Article complet du jeudi 13 juillet 2017 :

CLINIQUE OBSTÉTRICALE - III

 

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• Richard-Alain JEAN, « Clinique obstétricale égyptienne - III . Inspection vasculaire de la face et des membres supérieurs », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Angers,13 juillet 2017.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

CLINIQUE OBSTÉTRICALE ÉGYPTIENNE - III

INSPECTION VASCULAIRE DE LA FACE 

ET DES MEMBRES SUPÉRIEURS

 

 

Richard-Alain JEAN

 

 

          Après l’examen des yeux, le médecin continuera son observation de la femme en inspectant la face, puis tout le reste du corps, dont les membres supérieurs et ses attaches.

         Dans cette partie où nous étudierons trois textes séparés, j’ai pris la résolution de traduire directement, et à chaque fois rencontrée, une expression égyptienne médicale spécialisée dans le domaine vasculaire artériel par : « angiome palpitant ». Non pas que l’on rencontre ce vocable dans les différents dictionnaires classiques, c’est évident – mais un peu comme à tout moment dans les textes médicaux l’on est amené à interpréter une notion clinique précise – il faut bien trancher en fonction des éléments fondamentaux apportés, et par les textes eux-mêmes, et par nos connaissances physiopathologiques modernes éprouvés par l’expérience. Cela n’est finalement pas si difficile, si l’on considère le fait biologiquement intangible, que pour notre espèce, les mêmes signes seront toujours visibles à toutes les étapes de l’examen pratiqué par le médecin dans un cadre donné. Ainsi, quand il s’agit de la présomption d’une grossesse, tous les symptômes susceptibles d’apparaître sont à analyser en suivant les descriptions qui en sont données par nos ancêtres dans l’art et dans la langue. Il est également facile à comprendre que le locuteur devait puiser dans l’arsenal linguistique dont il disposait, afin de « fixer » de nouvelles expressions « consacrées » hautement spécialisées et que nous retrouvons aujourd’hui dans leurs écritures. Le contrôle en est assuré par la vraisemblance médicale [1].

 

 


 

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         1. L’inspection vasculaire de la face

 

         Nous avons vu dans la publication précédente, qu’au premier lieu l’entourage, puis le médecin consulté, avaient le plus naturellement du monde, l’occasion de discerner quelques signes visibles au niveau de la face permettant d’envisager une grossesse éventuelle. Le médecin en profitera aussi pour évaluer à chaque fois plusieurs autres éléments plus généraux, mais permettant de juger de l’état général de la femme à cette occasion.

         Le contrôle vasculaire est en effet accessible à plusieurs niveaux géographiques que nous allons distinguer, mais aussi, il est à rechercher en fonction des données anatomophysiologiques artérielle et veineuse selon une autre forme de classement sémiologique, certes moderne, mais que les spécialistes de l’époque pouvaient déjà commencer à apercevoir par simple déduction. C’est un élément de plus à verser au dossier discriminatif vasculaire paléohistologique et utile pour comprendre la perception égyptienne de la circulation. J’en reparlerai.

 

         1.1. La recherche des angiomes palpitants

 

         Ainsi, au nombre des signes cliniques secondaires de la grossesse, figurent assez souvent des formations vasculaires particulières rouges et palpitantes effleurant la peau à plusieurs endroits du corps facilement accessibles. Elles ont donc une origine artérielle. Ce sont les angiomes palpitants.

 

         Je commencerai par retraduire d’abord un premier texte où le terme technique vasculaire artériel figure bien dans le cadre de la recherche d’une grossesse, mais où la localisation cartographique a disparue. Nous constaterons en analysant les mêmes mots figurant dans le texte suivant, et en interrogeant la clinique qui en découle, que la description correspond tout à fait à une découverte nécessitant un geste précis engageant un diagnostic différentiel pour une formation de cette nature.

 

          1.1.1. pKahun UC 32057 (lot VI.1) - 32. 3, 24-25 [2]

 

         Comparer avec : pKahun 29. 3, 19-20. Parallèle // (angiome) palpitant (mnj3).

                                    pBerlin 197. vs. 1, 11-13. Parallèle // (angiome) palpitant (mnj3).

 

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         1.1.2. pKahun UC 32057 (lot VI.1) - 29. 3, 19-20

 

         Comparer avec : pKahun 32. 3, 24-25. Parallèle // (angiome) palpitant (mnj3).

                                    pBerlin 197. vs. 1, 11-13. Parallèle // (angiome) palpitant (mnj3).

 

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simplement avec la main des mouvements propres à l’enfant, or ceux-là ne seraient pas « pulsatiles » mais au mieux très irréguliers, très espacés dans le temps, et tardifs – et la recherche correspondrait alors à un interrogatoire, ce qui n’est pas la cas. Ici, le bout du doigt doit en fait être posé sur « ce qui palpite » c’est-à-dire un « angiome-mnj3 » afin d’observer une réaction. Cette caractéristique rend la couleur défective, elle ne sera donc nommée qu’indirectement dans la mesure où elle doit « disparaître ». La nature des réactions successives engendrées par la pression du doigt nous indiquera dans la suite du texte qu’il peut tout à fait s’agir là d’un angiome stellaire. En effet, on peut sentir les battements en son point central, car il s’agit d’une formation « pulsatile » bien connue des femmes enceintes. Les localisations sont parfaitement compatibles avec ce texte ainsi que celles décrites en pBerlin 197. vs. 1, 11-13. Le contexte obstétrical est encore confirmé en pKahun 32. 3, 24-25. 

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de façon centrifuge en spirales peut bien rappeler ce signe. De même que le claquement d’une corde (ou d’un fouet en fils de cuir). Or, c’est un peu ce que montrent les arborisations comprimées avec le doigt, puis relâchées se réinjectant du centre vers la périphérie lorsque l’on exécute cette manœuvre sur un angiome stellaire tout à fait courant au cours d’une gestation. Nous avons dans un premier temps une « disparition » provoquée par la pression et dans un second, une réapparition du sang. Le phénomène est donc réversible. Au total, la spécificité de cette formation dispense de nommer une couleur défective devant « disparaître » à la vue de l’opérateur afin d’être discriminée d’avec d’autres formations dermatologiques n’ayant pas les mêmes propriétés.

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         Commentaire. – Je propose de voir dans ce texte plusieurs offres qui se superposent afin de fournir plusieurs éléments successifs et produisant réunis une somme d’informations potentielles finalement assez considérable pour l’époque. Le genre littéraire semble nous imposer en effet plusieurs lectures, toutes compatibles et donc susceptibles de théoriquement demeurer. En pratique, ces observations basales devaient être à la portée d’un praticien expérimenté. Plusieurs indices nous indiquent que ces éléments étaient en cours de codification. Nous en trouverons dans d’autres textes.

         - Ainsi, dans la première partie de l’examen (19a-19b), il est question de pincer une lèvre de la femme. Ce simple geste peut générer au moins quatre observations simultanées [4].

         • Il s’agit dans un premier temps de rechercher une pâleur de la lèvre qui traduirait un signe d’anémie, ou de choc (éclampsie, GEU …), ou, une cyanose.

 

 


 

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         • Puis, dans un deuxième temps d’apprécier la persistance ou non d’un « pli cutané » témoin de l’élasticité de la peau afin de détecter une déshydratation. La lèvre peut aussi à cette occasion être perçue sèche, pincée ou non, ou au contraire déformée, bouffie. Dans un pays chaud, la déshydratation est un des premiers signes évocateurs de l’état général avec la maigreur facile à constater de visu. Bien entendu, des pathologies d’origine nutritionnelle peuvent également être impliquées [5].  

 

 

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         • Dans un troisième temps, on peut également à cette occasion : 1) Noter l’état des téguments de la face. Ou la carnation est normale, ou, elle révèle une extrême pâleur, un teint cireux, terreux, être rouge et chaude, ou bleue. Une diminution de la rougeur provoquée par le pincement peut être une indication de cet endroit périphérique habituellement protégé des agressions. 2) Le pincement découvre obligatoirement les gencives, et, la muqueuse buccale, on notera leurs aspects respectifs. Pendant une grossesse, il peut apparaître une gingivite hypertrophique : la gencive devient alors rouge et œdématiée. On observera alors très tôt un granuloma gravidarum (granulome pyogénique de la grossesse), avec de petites tumeurs gingivales rouges violacées molles, et saignant facilement (épulis). Ces modifications physiologiques régressent dans le post-partum [6]. La muqueuse buccale montre aussi une grande pâleur en cas d’anémie. L’anémie de la grossesse, dont la prévalence est faible au début, n’est alors que le reflet de l’anémie au sein des femmes en âge de procréer dans une population donnée. Le niveau socio-économique est un facteur de risque important. Les carences en fer et en folates en sont les causes. Dans les milieux où le régime est à base de végétaux et où sévissent de nombreuses parasitoses digestives, la carence en fer est endémique. Il faut au moins citer en Égypte la bilharziose. Quant au manque de folates il est favorisé par le paludisme. Si la peau et les conjonctives sont jaunes, il y a ictère. Celui-ci peut être grave comme dans l’hépatite virale chez la dénutrie ou encore en fin de stéatose hépatique aiguë gravidique [7]. Il faut citer la spirochétose ictéro-hémorragique pas si rare en Égypte, avec la teinte rougeâtre orangée dite encore aujourd’hui de « grenade mûre » [8]. Enfin, une coloration bleue indique une cyanose reflétant des problèmes pulmonaires ou cardiaques [9].  

 

 


 

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         • Dans un quatrième temps, il s’agit d’observer éventuellement la formation d’une ecchymose qui ne doit pas se produire (hypercoagulabilité normale de la grossesse), car pour le clinicien elle serait alors le témoin d’une fragilité capillaire accrue provoquée par des troubles hépatiques pouvant engendrer des problèmes de coagulation, ou, provenant des chamboulements physiologiques de l’hémostase survenant chez la femme enceinte. Ainsi, certains bouleversements s’accentueront progressivement jusqu’à l’accouchement. Ils sont en effet rendus nécessaires par les modifications du système vasculaire placentaire pour faire face au risque hémorragique lié au brutal décollement du placenta au moment de la délivrance. Il se crée alors un équilibre instable prédisposant la parturiente à des complications hémorragiques et/ou thrombotiques, dans la mesure où le moindre événement pathologique peut le rompre. Or nous savons que les syndromes hémorragiques ont longtemps été la principale cause de mortalité chez les femmes enceintes [10]. Par exemple, le risque élevé de fausses couches spontanées et de décollement placentaire chez les femmes porteuses d’une afibrinogénémie constitutionnelle ou d’une maladie de Willebrand sévère est bien connu. Il faut aussi parler des risques survenant au cours de complications hémorragiques chez la mère en cas de thrombopénie sévère [11]. Autrefois, le taux de mortalité était élevé et les questions posées étaient d’autoriser ou non une grossesse chez ces patientes et d’interrompre une grossesse débutante.  

         - Dans la deuxième partie de l’examen (19c-20), le médecin est convié à exécuter un second geste. Il s’agit cette fois de poser le doigt sur une formation pulsatile. C’est-à-dire d’effectuer une légère pression et d’observer. Cette formation doit être un phénomène reconnu chez une femme en gestation puisque tel est l’objet du pronostic attendu. Or, prendre un pouls sur un abdomen ou chercher des battements embryonnaires avec le bout du doigt serait pour le moins inopérant. Les mouvements de l’enfant apparaissant en gros au 5e mois sont impossibles à obtenir sur ordre. Par contre, il est facile de repérer sur la peau de la femme enceinte, au niveau du territoire d’irrigation de la veine cave supérieure (mais très rarement dans le dos) –  pas sur le ventre  – les anomalies vasculaires pulsatiles caractéristiques que sont les angiomes stellaires. Ils apparaissent le plus souvent sur la face, le cou et sur les membres supérieurs. Généralement au nombre de 4 à 10, ils culminent à la fin du premier trimestre pour affecter environ 50 à 70 % des femmes blanches et 10 % des femmes noires. Ils régressent normalement dans les 3 à 6 mois suivant l’accouchement. Ce sont des lésions vasculaires mesurant entre 3 et 15 mm de diamètre (parfois plus) formées d’une tête d’anévrisme artériolaire donnant un point rouge d’où irradient de petits vaisseaux tortueux en pattes d’araignée [12]

 

 


 

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         • Donc, après cette découverte, en comprimant plus ou moins fort l’un de celui-ci sur son point central, on peut l’effacer, ou effacer la couronne et ne laisser persister que l’anévrisme dont on sentira parfois les battements systoliques. Ces « disparitions » sanguines permettent aussi de les distinguer des autres problèmes dermatologiques. Lorsqu’on relâchera la pression, l’angiome se réinjecte du centre vers la périphérie, ce qui lui est spécifique. Au début du siècle dernier, le test de la « vitropression » était pratiqué avec un monocle, ce qui permettait d'assister à la résorption capillaire. Lié à l’imprégnation œstrogénique et non à une insuffisance hépatique, les angiomes stellaires apparaissant au cours de la grossesse correspondent bien à des lésions vasculaires mais ils ne sont pas des signes hémorragiques (hors pathologie). Ils ne menacent donc pas l’avenir et correspondent donc avec le bon pronostic : « 19d [Si] [….] (cela) disparaît (d) [elle accouchera] ».  

         • En revanche, si cette manœuvre n’élimine pas la formation : « 20 [Si] cela ne disparaît pas », il s’agit d’autre chose qu’un angiome stellaire dû à une grossesse, c’est-à-dire, par exemple, à une tache rubis n’ayant pas de signification particulière, ou, entre autres, à un purpura pétéchial qui peut être de funestes origines, à des lésions similaires à celles des purpura fulminans comme ceux qui peuvent parfois être observés dans la coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), ou encore à un mélanome malin avancé (médiane de survie de 6 mois en cas d’évolution métastatique de grade III). Ce sont de mauvais pronostics : « 20 [Si] cela ne disparaît pas, elle n’accouchera jamais ». Je reparlerai de cette formule à l’emporte-pièce [13].

 

 

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         En somme, seule la non-présence ou la disparition réactionnelle de certains éléments de formations possibles signe un bon pronostic. La présence de certaines autres modifications physiologiques de la grossesse est bonne. La lecture de la réaction au pincement effectué dans la première partie de l’examen peut confirmer ou infirmer le bon état nécessaire à l’aptitude de la candidate à la parturition. Dans la deuxième partie, la lecture positive de l’angiome stellaire peut en effet constituer un des premiers signes de grossesse. C’est sans doute pour cette raison qu’il est la seule formation à être nommée (mnj3), son caractère pulsatile devant être mis en rapport avec la vie, les autres formations dermatologiques pouvant se former à l’occasion d’une grossesse n’étant pas retenues ici [14]. Dans les autres cas, rien ne permet d’espérer une grossesse. Par contre, leur présence peut laisser présager des problèmes, certes souvent non spécifiques, mais pouvant, selon la gravité de leur origine, constituer un risque maternel et fœtal. Des sommes de ces petits pronostics devait dépendre le pronostic final. 

 

 


 

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         Nous pouvons donc admettre un crénage du texte établissant la grille de lecture suivante [15] : 

  

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         2. L’inspection vasculaire des membres supérieurs

 

         L’examen se continue naturellement en poursuivant du regard l’aspect du cou, des épaules, puis du membre supérieur en ajoutant une palpation dynamique mal traduite dans les publications [16].

 

         2.1. pBerlin 3038 (Vs. I 6-12/Vs I 12-II 6) - 197. 1, 11-13 [17]

 

         Comparer avec : pKahun 29. 3,19-20. Parallèle // (angiome) palpitant (mnj3).

                                    pKahun 32. 3,24-25. Parallèle // (angiome) palpitant (mnj3).

 

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         Commentaire. – Selon le même principe que dans le texte précédent, nous avons probablement ici un examen en trois temps. Le premier temps concerne l’examen de la main et des doigts, le second est consacré à la recherche d’angiomes stellaires dans leurs localisations au niveau du membre supérieur, et enfin un troisième temps pour une estimation du pouls – qui se révèle légèrement accéléré en cas de grossesse (pour 70/mn avant la grossesse). Estimation perceptible au spécialiste.

         • Dans le premier temps en effet, le médecin doit prendre la femme par la main et de l’autre, lui faire « étendre » (swtn) les doigts, dévoilant ainsi correctement les éminences thénar et hypothénar. Ceci permet d’observer la présence d’un érythème palmaire se manifestant chez 2/3 des femmes blanches et 1/3 des femmes noires [18]. Il peut débuter au 2e mois. Cette modification vasculaire physiologique de la femme enceinte peut aussi atteindre les pulpes digitales et les régions péri-unguéales. Ce qui explique ce geste. Il est possible à cette occasion de noter la présence d’un œdème concomitant de celui de la face et des paupières en particulier (Cf. pBerlin 198. vs. 2, 1-2 et pCarsberg VI 2, 1-3). On peut pincer l’ongle, mais le texte ne le précise pas. Cet ongle est susceptible de présenter des lignes transversales de Beau. Il est possible d’éventuellement remarquer des éléments pathologiques défavorables comme une cyanose ou encore un hippocratisme digital. La main peut aussi sembler fiévreuse.

 

 

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         • Dans le deuxième temps, l’opérateur se met en situation d’examiner les faces antérieures et postérieures du bras de la femme. D’abord il lui plie (qrf) le bras en le rapportant sur elle pour voir le dessus de la main et les faces externes de l’avant-bras et du bras. Ensuite, il imprime une rotation externe et le tire vers lui, découvrant ainsi toute la face interne. Le texte emprunte pour cela un vocabulaire fluvial (nj) rappelant le geste du rameur plongeant sa rame dans l’eau dans un mouvement circulaire. Tout en effectuant cette manœuvre anatomique, par exemple avec sa main gauche, le praticien parcourt en zigzaguant avec les doigts de sa main droite, toute l’étendue du bras de la femme et en suivant prioritairement le trajet veineux superficiel (w3t), puis sûrement en s’écartant dès qu’il aperçoit une formation suspecte. Ceci s’explique très bien dans la mesure où il recherche des formations pulsatiles dont le diagnostic différentiel s’effectue en appréciant le battement (nj3) et en exerçant une pression sur elles pour les voir disparaître et réapparaître. J’ai déjà indiqué que la face, le cou et les bras avec le dessus des mains étaient les lieux d’élections privilégiés des angiomes stellaires (mnj3).  

         • Dans un troisième temps ou d’une façon concomitante, le médecin palpait le pouls brachial avec la pulpe du pouce en dedans de la jonction tendino-musculaire du biceps, sur l’artère humérale, puis, le pouls radial, avec trois doigts (index, médius et annulaire) sur la face antérieure du radius. On notait alors le rythme et l’amplitude, et peut-être la fréquence en se basant sur une estimation fine et sans instrument du ressort du spécialiste, ou, en s’aidant d’une horloge à eau, ou, plus longuement comme savent le faire certains hommes du désert, sur un cadran solaire fixe ou improvisé dans le sable. Car nous savons que les Égyptiens étaient très attentifs aux « paroles » du cœur comme il est dit dans les textes médicaux : cf. pour le moment : Jean, Loyrette, 2005, ERUV III, p. 367-368 ; R.-A. Jean, « La médecine égyptienne – " Médecine cardiaque " : le cœur, l'infectiologie », dans Pharaon Magazine, n° 13, juin 2013, p. 42-46 ; — « Notes complémentaires sur le cœur en Égypte », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 29 avril 2013 ; — « Le système respiratoire en Égypte ancienne (6) Physiologie humaine théologique et royale (4) Conclusion cardio-pulmonaire », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 10 avril 2014.

 

 


 

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         3. Le nez

 

         À cette occasion le médecin peut toujours inspecter le nez et les fausses nasales. On remarquera alors assez souvent en effet une congestion nasale et des épistaxis qui se manifestent plus que de coutume.

         Une palpation thyroïdienne montre très souvent une petite augmentation de volume et d’une façon symétrique.

 

         Il faut maintenant noter que tous les signes collectés sont complémentaires de ceux ayant été enregistrés à la suite de l’observation prescrite en pKahun 29. 3,19-20 et vraisemblablement en pBerlin 197. vs. 1, 11-13. Voir également le tableau des phénomènes cliniques puis potentiels avec leurs indices, et mentionnés par les textes médicaux égyptiens (Clinique obstétricale égyptienne - I) [19].

 

         4. Le diagnostic différentiel

 

         La fragilité hépatique, les signes d’ictère, et la présence d’angiomes stellaires, doivent également faire penser à une fibrose, une cirrhose, ou une tumeur. J’en reparlerai.

 

 

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[1] Il s’agit en effet de véritables écrits techniques, produits, dans un premier temps, à partir d’observations naturalistes, d’événements biologiques, de constances physiologiques – puis, dans un deuxième temps, de constatations pathologiques dont il faudra réaliser l’expertise, avant, dans un troisième temps, d’en dégager un proposition de soins le mieux possible éprouvée. C’est la compréhension de chaque élément de cette démarche qui « validera » chaque mot dans son contexte particulier, qu’il soit anatomique, dynamique, sémiologique, puis par suite, dépendant ou non d’une solution chirurgicale, médicale et pharmacognosique. C’est la raison pour laquelle je donne toujours en note un « histoire du mot » qui récapitule parfois assez bien la notion intangible de la biologie humaine comprise dans les temps et les lieux selon les évolutions des langues, et de leurs comparaisons avec les termes étrangers. De ma même façon, je m’attache toujours à retracer les faits dynamiques, ou pharmacologiques selon les utilisations historiques, car ils sont les témoins d’une certaine démarche commune selon un modèle intellectuel hérité depuis les origines de la pensée médicale en Égypte.

[2] M. Collier, S. Quirke, The UCL Lahun Papyri : Religious, Literary, Legal, Mathematical and Medical, Oxford, 2004, pl. UC 32057 (lot VI.1) h/v Part two (of two) - 3, 24-25 (UC32057-page3-f-CE = 2 + UC32057-page3-f-LE = 2)  = « Kahun V1.1 PL.VI Medical Papyrus, Page 3 » du Musée : Inv. UC32057.

[3] S. Sauneron, « Remarques de philologie et d’étymologie », BIFAO, 62, 1964, p. 18-19.

[4] A. Fournié, A. Laffitte, O. Parant, P. Ko-Kivok-Yun, « Modifications de l’organisme maternel au cours de la grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-008-A-10. J.-L. Thoulon, « Petits maux de la grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-012-A-20.

[5] M. Favier, J.-M. Ayoubi, I. Hininger, « Nutrition et grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-042-A-10.

[6] S. Agbo-Godeau, « Stomatologie et grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-045-A-10.

[7] J. Bernuau, « Foie et grossesse », in : D. Cabrol, J.-C. Pons, F. Goffinet (édt.), Traité d’obstétrique, Paris, 2005, p. 609-616. J. Bernuau, « Foie et grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-045-E-10.

[8] B. Kone, R. Guiguemde, C. Ouedraogo, « Affections tropicales et grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-043-A-40. M. Kone, A.Toure-Ecra, A. Horo, « Particularités du suivi de la grossesse et de l’accouchement en Afrique », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-043-A-60.

[9] B. Iung, L. Iserin, « Cardiopathies et grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-044-A-10.

[10] M. Dreyfus, A. Veyradier, T. Lambert, I. Blot, G. Tchernia, « Hématologie et grossesse », in : D. Cabrol, J.-C. Pons, F. Goffinet (édt.), Traité d’obstétrique, Paris, 2005, p. 617-634. M. Dreyfus, F. Maloisel, D. Neuhart, « Troubles hématologiques et grossesse »», in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-043-A-10.

[11] Il faudrait encore citer le HELLP syndrome (Hemolysis Elevated Liver enzymes Low Platelet count syndrome) associant aux autres symptômes de la pré-éclampsie (HTA et protéinurie) une hémolyse, une élévation des enzymes hépatiques et une thrombopénie. Voir : D. Murray, M. O’riordan, M. Geary et al., « The HELLP syndrome : maternal and perinatal outcome », Ir Med J, 94, 2001, p. 16-18.

[12] Voir par exemple : J.-L. Schmutz, « Modifications physiologiques de la peau au cours de la grossesse : Les dermatoses de la grossesse », La Presse Médicale, 2003, 32, 38, p. 1806-1808.

[13] Car nous verrons encore ailleurs que cette formule n’est pas toujours à considérée comme « définitive », mais qu’elle engage plutôt quelquefois l’aspect qualitatif d’une problématique, sans toutefois complétement évacuer une notion d’un « temps plus long » que la normale, par exemple, pour réaliser une guérison, ou une grossesse. Dans ce texte, soit la femme n’est pas, devant l’absence de ce signe, encore enceinte, ou bien, en raison d’une formation pathologique qu’il restera à réévaluer, elle ne pourra plus l’être du tout à l’avenir. Pour le savoir, il faudra avoir recours à d’autres paragraphes éparpillés dans la littérature médicale, et les rapprocher à bon escient de ce texte. C’est une des difficultés du déchiffrement de la littérature médicale égyptienne.

[14] Parmi les modifications dermatologiques physiologiques se présentant parfois à l’occasion d’une grossesse, je ne citerai ici que de possibles apparitions de nouveaux nævus, d’un érythème palmaire, d’une capilarite purpurique, de glomangiomes, d’hémangiomes, d’œdèmes et bien sûr de varices. Concernant des dermatoses plus spécifiques, il faut encore signaler la choléstase intrahépatique gravidique (CIG) ou prurit gravidique, l’herpes gestationis ou pemphigoïde gestationis. Pour les dermatoses intercurrentes, voir les rares impétigos herpétiformes et les dermatites auto-immunes à la progestérone et à la grossesse. Concernant les dermatoses papuleuses et prurigineuses de la grossesse, il faudrait encore parler de la dermatite polymorphe gravidique (PEP), du prurigo gestationis de Besnier et de la folliculite prurigineuse gravidique. Pour tout ceci, voir par exemple : N. Franck, J.-P. Escande, « Dermatologie et grossesse », in : D. Cabrol, J.-C. Pons, F. Goffinet (édt.), Traité d’obstétrique, Paris, 2005, p. 666-674 ; D. Roger, J.-L. Boudrie, L. Vaillant, G. Lorette, « Peau et grossesse », in : EMC, Obstétrique, III, Paris, 2008, p. 5-038-A-10.

 

 


  

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[15] Cette ancienne lecture « clinicienne » pouvait être faite par un professionnel de l’époque dans la mesure où l’on peut considérer ce texte comme un « aide-mémoire », un « pense-bête » portatif, et non comme un traité de médecine à la manière des probablement très anciennes notions rapportées dans pSmith, ou, par exemple beaucoup plus tard avec Soranos dans son traité de gynécologie. Nos « vade-mecum » modernes adoptent aussi des raccourcis vertigineux et des plans imbriqués. Ce genre littéraire est fait pour stimuler la mémoire du médecin qui complète ainsi machinalement les manques du texte. La reconstitution ne dépendra que de la culture du praticien. De plus, nous avons là des éléments de base qui, même s’ils n’en connaissaient pas les véritables étiologies, pouvaient sûrement êtres reconnus des Égyptiens. Nous en trouvons nommément dans d’autres textes. Du moins pouvaient-ils avec l’expérience en déduire assez souvent des suites plausibles. De plus, les tests étaient corroborés entre eux à l’occasion de plusieurs visites successives et réalisant ainsi un véritable « suivi de la grossesse ».

[16] Cette suite de gestes correspond pourtant à une attitude clinique tout à fait courante dans la pratique quotidienne d’un praticien.

[17] W. Wreszinski, Die Medizin der alten Aegypter ; vol. 1 : Der grosse medizinische Papyrus des Berliner Museums (Pap. Berlin 3038), J.C. Hinrichs’sche Buchhandlung, Leipzig, 1909-1913, (Vs. I 6-12/ Vs I 12-II 6) n° 197 p. 46-47.

[18] J.-L. Schmutz, op.cit. 2003, p. 1806-1808. Voir encore par exemple : M. Al-Sunaidi, R. Shear, T. Tulandi, « Un cas inhabituel d’érythème palmaire de la grossesse », J Obstet Gynaecol Can, 28, 6, 2006, p. 498.

[19] R.-A. Jean, « Clinique obstétricale égyptienne - I . Observation de la femme », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Angers, 2017 (à paraître très prochainement).

 

 

 

 


 

OBSTÉTRIQUE

 


 

 

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