Publication du vendredi 20 décembre 2013 :

 

Kôm Ombo © R

  • Anne-Marie LOYRETTE, « Préface » de R.-A. Jean, La chirurgie en Égypte ancienne. À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Éditions Cybele, Paris, 2012, dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 20 décembre 2013.

 

 

 


 

 

 

 

« Préface » de R.-A. Jean, La chirurgie en Égypte ancienne.

À propos des instruments médico-chirurgicaux

métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre

 

Anne-Marie LOYRETTE

 

 

 

 

           Cet ouvrage correspond à la prise en compte d’un certain nombre de petits objets ou de fragments d’objets métalliques ou composites dont quelques vedettes sont exposées dans les salles du Musée du Louvre, et, pour la grande partie d’entre eux, conservés dans les réserves du département des antiquités égyptiennes. Les vestiges que nous possédons sont à dater de la fin de la Préhistoire pour les silex, jusqu'à l'époque chrétienne (à partir du IVe siècle apr. J.-C) pour les instruments en cuivre, en métal cuivreux, puis en fer, et même au début de la période arabe pour quelques-uns d’entre eux.

           Quand je signalai l’existence de ces accessoires ou de leurs restes non exposés à Richard-Alain Jean, et après que Madame Ziegler trouva intéressant de s’en occuper, il courut littéralement les examiner dans les placards du sous-sol. Il fallut aussi la patience de Catherine Bridonneau pour les relocaliser tous, ainsi que pour isoler des fiches parfois assez anciennes et peu renseignées. Certains de ces objets à composantes métalliques avaient déjà été rassemblés dans des tiroirs par Madame Jeanne Marie Thérèse Vandier d’Abbadie pour la réalisation de son catalogue des objets de toilette égyptiens publié dans les années soixante-dix. D’autres n’avaient pas été retenus pour ce recueil, tandis que différentes pièces provenant de plusieurs fouilles ont été entre temps ajoutées. Ainsi l’auteur de ce livre put les détailler tout à loisir et conclure que les formes et les tailles des éléments d’une grande partie de cette collection pouvaient être compatibles avec des instruments à usage médical et chirurgical avec lesquels il est très familiarisé. Il publia d’abord en 1999 son catalogue des objets égyptiens conservés au musée d’Histoire de la Médecine [1]. Il étudiera encore d’autres exemples d’objets similaires glanés dans des musées français et étrangers et les comparera avec des objets contemporains. Les ressemblances avec quelques instruments chirurgicaux modernes placés en regard sont en effet assez troublantes. Cependant, rien ne peut remplacer la pratique elle-même pour bien comprendre l’usage qui pouvait en être fait. Tout s’éclaire encore quand on en rencontre parfois la mention opératoire en termes précis dans les textes médicaux pharaoniques. Or il se trouve que l’auteur est également très familiarisé avec ces écrits ainsi que d’autres plus tardifs. Depuis, nous avons résolu d’étudier ensemble une partie de ce corpus spécialisé, afin de publier des passages comparés du Papyrus du Ramesseum qui a été retrouvé dans une tombe du Moyen Empire (n°5) recouverte par les magasins du Temple de Million d’Années de Ramsès II et dont Christian Bernard Leblanc est actuellement responsable. Plusieurs de ces études ont été éditées par notre directeur de recherche dans les Memnonia [2], puis, par Sydney Hervé Aufrère dans l’Encyclopédie religieuse de l’Univers végétal (II, 2001 [3] ; III, 2005 [4] ) et dans notre livre surla mère, l’enfant et le lait en Égypte Ancienne chez l’Harmattan en 2011 [5]. Ces recherches approfondies continuent. Elles sont gourmandes du temps passé à les concevoir et du soin à en organiser la restitution littéraire. Il était donc temps de livrer ce catalogue, volontairement restreint dans sa forme par l’auteur afin de ne plus tarder à faire partager au plus grand nombre les éléments qui le constituent, et de pouvoir à la suite méditer sur d’autres productions exégétiques à venir.

            Richard-Alain Jean nous propose aujourd’hui une histoire de la chirurgie en Égypte ancienne comprenant une description détaillée des objets métalliques égyptiens conservés au Musée du Louvre et qui peuvent correspondre à des instruments à usage chirurgical à différentes époques. La publication de cette liste avait déjà été approuvée par Madame Christiane Ziegler. C’est donc sous cette forme que cet ensemble continue à être présenté sous l’impulsion de Madame Guillemette Andreu-Lanoë, directrice du département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

           La médecine et la chirurgie en Égypte doivent être abordées en effet en fonction des possibilités réelles, elles-mêmes conditionnées par plusieurs facteurs déterminants aux différentes époques. Toute enquête devra tenir compte de ces éléments. Les sources écrites nous sont en partie parvenues dans des rédactions spécialisées, c’est-à-dire principalement pour la chirurgie pharaonique, dans le papyrus Smith et dans plusieurs parties du papyrus Ebers. Certaines représentations artistiques permettent d’illustrer des situations ou des cas assez précis. L’étude des squelettes et la mumiologie, en particulier à l’aide des moyens modernes (scanner, fibroscopie, histologie, parasitologie), permettent d’approfondir les études anthropologiques et de confirmer ou d’infirmer un assez grand nombre d’hypothèses pathologiques et de thérapeutiques chirurgicales. Pour les médicaments, nous connaissons déjà un certain nombre de ressources puisées dans les mondes animal, végétal et minéral. Divers produits ont été identifiés après analyses physico-chimiques d’échantillons retrouvés dans des tombes. La paléobotanique apporte également des réponses. Ces remèdes servent parfois à combattre l’infection locale, à réduire l’inflammation et à favoriser la cicatrisation. Il faudra aussi essayer de déduire quelles pouvaient être les drogues aptes à participer à une certaine forme de sédation, voir à une insensibilisation. Enfin, pour les instruments, il faudra compter essentiellement sur la muséologie et, dans une moindre mesure, sur quelques monuments. Les autres ustensiles à usage médical sont le plus généralement, pour cette époque, répertoriés par la plupart des auteurs dans les objets de la vie quotidienne et à connotation funéraire.

           La première partie de ce travail portera donc sur les possibilités chirurgicales de la période antique basées sur les connaissances anatomo-cliniques et techniques développées dans ce pays. Les actes opératoires les plus importants et les mieux documentés seront cités à la suite. Dans la mesure où les textes hiéroglyphiques sont étudiés par ailleurs, je renvoie le lecteur à ces publications, même si elles peuvent assez souvent se monter partielles quant à leurs interprétations. Plusieurs autres études complémentaires sont en cours d’édition ou en préparation.

           La deuxième partie sera consacrée aux instruments eux-mêmes. Ils sont reproduits proches de leurs dimensions réelles et les mesures effectuées sont toujours rapportées. La plupart d’entre eux seront le plus souvent comparés à d’autres similaires. Plusieurs encore seront rapprochés d’instruments récents, mais seulement quand cela est utile à proposer un usage proprement chirurgical. Pour les autres, il faut admettre que différents types d’emplois sont possibles. Quelques-uns ont pu successivement être placés dans une trousse médicale, parmi des effets de toilette et enfin entrer dans le mobilier funéraire. C’est probablement le cas de certaines lames. Parfois même, la carrière d’un outil peut changer et passer du registre sanitaire à un tout autre domaine, et même, être refondu. Ceci explique sans doute la relative rareté de ces objets découverts in situ au fur et à mesure que l’on s’éloigne dans le temps. Il faut aussi évoquer les pillages. On peut cependant rappeler, entre autres choses, que des ivoires et des amulettes ayant sans doute appartenu à un prêtre thérapeute ont été retrouvés dans une tombe du Moyen Empire en compagnie des Papyrus du Ramesseum, et que des instruments métalliques ont bien été mis au jour dans la tombe d’un médecin de l’Ancien Empire.

           Pour la situation contextuelle et religieuse des métaux employés et des formes, je renvoie au catalogue de Richard-Alain Jean concernant les objets égyptiens conservés au musée d’histoire de la médecine de Paris (1999). En ce qui concerne des utilisations pratiques de ces instruments en chirurgie gynécologique, je renvoie au dernier chapitre de notre livre commun sur la mère, l’enfant et le lait en Égypte ancienne (2010).

 

Anne-Marie Loyrette

MAFTO-CNRS / Louvre

 

           Dans la continuité de son catalogue des objets égyptiens conservés au Musée d’Histoire de la Médecine de Paris, Richard-Alain Jean nous propose aujourd’hui la liste raisonnée des instruments conservés au département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

           Après une étude des possibilités chirurgicales de cette époque et des connaissances spécifiques que cela implique déjà, l’auteur décrit un certain nombre de petits objets métalliques dont l’usage est compatible avec l’exercice de cet art. Beaucoup d’entre eux sont comparés avec des instruments modernes. L’effet est saisissant. Les formes décrites préludent bien le matériel de plus en plus sophistiqué que seront amenés à créer les chirurgiens eux-mêmes. Il est aussi souligné que si l’utilisation médico-chirurgicale d’un outil n’est vraiment assurée qu’en fonction d’un contexte archéologique précis, l’histoire nous montre que les praticiens s’accommodent souvent de ce qui est disponible sur le terrain. Ces détournements ont pu nourrir des conceptions fonctionnelles. Elles seront dès ces moments affinées et leurs utilisations consacrées. Pourtant, plusieurs de ces éléments disparaîtront pour revenir bien plus tard. Ainsi sous nos yeux dans cet ouvrage, la trousse du médecin commence à se constituer … depuis la période pharaonique !

           La préface de ce livre est écrite par Anne-Marie Loyrette, avec qui l’auteur a publié plusieurs études sur l’histoire de la médecine, notamment au sujet de la femme, de la mère et de l’enfant dans l’égypte ancienne.

  



[1] R.-A. Jean, À propos des objets égyptiens conservés au Musée d’Histoire de la Médecine, Université Paris V, Paris, 1999.

[2] R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, « À propos des textes médicaux des Papyrus du Ramesseum nos III et IV : I, la contraception », dans Memnonia, XII-XIII, 2001/2002, p. 83-115 ; R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, « À propos des textes médicaux des Papyrus du Ramesseum nos III et IV : II, la gynécologie», dans Memnonia, XV, 2004, p. 67-91 (Éditions partielles de ces travaux).

[3] R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, « À propos des textes médicaux des Papyrus du Ramesseum nos III et IV, I », dans Encyclopédie religieuse de l’Univers végétal (ERUV - II), Montpellier, S.H. Aufrère (éd.), 2001, « La reproduction », p. 537-564 ; « La contraception », p. 564-592 (Éditions totale de ce travail).

[4] R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, « À propos des textes médicaux des Papyrus du Ramesseum nos III et IV, II : la gynécologie (1) », dans Encyclopédie religieuse de l’Univers végétal (ERUV - III), Montpellier, S.H. Aufrère (éd.), 2005, p. 351-487 (Éditions totale de ce travail).

[5] R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, La mère, l’enfant et le lait en Égypte ancienne. Traditions médico-religieuses. Une étude de sénologie égyptienne (Textes médicaux des Papyrus Ramesseum nos III et IV ), Collection Kubaba – Série Antiquité – Université de Paris 1, Panthéon Sorbonne, L’Harmattan, Paris, 2010.

 

 


 

Tous ces ouvrages sont disponibles :

 

Librairies-Éditions CYBELE (Réf : 15350 ; 14677 ; 15372 ; 8362)

65 bis rue Galande, 75005 - PARIS

tél : 01 43 54 16 26

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