Hatchepsout

Titre afférent : 

  • Xavier RIAUD, "Identification dentaire de la reine égyptienne Hatchepsout", dans Histoire de la médecine en Egypte ancienne, Cherbourg, 6 février 2013.

 Article complet :

 

Identification dentaire de la reine égyptienne Hatchepsout

par

Xavier Riaud*

 

Qui est-elle ?

 

En 1479 av. J.-C., Thoutmosis II meurt après un règne très court (Maruéjol, 2007). Son successeur, Thoutmosis III, n’est pas le fils de la grande épouse royale, Hatchepsout (reine-pharaon, est la cinquième à régner dans la XVIIIème dynastie de l’Egypte antique (fr.wikipedia.org, 2008), demi-sœur du défunt, mais celui d’une épouse secondaire. La reine décide de se proclamer « roi » à part entière. Ainsi, s’installe une corégence avec le jeune roi. En tant que co-régente, elle se présente en tant que grande épouse royale et épouse du dieu Amon. Ses décisions sont prises au nom du roi régnant, Thoutmosis III. En l’an 7 du règne du jeune monarque, la reine coiffe les couronnes royales et adopte les attributs de la royauté : titulature composée de cinq titres et de cinq noms, sceptres, barbe postiche, pagne court et queue de taureau, qui sont autant de symboles de puissance. Très vite, elle proclame qu’elle est la fille d’Amon-Rê, le chef du panthéon égyptien, qui l’aurait choisie pour lui succéder (Maruéjol, 2007). Elle affirme aussi que son père l’aurait aussi confirmée dans sa succession devant les grands du royaume réunis. Hatchepsout s’assied sur le trône aux côtés de Thoutmosis III, mais n’entend pas le remplacer. En effet, si deux rois existent, une seule fonction royale demeure. La reine forme le jeune roi à assumer sa charge future. Ce dernier devient d’ailleurs un remarquable chef de guerre. Grande bâtisseuse, les dernières attestations de cette reine remontent à l’an 20. A sa mort, Thoutmosis III organise ses funérailles. Rien ne change dans la gouvernance en place. Toutefois, en l’an 42-43, le roi ordonne l’effacement de toutes les images la représentant dans les temples. Son nom disparaît aussi. Le prêtre Manéthon (IIIème siècle av. J.-C.) rapporte qu’elle a régné pendant vingt-deux ans. Elle s’est distinguée par son intelligence subtile et sa volonté de fer (Maruéjol, 2007).

 

A la recherche d’Hatchepsout…

 

Son tombeau, situé dans la Vallée des Rois, près de Thèbes, est exploré en 1903, par Howard Carter (1874-1939), égyptologue britannique, qui a découvert également la tombe de Toutankhamon. Ce lieu de sépulcre est baptisé KV20. Il est retrouvé vide (Battaggion, 2007). Jusqu’à aujourd’hui, le corps demeurait introuvable. Zahi Hawass, directeur du Conseil supérieur des antiquités égyptiennes, mène une enquête scientifico-policière à travers tout le pays pour retrouver la momie de la souveraine (Hawass (a) et (b), 2007). Il part à la recherche des momies exhumées, mais la tâche est ardue. Cachées et déplacées par les grands prêtres afin que les pilleurs ne mettent pas la main dessus, les dépouilles royales sont très nombreuses en Egypte. C’est pourquoi Hawass a fondé l’Egyptian Mummy Project qui consiste à étudier les momies au CT-Scan (Technique d’imagerie qui recompose un corps scanné en 3D) (Riaud, 2008).

 

L’enquête commence

 

Accompagné d’une équipe de chercheurs, il entame son investigation en visitant une petite tombe située en face de la KV20. Elle s’appelle la KV60. Cette sépulture découverte par Carter en 1903, contenait deux momies de la XVIIIème dynastie : une petite, identifiée comme

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie Nationale de Chirurgie Dentaire.

étant celle de la nourrice royale, Sitre-In, et une obèse reposant à même le sol (Hawass (a) et (b), 2007).

Après avoir dégagé l’entrée, Zahi se retrouve face à une caisse en bois rudimentaire qui ne renferme que la dépouille de la femme obèse. En constatant son port altier, son bras gauche replié sur la poitrine à la manière d’une momie royale, il est convaincu de l’ascendance monarchique de ce corps. Il décide aussitôt de la déplacer jusqu’au musée du Caire pour l’étudier en détail.

Quant à la momie de la nourrice, elle est déjà au musée de la capitale égyptienne. Hawass considère qu’elle pourrait être une candidate intéressante (Battaggion, 2007).

Une fois saisis ces deux cadavres, l’équipe se remémore l’existence de deux autres momies royales non identifiées, retrouvées dans une cache du temple de Deir el-Bahari (DB320). L’endroit, fouillé au XIXème siècle par le département d’Antiquités égyptiennes, cachait plus d’une douzaine de momies de pharaons issues de plusieurs dynasties dont Ahmôsis I, Thoutmosis II et III, et Ramsès II (Hawass (a) et (b), 2007).

 

Etude comparative

 

Parmi celles-ci, les deux dépouilles baptisées Unknown woman A et Unknown woman B (Femme inconnue A et Femme inconnue B) étaient accompagnées d’un vase scellé et frappé du nom d’Hatchepsout (Hawass (a), 2007).

Après avoir été entreposés dans le musée du Caire lors de leur exhumation, les deux corps avaient été oubliés et délaissés dans les sombres et poussiéreux couloirs. De nombreuses heures s’écoulent avant que les deux femmes ne soient finalement retrouvées.

La confrontation entre les quatre momies devient possible. 

Une reconstitution en 3D de chaque momie est réalisée par le docteur Ashraf Selim, radiologue, et le docteur Hany Abdel Rahman Amer. Chaque portrait scanné est comparé au portrait recomposé selon les données récupérées sur les dépouilles de Thoutmosis I, II et III. Une conclusion s’impose aussitôt. Les corps du site DB320 sont écartés (Hawass (b), 2007).

Pour confirmer les liens de parenté entre les deux autres momies et la lignée des Thoutmosis, les experts effectuent des analyses ADN. Des échantillons sont prélevés sur la hanche et le fémur des momies, et sont comparés à ceux de la grand-mère d’Hatshepsout, Ahmès Néfertari. Les résultats mettent des mois à leur parvenir (Battaggion, 2007).

L’enquête n’avance plus. Laquelle de la femme obèse ou de la nourrice pourrait être la défunte reine ?

 

Une reine qui n’avait pas toutes ses dents…

 

C’est alors que Zahi Hawass se rappelle du vase funéraire portant le cachet de la reine.

L’urne est passée au scanner. Parmi les organes embaumés, rien d’extraordinaire n’est relevé, si ce n’est le fragment d’une molaire (Hawass (b), 2007). Or, l’une des deux momies a une mauvaise dentition (Battaggion, 2007).

Après examen, l’un des deux corps présente une très mauvaise dentition. Le professeur Galal el-Beheri, professeur d’orthodontie à la Faculté dentaire du Caire, est aussitôt sollicité. Le dentiste procède à l’étude des scanners du visage, compare les dents et le fragment, et finalement arrive à la certitude que le morceau trouvé dans le vase de la cache DB320 appartient bien à une molaire de la mâchoire de la dame obèse du tombeau KV60. Le rapport citerait un morceau de dent large de 1,6 cm pour un espace de 1,7 cm (Hawass (b), 2007).

 

Hatchepsout est identifiée. Elle serait morte alors qu’elle avait environ 50 ans.

Cette découverte est officiellement annoncée le 27 juin 2007.

 

Image 1

Scanner de la femme obèse du tombeau KV60 identifiée comme étant la reine Hatchepsout qui révèle

l’absenced’une molaire, mais la persistance de sa racine,

© The Supreme Council of Antiquities.

  

 

Image 2

Une molaire sans racine a été trouvée dans le coffre contenant le foie d’Hatchepsout

qui est passé au scanner,

© The Supreme Council of Antiquities.

 

Références bibliographiques :

 

Battaggion Victor, « La momie qui n’avait pas toutes ses dents », in Historia, n° 729, septembre 2007, pp. 30-31.

fr.wikipedia.org, Hatchepsout, 2008, pp. 1-6.

(a) Hawass Zahi, « The search for Hatshepsout and the discovery of her mummy », in http://www.guardians..net, juin 2007, pp. 1-7.

(b) Hawass Zahi, « Identifying Hatshepsut’s mummy », in http://www.guardians.net, juillet 2007, pp. 1-9.  

Maruéjol Florence, « Thoutmosis III et Hatchepsout : un trône pour deux », in Historia, n° 729, septembre 2007, pp. 24-29.

Riaud Xavier, Quand la dent mène l’enquête…, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2008.

The Supreme Council of Antiquities, Egyptian Mummy Project, Dr Zahi Hawass, director, Cairo, Egypt, 2008.

 

Avec tous mes remerciements au Dr Zahi Hawass pour son aide précieuse.