les derniers d’entre (eux) les pastophores étant des ouvrages médicaux, au sujet de la structure du corps humain, des maladies, des organes, des remèdes, des (maladies) concernant les yeux, et le dernier au sujet des (maladies) qui concernent les femmes. » (Stromates VI, livre IV, 38.)

Il faut noter en chemin que, parmi les ouvrages qui forme le Corpus médical et qui sont parvenus jusqu’à nous, ne figure aucun traité consacré à l’anatomie [18] (Manéthôn fait pourtant bien état de l’existence d’un tel traité ; cf. supra), ni d’ophtalmologie à part entière — il existait pourtant des spécialistes des yeux, conformément à Hérodote (II, 82), — et encore moins  de dentisterie, et ce contrairement à l’attente que suscite la lecture de ce passage de Clément d’Alexandrie. Pourtant il y a lieu de croire à la tradition médicale : des remèdes employés au ve siècle avant notre ère reprenaient mot à mot ceux de papyrus bien plus anciens [19]. Nous aurions donc affaire à une tradition maintenue vivante. Les textes que nous possédons sont plutôt des compilations de textes, peut-être à usage privé. Nonobstant le contenu des listes d’ouvrages canoniques qui figuraient dans des bibliothèques sacerdotales [20], le texte de cet écrivain montre qu’après des rituels destinés aux usages sacerdotaux, des ouvrages scientifiques et seulement de médecine, voire très spécialisés, étaient d’une part conservés dans la Maison de Vie d’un temple et qu’ils étaient placés, d’autre part, sous la garde de spécialistes qui devaient en assurer la mémorisation. Bien que tardif, cet exemple montre, s’il en était besoin, les liens par nature étroits entre médecine et sacré, d’autant que les médecins — qui sont aussi des prêtres d’après leurs titres, — étaient soumis aux règles rigoureuses que l’on sait (cf. supra).

C’est le dernier ouvrage pointé par ce père de l’Église — « au sujet des (maladies) qui concernent les femmes » — qui nous intéresse. C’est à la gynécologie égyptienne que se sont consacrés les auteurs depuis maintenant plusieurs années. Malheureusement, Clément d’Alexandrie est le seul auteur de langue grecque à nous renseigner sur la médecine consacrée aux femmes dans la basse vallée du Nil. Dans le vaste champ de la médecine égyptienne la gynécologie est attestée par un traité — dans le Papyrus médical de Kahoun [21] — ainsi que par des séquences de formulaires dans les Papyrus Hearst, Edwin Smith, Chester Beatty, Berlin, Londres, Carlsberg VIII, Ramesseum III, IV et V. Il semble que le Papyrus gynécologique de Brooklyn [22], au lieu de paragraphes consacrés aux maladies féminines, témoigne, conformément aux propos de Clément d’Alexandrie, de l’existence d’un traité spécialisé et structuré, à l’instar des deux rouleaux dudit Papyrus ophiologique de Brooklyn [23]. Clément ne dit pas non plus par qui est pratiqué la gynécologie qui n’a pas été seulement l’apanage des hommes au cours de l’histoire [24]. Si le nom d’un être humain a pu s’imposer dans le cadre de la gynécologie et de l’obstétrique, c’est vraisemblablement Imhotep-Imouthès. D’une part, selon Manéthôn (fragments 11-12a-b), ce dernier, qui vivait sous le règne de Tosorthros (Djoser) et était considéré comme l’équivalent d’Asclépios, avait écrit un livre de médecine. D’autre part, à l’époque ptolémaïque,  on le voyait comme un intercesseur pour obtenir une naissance [25] en sorte que les enfants nés grâce à son influence portaient son nom.

Si l’obstétrique a été abordée en 1897 [26] puis en 1916 et encore un peu plus tard [27], la sénologie, elle, a été complètement délaissée. Peu de choses ont été dites sur le sein et l’allaitement d’un point de vue médical. Cependant, la problématique du lait a été à la mode dans des années cinquante et soixante, puis les axes de recherches médico-égyptologiques s’en sont ensuite détournés. C’est surtout l’aspect religieux ou magique de l’allaitement [28] et, parfois avec ses interfaces avec les cultures africaines, qui l’emporte dans la bibliographie égyptologique [29]. La bibliographie étant pratiquement muette depuis les années soixante, il convenait de revoir, sous d’autres angles, la vingtaine de pages de l’article sur l’allaitement, parues en 1955 et dues au docteur Franz Jonckheere [30], article qui semblait clore le débat [31]. Richard-Alain Jean et Anne-Marie Loyrette, partant de l’examen des Papyrus Rames­seum III et IV, contemporains de la XIIIe dynastie comme le Papyrus de Kahoun, étudient de quelle façon le sein féminin, ses fonctions et ses affections, les maladies spécifiques de la mère et de l’enfant, étaient considérés par les médecins de l’Égypte antique, le tout replacé dans un tissu de croyances développées autour de l’idée de lactation, notion essentielle pour l’idée de survie. Dans un pays où la mortalité infantile est élevée, et où la mère est vulnérable, il n’est pas étonnant qu’un soin tout particulier eût porté sur le sein, sa santé ou, au contraire, sur le dysfonctionnement des glandes mammaires pouvant affecter le nourrisson dans son dévelop­pement ou le menacer dans son existence même. Une tombe de Qila‘ el-Daba (oasis de Dakhla) probablement contemporaine des Papyrus du Ramesseum et fouillée par mes soins, avait servi à l’inhumation de jeunes femmes, reconnaissables à leurs élégantes nattes noires qui leur descendaient jusqu’aux reins, flanquées de leurs nourrissons. Épidémie, famine ? — la tombe offrait la vision d’un spectacle désolant, drame collectif susceptible, par bien des côtés, de faire écho aux scènes d’affliction de la chaussée d’Ounas à Saqqâra, qui montrent des hommes et des femmes dans un état de maigreur extrême [32]. En contemplant cette tombe, creusée à des centaines de kilomètres de la Vallée du Nil, on a le sentiment que la mort de la mère signifiait ipso facto celle du nourrisson.

La maternité est un état d’autant plus privilégié que l’accouchement se déroule dans un lieu à part, notamment dans des kiosques d’accouchement [33]. Le lien de la mère et à l’enfant acquiert une portée générale et cosmique, dépassant la simple humanité en recourant à ce processus d’analogie qui permet de prendre à témoins les dieux qui ont surmonté leurs faiblesses alors qu’ils étaient dans une situation de stress émotionnel. En vertu de la grossesse et de la parturition, la femme acquiert un autre statut. Si l’on en croit les textes magiques et médicaux qui y font allusion, pendant la durée de l’allaitement, on constate que mère et enfant, isolés du reste du monde, ne font qu’un seul être. On voit bien que le lien in utero, lien de sang, est prolongé par la vie ex utero, lien de lait, en raison d’une ambiguïté sur le caractère complémentaire du sang et du lait. En d’autres termes, dans l’idée qu’en ont les Égyptiens, l’allaitement prolonge ex utero le nourrissage de l’enfant dans son enveloppe placentaire, où l’enfant est encore plus exposé aux dangers qui l’environnent. Cela pour dire que la gynécologie en général et la médecine du sein et des organes féminins en particulier ne forment pas un volet rationnel qui s’opposerait au volet non rationnel de la magie, en considérant le Papyrus Berlin 3027 (Livre de protection de la Mère et de l’Enfant) [34], qui contient nombre de formules magiques pour protéger la parturiente et le nouveau-né contre les effets néfastes des êtres susceptibles de perturber la gestation et le développement par le processus galactogène en dehors de l’utérus. Ces textes entretiennent des liens étroits. Si un texte médical n’est pas exempt de magie, un texte a priori magique comme le Livre de protection de la Mère et de l’Enfant, peut montrer des facettes médicales [35]. La poitrine féminine lactante, vecteur nour­ricier qui lie la mère et son enfant, est vue comme une zone d’interactions sensible. La considération du phénomène de la lactation et de l’allaitement du nourrisson, de la pathologie des glandes mammaires, donne accès à un univers particulier dont on relève la cohérence au sens égyptien du terme. On voit émerger en creux, sur un arrière-plan psycho-religieux, une pensée faite de la somme des interactions entre les forces naturelles et surnaturelles, dont certains aspects entrent en résonnance avec des coutumes et des croyances observées en  Afrique de l’Ouest avec lesquelles les auteurs sont familiarisés. Et on le voit d’autant mieux que les auteurs procèdent en étayant chaque vocable du corpus médical spécialisé au moyen d’une analyse lexicologique qui permet d’avancer avec sûreté. Le matériel sémantique est là, qui permet toujours de se faire une idée précise de chaque terme. Dans un domaine, où on ne peut que progresser que pas à pas, c’est une qualité rare puisque rien n’a été laissé au hasard, prix à payer pour dégager des perspectives nouvelles et une vue dans laquelle on exploite des interfaces. Chemin faisant, on voit que le caractère spécifique de la disponibilité galactogène, la montée de lait en d’autres termes, est, depuis une haute antiquité, associée par analogie au phénomène de la crue [36]. Une pareille comparaison implique que la lactation, au-delà d’un simple acte nutritionnel, est reconsidéré sous l’angle d’un processus cosmique qui renvoie à une geste divine et qui, de ce fait, interpelle les dieux comme éventuels acteurs d’une situation où se joue la survie de deux êtres étroitement liés et confrontés à la même situation qu’Isis et Horus dans les marais de Chemmis. On sera toujours étonné d’une part par la volonté de s’appuyer sur le corpus médical égyptien pour reconstituer les traces d’un véritable corpus sénologique, mais aussi par l’analyse de chaque traduction au moyen de commentaires historiques, pharmaco­dynamiques et théodynamiques dont la pertinence repose non seulement sur une culture d’égyptologue mais aussi sur une culture de praticien et d’historien de la médecine. Il y a des constantes dans la probation, par exemple, de la qualité du lait (p. 109-110). Les notices théodynamiques sont d’autant plus précieuses qu’elles déploient très largement les concepts de croyances en montrant dans quels recoins celles-ci vont se loger. Au-delà des mots qui désignent un produit, on voit se profiler incessamment des forces sous-jacentes qui renforcent le processus de guérison. Quelle que soit la quantité, il faut parfois veiller au détail comme l’épine de Lates niloticus frite dont la présence, dans un médicament destiné à provoquer la montée de lait d’une nourrice (p. 116-122), se comprend d’un point de vue pharmaceutique et théodynamique, car l’épine permet de s’assurer un transfert de la force du poisson incarnant le démiurge Neith qui porte le soleil nouveau-né d’après les textes d’Esna, sur le dos de la nourrice. Il y a lieu de croire que la durée de l’allaitement en Égypte serait elle-même fonction d’un paradigme horien qui s’est imposé à l’humanité (p. 129). Cette recommandation issue du paradigme divin, qu’induisaient la tradition et l’expérience, permettait en effet de diminuer la mortalité chez les nourrissons dues aux maladies infectieuses. Le rôle de l’hirondelle (p. 289) contre l’infectant du sein, bââ (bcc), et la présence d’un foie d’hirondelle dans un médicament destiné à prévenir l’engorgement chez une jeune maman (p. 303-304) est difficilement décelable a priori. Ce n’est qu’au bout d’une longue enquête sur la théodynamie de l’hirondelle (p. 307-309) que l’on parvient à comprendre de quelle manière le foie de l’oiseau en question peut prévenir l’engorgement, qui peut conduire, dans certains cas, à des mastites, dans la mesure où les Égyptiens pensaient que l’hirondelle, analogue à une étoile et qui annonce l’aube et donc la défaite d’Apophis, — lequel tarit le lait de la nourrice comme il empêche le Nil de couler, — était un opérateur de guérison contre l’infectant bââ (bcc) rapporté à l’épithète de Seth, Bê. Les produits employés dans les médications connotent la présence sous-jacente de divinités dans le cadre d’un processus de guérison. C’est une façon indirecte d’évoquer une action théodynamique puisque les produits, qui ne sont pas dénués d’action spécifique, sont rendus plus efficients par leur connotation divine (cf. p. 418-424.) (On trouvera un tableau explicatif des interactions théodynamiques dans le contexte de Chemmis à la p. 421.)

C’est dire si ce magnifique ouvrage, dont on ne peut décrire toute la richesse, revisite totalement à nouveaux frais le genre, en passant systématiquement en revue ce qui a trait à la poitrine féminine, à sa perception dans les représentations, à la lactation humaine et aux troubles afférents et ainsi proposer un savoir précieux à l’égyptologie, à l’histoire de la médecine, à l’ethnologie. Dans ce copieux ouvrage, le premier à cette échelle, les auteurs déploient un magnifique éventail de connaissances qui viennent combler bien des lacunes, le tout étayé par une illustration originale et par de très nombreux tableaux. Signalons qu’il remet tout un champ des connaissances en perspective en l’éclairant de surcroît au moyen de nouveaux concepts et surtout en portant un regard de spécialiste capable, dans tous les cas, de rapporter un type de soin à des observations faites en leur temps en Afrique du Centre et de l’Est.

Sydney H. Aufrère

 Directeur de Recherche au CNRS 

Centre Paul-Albert Février 

(UMR 6125 du CNRS, Université de Provence, Aix-Marseille)

 



[1] R.-A. Jean, À propos des objets égyptiens conservés du musée d’Histoire de la Médecine, Paris, 1999. Voir encore par exemple dernièrement pour le Louvre : R.-A. Jean, La Chirurgie en Égypte ancienne. A propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au Musée du Louvre, Éditions Cybele, Paris, 2012.

[2] Th. Bardinet, Les papyrus médicaux de l’Égypte pharaonique, Fayard, Paris, 1995, p. 15. Si cet ouvrage, après celui de G. Lefebvre (Essai sur la médecine égyptienne de l’époque pharaonique, Paris, 1956), a renouvelé le genre en fournissant une synthèse très attendue, on doit à W. Westendorf et à H. von Deines, l’encyclopédie de référence sur le sujet : le Grundriss der Medizin der alten Ägypter, Berlin, 1957-1962.

[3] Bardinet, op. cit., p. 15-16.

[4] Chr. Leblanc, « L’école du temple (ât-sebaït) et le per-ankh (maison de vie). À propos de récentes découvertes effectuées dans le contexte du Ramesseum »,  Memnonia 15, 2004, p. 93-101.

[5] Ph. Derchain, « Le tombeau d’Osymandyas et la maison de la vie à Thèbes », NAWG 8, 1965, p. 165-171.

[6] H. Brugsch, « Über die medicinischen Kenntnisse der alten Ägypter und über ein alt-ägyptisches medicinisches Manuscript im Königl. Museum zu Berlin », Allgemeine Monatsschrift für Wissenschaft und Literatur (1853), p. 44-56. —Anticipant sur la suite, le premier article consacré explicitement à la gynécologie, en 1921, est celui du Jules Guiart (« L’obstétrique dans l'ancienne Égypte », Comptes rendus du Deuxième Congrès International d'Histoire de la Médecine, Paris, Juillet 1921, Évreux, 1922, p. 54-63) suivi par l’opuscule du Dr Dimitri Joannides (Esquisse de la gynécologie et de l'obstétrique chez les Égyptiens et les Grecs, Schindler, Le Caire) paru en 1934. Autant dire rien.

[7] « La médecine est, chez eux, divisée en spécialités : chaque médecin soigne une maladie et une seule. Aussi le pays est-il plein de médecins, spécialistes des yeux, de la tête, des dents, du ventre, ou encore des maladies d’origine incertaine. » Cf. Hérodote, Œuvres complètes. Texte présenté, traduit et annoté par A. Barguet, Gallimard, Paris, 1964, p. 173-174.

[8] On ne peut exclure la clause de style puisque l’ancienneté d’un texte est censée en renforcer l’efficience comme on le constate, par exemple, dans les textes funéraires, notamment dans le Livre des Morts qui évoque l’efficacité de Formules découvertes dans les ruines de monuments anciens. Le Papyrus Ebers, par exemple, qui comporte des paragraphes se rapportant à la gynécologie, aurait été copié sous le règne d’Amenhotep Ier ; le Papyrus Edwin Smith aurait été recopié à partir d’une copie de l’époque hyksôs, et sa source remonterait plus loin encore. Voir S. Sauneron, Un traité égyptien d’ophiologie, Bibliothèque générale XI, Le Caire, 1989, p. 60-61

[9] Voir l’analyse fournie sur Diodore de Sicile I, 82 par S.H. Aufrère, « Médecine et guérison dans les religions de l’Égypte ancienne. Note à propos du passage de Diodore Livre I, § LXXXII », dans J.-M. Marconot (éd.), Représentation des maladies et de la guérison dans les textes de la Bible. 1er-2 décembre 2000, Université Paul Valéry, Montpellier, 2002, p. 87-106.

[10] Id., « Manéthôn de Sebennytos, médiateur de la culture sacerdotale du Livre sacré : vers de nouveaux axes de recherche », dans B. Legras (éd.), Transferts culturels et droits dans le monde grec et hellénistique. IIèmes Rencontres interna­tionales sur les transferts culturels dans l’Antiquité méditerranéenne, Reims, 14- 17 mai 2008, à paraître aux Presses de la Sorbonne.

[11] Bardinet, op. cit., p. 39-48. Voir aussi Y. Koenig, Magie et magiciens dans l’Égypte ancienne, Paris, 1981, p. 63-66. (Les médecins-magiciens.) L’auteur reconnaît (p. 63) : « Il n’y a aucune différence quant au fond et même à la forme entre la démarche du magicien et celle du médecin. »

[12] Voir W. Helck, « Shamane und Zauberer », dans Mélanges Adolphe Gutbub, Montpellier, 1984, p. 103-108. Voir aussi T. DuQuesne, Jackal at the Shaman’s Gate. A study of Anubis Lord of Ro-Setawe, with the conjuration to chthonic deities (PGM XXIII; pOxy 412). Text, translation, and commentary. And an annotated bibliography of the Anubis archétype (Oxfordshire Communications in Egyptology, 3), Thames, Darengo, 1991.

[13] La publication de Chr. Leitz (Magical and Medical Papyri of the New Kingdom (HPBM 7), London, 1999) en est un exemple frappant. Mais voir aussi supra, n. 11.

[14] Voir, par exemple, dans les recettes d’onguents liturgiques ou dans les produits employés pour la momification : S.H. Aufrère, Thot Hermès. De l’Infiniment grand à l’infiniment petit, Paris, 2007. Les Papyrus du Ramesseum font ainsi apparaître trois conjurations (ici même, p. 267-283) pour les seins, lesquelles font intervenir des produits eux-mêmes ayant une charge mythologique.

[15] Sauneron, op. cit.

[16] Voir S.H. Aufrère, « La sénescence de Rê. La salive, le serpent, le rire et le bâton dans les textes cosmogoniques et magiques de l’Égypte ancienne », dans B. Bakhouche (éd.), L’ancienneté chez les Anciens. II : Mythologie et religion (Actes du colloque international des 22, 23 et 24 novembre 2001), Université Paul Valéry), Montpellier, 2002, p. 321-339.

[17] Voir, pour mémoire, H.N. Sallam, « L’ancienne école de médecine d’Alexandrie », Gynécol Obstét Fertil 30, 2001, p. 1-8, et notamment p. 3-4 (au détail près qu’aucun papyrus égyptien ne figura dans la Bibliothèque d’Alexandrie).

[18] Voir cependant G. Lefebvre, Tableau des parties du corps humain mentionnées par les Égyptiens, CASAE  17, Le Caire, 1952.

[19] Dans son article, F. Poole (« ‘Cumin, set milk, honey’ : an ancient Egyptian medicine container (Naples 828) », JEA 87, 2001, p. 175-180) montre que la même séquence d’une formule contre la toux sur un vase date des ve-ive siècles figurait déjà dans le Papyrus médical de Berlin, un document rédigé sept siècles plus tôt.

[20] On renverra à l’ouvrage de S. Schott, Bücher und Biblioteken im Alten Ägypten, Wiesbaden, 1990. Voir aussi V. Wessetzky, « Die Bücherliste des Tempels von Edfu und Imhotep », GöttMiz 83, 1984, p. 85-89 ; E. Schott, « Bücher und Bibliotheken im alten Ägypten », GöttMiz 1, 1972, p. 24-26 ; ibid. 25, 1977, p. 73-80 ; A. Grimm, « Altägyptische Tempelliteratur. Zur Gliederung und Funktion der Bücherkataloge von Edfu und et-Tôd » dans S. Schoske (éd.), Akten des vierten Internationalen Ägyptologen-Kongresses München, 1985, t. III 3, p. 159-169.

[21] Il s’agit de vingt-cinq paragraphes (cf. Bardinet, op. cit., p. 221-225) que Th. Bardinet (op. cit., p. 221) identifie bien comme « Traité de gynécologie du papyrus médical de Kahun ».

[22] Une édition de ce papyrus est en préparation, sous la direction de J.-P. Corteggianni (Ifao, Le Caire).

[23] S. Sauneron, Un traité égyptien d’ophiologie, Bibliothèque générale XI, Le Caire, 1989. Le papyrus était formé de deux rouleaux indépendants (p. ix) consacrés à deux parties différentes et consistant en deux traités reconnaissables comme tels : un premier livre formé de 38 chapitres concernant l’aspect descriptif et anatomique des serpents ; un second livre qui présente la partie thérapeutique, en d’autres termes un antidotaire. On peut dire que ce sont deux livres physiquement jumeaux et constituant un tandem sur le plan intellectuel. Voir une nouvelle traduction de ce texte dans Bardinet, op. cit., p. 523-545.

[24] D. Cole (« The Role of Women in the Medical Practice of Ancient Egypt », DiscEgypt 9, 1987, p. 25-29) fait valoir qu’il existait des femmes spécialisées en obstétrique et en gynécologie.

[25] S.H. Aufrère,  « Imhotep et Djoser dans la région de la Cataracte : de Memphis à Éléphantine », BIFAO 104, 2004, p. 1-20.

[26] F. von Oefele, « Der Papyrus Westcar als Quelle für das Studium altägyptischer Gynäkologie », Ärztliche Rundschau 7, 1897, p. 594 ; Id., « Die nicht-pathologische Gynäkologie der alten Ägypter », Wiener klinische Wochenschrift 7, 1894, p. 789-790, 800-801, 804, 823-824, 836-837, 847-848. 860-861. Voir aussi M. Stol, « Felix von Oefele and Babylonian Medicine », Janus 72, nos 1-3, 1985,  3, p. 7-16.

[27] F. Reinhard, « Gynäkologie und Geburtshilfe der altägyptischen Papyri »,  AGM 9, 1916, p. 315-344 ; 10, 1917, p. 124-161 ; D.C. Joannides, Esquisse de la gynécologie et de l’obstétrique chez les Égyptiens et les Grecs, Le Caire, 1934.

[28] Le point de départ est un l’intérêt pour les vases anthropomorphes représentant une mère tenant son enfant sur son giron : J. Sainte Fare Garnot, « Deux vases égyptiens représentant une femme tenant un enfant sur ses genoux », dans Mélanges d’archéologie et d’histoire offerts à Charles Picard à l'occasion de son 65e anniversaire (= Revue archéologique, Paris. Vol. 29-32), Paris, 1949, II, p. 905-916 ; Chr. Desroches-Noblecourt, « Pots anthropomorphes et recettes magico-médicales dans l’Égypte ancienne », RdE 9, 1952, p. 49-67. En dernier lieu : Fr. Daumas, « Une fiole pharmaceutique égyptienne en terre cuite », BSEG 4, 1980, p. 27-32.

[29] Voir W. Vycichl, « L’Allaitement divin du Pharaon expliqué par une coutume africaine », Genève-Afrique/Geneva-Africa (= Acta Africana 5), Genève, 1966, p. 261-265.

[30] Fr. Jonckheere, « Un chapitre de pédiatrie égyptienne : l’allaitement », Æsculape, 36e année, oct. 1955, p. 203-223. Un autre article P. Morice, P. Josset, J.-Cl. Colau (« La gynécologie et l’obstétrique en Egypte antique », Journal de gynécologie obstétrique et biologie de la reproduction 23, n° 2, 1994,  p. 131-136) fait une courte présentation du sujet. Ce sont encore aujourd’hui les mêmes informations que l’on retrouve un peu partout dans la bibliographie de l’histoire de la médecine : H. Selin (éd.), Medicine across cultures. History and practice of medicine in non-Western Cultures, Kluwer Academic Publisher, Dordrecht, 2003, p. 27-29.

[31] Même Th. Bardinet (op. cit., p. 221-229), qui évoque le traité de gynécologie du papyrus médical de Kahoun, n’y accorde qu’une faible place dans son exposé (p. 226).

[32] Ét. Drioton, « Une représentation de la famine sur un bas-relief égyptien de la Ve dynastie », BIdE 25, 1943,  p. 45-54 ; J. Vercoutter, « Les “Affamés” d’Ounas et le changement climatique de la fin de l’Ancien Empire », dans P. Posener-Krieger (éd.), Mélanges Gamal Eddin Mokhtar, Le Caire, 1985 II, p. 327-337.

[33] J. Vandier d’Abbadie, « Deux ostraca figurés », BIFAO 56, 1957, p. 21-34.

[34] A. Erman, Zaubersprüche für Mutter und Kind : aus dem Papyrus 3027 des Berliner Museums, Berlin, 1901. En dernier lieu, voir N. Yamazaki, Zaubersprüche für Mutter und Kind: Papyrus Berlin 3027, Berlin, 2003.

[35] Voir, par exemple, Bardinet, op. cit., p. 477-478.

[36] J. Leclant, « Le rôle du lait et de l’allaitement d’après les Textes des Pyramides », JNES 10, 1951, p. 123-127.

 

LAIT - 1ère de Couv

 

LAIT - 4ème de Couv