Article complet du vendredi 10 octobre 2014 :

ANATOMIE - LE MEMBRE SUPÉRIEUR - II

 

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  • Richard-Alain JEAN, « Anatomie humaine. Le membre supérieur - II, Le bras, l’avant-bras et la main », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 30 juin 2014.

 

 


 

 

 

 

 

  

 

ANATOMIE HUMAINE

LE MEMBRE SUPÉRIEUR - II

LE BRAS, L’AVANT-BRAS ET LA MAIN

 

 

Richard-Alain JEAN

 

 

          Après la ceinture thoracique qui unit les bras aux épaules et donc à la partie supérieure du tronc, je tenterai de décrire maintenant comment les anciens Égyptiens en considéraient les appendices qui le prolongent latéralement.

         Nous verrons que comme précédemment, les éléments picturaux, et même les rondes-bosses ne sont pas toujours faciles à interpréter en raison des habitudes traditionnelles (par exemple les mains en deux dimensions).

         Il sera néanmoins permis de dégager quelques éléments indicateurs permettant de comprendre que cette partie essentielle de notre anatomie avait assez souvent été observée aussi bien dans le rendu de son modelé externe, que dans les présuppositions de ses structures internes qui ont dû être enseignées auparavant aux artistes même si elles se perdent fréquemment quelque peu.

 

 


 

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         1. Le bras et l’avant bras

 

p[1][2][3][4] [5].

p[6],[7].

 

         2. La main

 

p[8][9][10][11], [12].

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[13], [14][15][16][17].

 

 


 

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p[18][19][20][21][22][23][24].

p[25][26] [27], [28][29][30][31], [32] « ongle ».

 

         La main contraire. — En ce qui concerne la représentation de la main contraire dans les figures planes (Fig. 6 à 9), je renvoie par exemple aux cours de Madame Christiane Desroches Noblecourt [33]. Ainsi, «  … les pouces occupent souvent la même position dans les deux mains et sont mis à la place de l’annulaire, et vice versa, de telle sorte que le personnage figuré paraît avoir deux mains gauches ou deux mains droites ». Cette « faute » que l’on retrouve dans les autres arts pré-grecs et même sur certains vases grecs a fait couler beaucoup d’encre. La solution la plus simple renvoie à une copie sur nature où l’artiste procède d’après l’ombre portée. Ce modèle par la suite devenant conventionnel sera admis par la tradition … et encore une fois, au risque de voir le médecin s’étrangler devant une telle « erreur » anatomique ( !) Cependant, il existe peut-être pour moi encore une autre raison, disons, plus anatomo-physio-religieuse. De cette façon, le personnage principal indiquerait volontairement par la disposition de son éternité agissante un signe de paix global, et ceci par un geste rotatoire, en présentant un pouce inversé ouvrant une « pseudo main » transparente et mixte où la paume liée au dos (donc sans références picturale interne de la main, ni visible en externe du bras) renverrait aux bienfaits tant espérés des divinités un peu comme quand l’acte oratoire est montré de profil. Il pourrait alors s’agir à la fois d’une attitude d’envoi de prière et de réception des offrandes en retour avec le sous-entendu spatio-temporel : « j’attends de recevoir – maintenant, ici, et pour toujours – le produit de mes dons passés et de la reconnaissance de ma pleine justification ». Puis, pour les autres sujets environnants, et sans exclusion pour le sujet principal, il faut remarquer que ce sont les mains inoccupées qui sont traitées de cette manière. 

 

 


 

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Tout se passe alors un peu comme s’il était jugé nécessaire et d’une certaine façon, de « neutraliser » les membres en question, c’est-à-dire sans en priver aucunement la personne, mais en faisant en sorte d’en « contrôler » l’utilisation potentielle sous-entendu par la magie. Les divinités conservent ainsi la « maîtrise » de l’anatomie et de la physiologie à tous les niveaux des représentations humaines religieuses (temples) ou mortuaires (tombes), et donc se réservent le droit d’intervenir à tout moment, ainsi que la possibilité d’exercer un regard sur les scènes mises en mouvement picturaux comme ceux, bien réels se déroulant dans la vie de tous les jours, et qui sont mis en œuvre par les décisions pharaoniques. Il s’agirait dans cette hypothèse du reflet figé dans la pierre d’une sorte de « mainmise » théologique et politique.

         Il existe d’autres points conventionnels comme ceux consistant à privilégier l’action d’un membre actif au détriment de la juste représentation anatomique, et même, physiologique (et qui aboutirait parfois à l’effet contraire). On peut dans ces cas également se demander si ces « imbroglios cinétiques » ne procéderaient pas d’une volonté impérieuse de « conservation de la gestion efficace pour le règne ». Le pouvoir se devait de maintenir le monde dans un certain équilibre.

  

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          3. Ostéologie

 

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         4. Les parties moles

 

p[35].

 

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         4.1. Les muscles

 

         En ce qui concerne les muscles, on notera les masses musculaires antérieures et postérieures représentant respectivement le biceps et le triceps brachiaux. Ils sont fusiformes.

 

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         Les niveaux des insertions musculaires osseuses parfois représentées nécessitaient de certaines  connaissances préalables (Fig. 15, 16, 17, 19 …).

 

         À l’endroit de l’avant-bras on remarquera surtout le long supinateur (brachio-radial), et parfois le rond pronateur (Fig. 19). On devine aussi les muscles grand et petit palmaires ainsi que le 1er et le 2e radial externes (Fig. 19). Les muscles épicondyliens extenseurs communs, le cubital antérieur et le cubital postérieur sont occasionnellement bien marqués, ainsi qu’à leur suite les tendons extenseurs des doigts maintenus par le ligament annulaire dorsal (Fig. 23-25 p. 9 de l’Atlas-2). Voir aussi les muscles des éminences thénar et hypothénar (Fig. 3, 19).

 

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         4.2. Vascularisation

 

         Seuls les plus gros vaisseaux sont mentionnés, les autres étant considérés comme accessoires. Ils font suite à ceux cités dans l’article précédant consacré à l’anatomie de l’épaule.

 

         En effet, les papyrus médicaux nous enseignent que :

 

         pEbers 584g. 100, 5b-6

 

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           5b Six mtw mènent (a) aux bras : 5c trois à droite, 5d trois à gauche,

          6a puis conduisent à ses (cinq) doigts.

 

         Commentaire. — Les textes nous indiquent qu’il s’agit probablement dans cette partie d’établir un schéma vasculaire montrant les deux veines puis l’artère humérale, c’est-à-dire les trois plus gros vaisseaux restant visibles chez un sujet écorché, jusqu’au paquet vasculo-nerveux principal facilement accessible sous la peau dans la région antérieure du bras.

         Pour le poignet et la main, on songe à la suite logique de l’artère radiale dont les cliniciens perçoivent le pouls, puis, de sa prolongation sous la forme de l’arcade palmaire supérieure qui, avant de rejoindre l’artère cubitale, donnera les cinq rameaux digitaux. Un peu à leurs images, les veines puis les arcades veineuses rejoindront les troncs principaux superficiels et profonds.

 

         Les Égyptiens établissaient un lien entre le cœur et l’épaule gauche (pEbers 854 f. 100, 2-5 / 191. 37, 10-17), le cœur et le bras gauche (pLouvre 3284, VI, 6-7), sans doute pour des raisons cliniques entre les deux derniers doigts de la main gauche, puis, plus précisément, avec l’annulaire de la main gauche. Les médecins alexandrins reprendront cette observation. Je renvoie pour cela à : Sydney Hervé Aufrère, « Le cœur, l’annulaire gauche, Sekhmet et les maladies cardiaques », BIFAO 36, 1985, p. 21-34. Je reviendrai sur cette question en pathologie, car à mon sens, il doit être également possible d’établir un lien clinique à propos des troubles dus à une névralgie cervico-brachiale (NCB) déjà évoquée. Nous verrons aussi que les cumuls étiologiques d’origines inflammatoires et infectieux sont abordables et seront capables de réunir des phénomènes attribuables à la fois au système nerveux et au cœur aux yeux des médecins de l’époque, et que cela n’est pas toujours complètement faux.

 

         4.3. Innervation

 

         J’ai regroupé l’innervation dans le sous-chapitre 1.3.4. de la première partie consacrée à la ceinture thoracique.

 

 


 

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         5. Les représentations dans l’art

 

          Un certain nombre de détails anatomiques sont visibles dans les peintures murales, dans la paléographie, dans les bas-reliefs et dans la statuaire.

         Je ne donnerai encore ici que quelques éléments particulièrement significatifs, avec par exemple pour la statuaire les sculptures A 94, A111, E 1107, E 15683, E 7693 et E 27159 conservées au Louvre et dont certaines sont très bien commentées par Olivier Perdu pour une période donnée. Je renvoie donc à cette publication :

         Olivier Perdu, Les statues privées de la fin de l’Égypte pharaonique, I, Paris, 2012, p. 56-66 et aux numéraux correspondants dans ce volume et le suivant.

 

         Voir encore ici même quelques parties bien figurées et avec leurs particularités. Comparer avec les planches anatomiques humaines données ci-dessous et se reporter également à l’Atlas constituant la 3e partie de l’anatomie des membres supérieurs.

 

 

 

 

 

 


 

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[1][2][3][4][5].

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[6] Wb V, 19, 6-14. Lefebvre 1952, § 50 p. 45. Lacau 1970, § 288 p. 110.

[7] Vycichl 1983, p. 79.

[8] Wb V, 580,3 - 584,16 ; Lefebvre 1952, § 52 p. 46 ; Lacau 1970, § 290 p. 110 ; Alex. 77.5235, 78.4934, 79.3660 « main » ; Hannig-Wb I & II,2, 40097, « Hand (main) » ; Walker 1996, p. 279 « hand (main) » ; PtoLex. p. 1244 « hand » (main).

[9] Sethe, 1908 (Ed. 2001), I, 582b - p. 305 (Pépy II).

[10] Erichsen 1954, p. 643-647.

[11] Vycichl 1983, p. 219.

[12] Sethe, 1908 (Ed. 2001), I, 531a - p. 271 (Téty Ier).

[13] Sethe, 1908 (Ed. 2001), I, 731b - p. 400 (Téty Ier).

[14] Sethe, 1908 (Ed. 2001), II, 2067a - p. 502 (Pépy II).

[15] Sethe, 1908 (Ed. 2001), I, 124d - p. 71 (Ounas).

[16] Wb V, 156, 5-8 ; Lacau 1970, § 294 p. 111 ; Alex. 78.0594, 79.3614 « poignée, le contenu du creux de la main ».

[17][18][19][20] ,[21][22][23][24]

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[25] Wb IV, 535, 3-9 ; Lacau 1970, § 318 p. 119-120 ; Alex. 77.4288 « paume », et comme mesure de longueur ; Hannig-Wb I & II,2, 33538, « Handbreit (largeur de la main) » ; Walker 1996, p. 279 « palm of the hand (paume) » ; PtoLex. p. 1030 « a palm measurement » .

[26] Walker 1996, p. 279.

[27] KoptHWb, p. 321 ; Vycichl 1983, p. 268.

[28] Sethe, 1908 (Ed. 2001), I, 424a - p. 220 (Téty Ier).

[29] Vycichl 1983, p. 64.

[30] Wb I, 188, 1-7 ; Lefebvre 1952, § 53 p. 47 ; Lacau 1970, § 319 p. 120-121 ; Alex. 77.0650, 79.0479 « griffe, ongle » ; Hannig-Wb I & II,1, 5238 « 1.Nagel (ongle), 5243 « 2. Kralle (griffe) » ; Walker 1996, p. 267.

[31] Erichsen 1954, p. 63.

[32] Wb I, 7, 21 ; Lacau 1970, § 321 p. 120 ; Alex. 77.0128 « ongle » ; Walker 1996, p. 265 « nail (ongle) ».

[33] On peut en lire un condensé dans : Chr. Desroches Noblecourt, L’art égyptien, Paris, 1962, p. 22-25. 

[34][35].

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