Article complet - mardi 1er octobre 2013 :

ODONTOSTOMATOLOGIE - première partie

  

CEPIA - tête only Hesy-Re

  

Richard-Alain JEAN, Xavier RIAUD, « L'odontostomatologie en Égypte antique - I , L'instrumentation disponible », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 1er octobre 2013.

 

 

 


 

 

 

L'ODONTOSTOMATOLOGIE EN ÉGYPTE ANTIQUE - I

L'INSTRUMENTATION DISPONIBLE

 

Richard-Alain JEAN, Xavier RIAUD

 

 

 

Fig 1 et 2

 

 

          Ce très cours article de rentrée sera consacré à l'odontostomatologie en Égypte antique, et principalement, aux instruments disponibles à cette époque.

         Aucun papyrus chirurgical strictement dentaire ne nous est parvenu jusqu’à maintenant, cependant, les restes humains, beaucoup de faits et plusieurs textes nous indiquent que les spécialistes s’occupaient bien d’odontostomatologie et que ces derniers étaient très recherchés si l’on en juge par les grades important qui leurs étaient attribués à la cours aux époques pharaoniques [1]. Par exemple, Hesy-Rê était entre autres « Grand des dentistes (wr jbḥyw) et Grand des médecins (wr swnww) » sous le règne de Djoser (IIIe dyn.) [2]. Psammétique-Séneb portait les titres de « Chef des dentistes du palais », de « Chef des médecins » et de « Doyen des médecins » (Statue du Vatican 166 ; XXVIe dyn.) [3]. Hérodote (Histoires, Livre II,84) [4] nous indique encore vers 430 av. J.-C. que l’Égypte ne manque pas de médecins chargés de soigner spécifiquement divers organes, dont les dents (οἱ δὲ ὀδόντων). Les fonctions de ces praticiens se sont donc manifestées de façon constante dans l’histoire.

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[1] Th. BARDINET, Dents et mâchoires dans les représentations religieuses et la pratique médicale de l’Égypte ancienne (Studia Pohl : Series Maior XV), Editrice Pontificio Istituto Biblico, Roma, 1990, p. 229-262.

[2] J. E. QUIBELL, Excavations at Saqqara. (1911-1912) The Tomb of Hesy, IFAO, Le Caire, 1913, pl. 31-32.

[3] Fr. von KÄNEL, Les prêtres-ouâb de Sekhmet et les conjurateurs de Serket (Bibliothèque des hautes Études - Sciences Religieuses - LXXXVII), PUF, Paris, 1984, p. 193-195.

[4] HÉRODOTE, Histoires, Livre II, Ph. LEGRAND (éd.), Les Belles Lettres, Paris, 2009, p. 120-121.

 

 


 

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        D’après Thierry Bardinet, « Pour les soins dentaires comme pour toutes les autres maladies, les stratégies thérapeutiques disponibles à l'époque font surtout appel aux médications. Pour les Égyptiens, la maladie dépendait pour l'essentiel de l'introduction dans le corps de différents souffles pathogènes ou d'éléments vivants nocifs. Il s'agit d'une théorie parasitaire générale et les substances médicamenteuses seront le plus souvent destinées à "chasser", "repousser" ou "tuer" les éléments pathogènes en cause » [5]. Nous étudierons plus précisément cet aspect [6].

         Donc, si « il n'est pas prouvé que les chirurgiens-dentistes égyptiens n'aient pas pratiqué des extractions : l'inverse ne l'est pas non plus. L'examen de la denture de Ramsès II révèle la présence de racines dentaires " baignant dans un foyer infectieux et certainement très mobiles ". On peut se demander pour quelles raisons ces dernières n'ont pas été extraites, si les extractions étaient courantes. Par contre, on a pu examiner des crânes d'édentés partiels, dont l'os était parfaitement cicatrisé après la perte des organes dentaires. Alors que conclure ? » [7]. Il faudra également tenir compte d’autres travaux pour affiner le contexte chirurgical [8].

        Les Romains préconisent également la médication plutôt que l'extraction. A ce sujet, « Le praticien doit d'abord essayer de l'arracher avec les doigts et, seulement s'il n'y parvient pas, utiliser la pince. Mais, l'utilisation de la pince entraîne deux danger : le premier est que la dent, si elle est en mauvais état, se brise entre les mâchoires de l'instrument. Pour parer à cette éventualité, l'opérateur doit au préalable remplir la dent cariée avec de la charpie ou avec du plomb qu'il ajuste soigneusement. Voilà un usage intéressant du plombage destiné non pas à réparer, mais à en faciliter l'extraction » [9].

         Celse pense que, si la dent est trop petite, la pince ne peut pas la saisir, ou pire, elle peut pincer l'os de la gencive et le briser. Le praticien doit alors aller rechercher l'esquille avec une sonde (specillum) et l'extraire avec une pincette (volsella). S'il n'y parvient pas, il doit alors inciser la gencive pour attraper le morceau d'os flottant (Celse VII, 12, 1A : « Tum, si fieri potest, manu ; si minus, forfice dens excipiendus est ») [10].

 

     Nous traiterons dans cette première partie de l’instrumentation à partir d’objets, qui bien que tardifs, devaient refléter ceux qui étaient disponibles à ces époques à Alexandrie et sans doute antérieurement aux époques pharaoniques si l’on réuni tous les indices déjà exploitables. Clément d’Alexandrie rapporte au 2e siècle après J.-C. (Stromates, Livre VI, Ch. IV, 38) [11] que parmi les quarante-deux ouvrages très anciens conservés dans la grande bibliothèque, six avaient un contenu médical, dont un se rapportait aux instruments (ὀργάνων) des médecins (le trente-neuvième). D’autres traditions font par exemple remonter l’invention du forceps pro extrahendis dentibus par Érasistrate de Céos au IIIe siècle avant J.-C. mais nous n’en n’avons aucune preuve tangible.

 

      Parmi les instruments glanés çà et là dans les musées, nous retiendrons ici pour notre usage, une douzaine de principaux modèles antiques et quatre autres comparatifs anciens.

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[5] Th. BARDINET, « Dentistes et soins dentaires à l'époque des pharaons », dans Fr. COLLARD & Ev. SAMAMA(éd.), Dents, dentistes et art dentaire, L'Harmattan, Paris, 2012, p. 145-158.

[6] R.-A. JEAN, X. RIAUD, « L’odontostomatologie en Égypte antique - III, Thérapeutique médicale », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, XX XXX 2013.

[7] T. MONIER, A. ROMBAUTS, Pathologie et thérapeutique dentaires dans l'Égypte pharaonique. Paléopathologie des momies égyptiennes, Thèse Doct. Chir. Dent., Paris V, 1982, p. 30-32.

[8] R.-A. JEAN, X. RIAUD, « L’odontostomatologie en Égypte antique - II, Thérapeutique chirurgicale », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, XX XXX 2013.

[9] P. MUDRY, "Ô rage! Ô désespoir! Enquête sur la douleur dentaire à Rome", dans Fr. COLLARD & Ev. SAMAMA(éd.), Dents, dentistes et art dentaire, L'Harmattan, Paris, 2012, p. 159-168.

[10] Aurelius Cornelius CELSUS, Traité de Médecine, Texte latin d’après l’édition de L. TARGA -‪ H. NINNIN (éd.), M. Gautret, Paris, 1838, p. 331.

[11] CLÉMENT D’ALEXANDRIE, Stromates, Livre VI : M. DE GENOUDE, Les Pères de l’Église, V, Paris, 1839, texte grec (http://remacle.org/bloodwolf/eglise/clementalexandrie/stromates6.htm - IV), et : P. DESCOURTIEUX (éd.), Col. Sources Chrétiennes, Éditions du Cerf, Paris, 1999.

 

 


 

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Soit :

 

-       Un davier dont on peut voir une représentation à Kom Ombo,

-       Trois autres daviers dentaires à titre de comparaison,

-       Quatre élévateurs destinés à faciliter des extractions dentaires,

-       Une sonde spatule compatible avec un garnissage dentaire,

-       Une spatule ronde de préparation médicamenteuse,

-       Un stylet broyeur d’ingrédients,

-       Un bistouri pouvant servir à ouvrir un abcès dentaire,

-       Une pincette pour contrôler et extraire les esquilles,

-       Une sonde pour explorer les plaies,

-       Deux porte-mèches bifides,

-       Un autre porte-mèche d’époque arabe à titre pour comparer.

 

Instruments auxquels nous ajouterons :

 

-       Quelques flacons pharmaceutiques,

-       Une coquille de mélange avec sa spatule,

-       Un bassin et son aiguière.

 

Nous aurions pu également ajouter ici même :

 

- Des fils en métal précieux (or, argent) pour réaliser des contentions par fil.

 

Donc de quoi, nous le voyons, commencer à soigner quelques patients dans certainement l’un des plus ancien cabinet de l’histoire !

 

 

Fig 3 à 6

 

 

 


 

4

  

Fig 7 aet b

 

 

Fig 8

 

 

Fig 9

 

 

Fig 10

 

 

 


 

5

 

 

Fig 11

 

Fig 12

 

 

Fig 13

 

 

Fig 14

 

 

Fig 15

 

 


 

6

 

Fig 16

 

 

 

 

Fig 17

 

 


 

 

Fig 18

 

 

Bibliographie avec références :

 

L. J. BLIQUEZ, Roman Surgical Instruments and Other Minor Objects in the National Archaeological Museum of Naples, Mainz, 1994.

R.-A. JEAN, À propos des objets égyptiens conservés du musée d’Histoire de la Médecine, Paris, éd. Université René-Descartes - Paris V, Paris,coll. « Musée d'Histoire de la Médecine de Paris », 1999.

R.-A. JEAN, La chirurgie en Égypte ancienne. À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Editions Cybele, Paris, 2012.

R.-A. JEAN, « Médecine et chirurgie dans l’ancienne Égypte », dans Pharaon Magazine, n° 11 - Novembre 2012, p. 46-51 et 50-51 pour les instruments de Kôm Ombo.

R.-A. JEAN, « Forces ancêtres des ciseaux chirurgicaux. À propos de deux modèles égyptiens », Clystère (www.clystere.com), n° 23, 2013, p. 10-14.

J.-P. MARTIN, Instrumentation chirurgicale en France des origines au XIXe siècle, L'Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2013.

J. S. MILNE, Surgical Instruments in Greek and Roman Times, Oxford, 1907, et reprint Chicago, 1976.

Toute référence à cet article doit préciser :
Richard-Alain JEAN, Xavier RIAUD, « L'odontostomatologie en Égypte antique - I , L'instrumentation disponible », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne (http://medecineegypte.canalblog.com), Cherbourg, 1er octobre 2013.