Article complet du samedi 13 décembre 2014 :

ANATOMIE - LE MEMBRE INFÉRIEUR - IV - ATLAS (3)

 

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  • Richard-Alain JEAN, « Anatomie humaine. Le membre inférieur – IV, Atlas anatomique égyptien commenté (3) Le pied », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 13 décembre 2014. 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

ANATOMIE HUMAINE

LE MEMBRE INFÉRIEUR - IV

ATLAS ANATOMIQUE ÉGYPTIEN COMMENTÉ (3)

LE PIED

 

Richard-Alain JEAN

 

 

            Dans cette dernière partie de l’Atlas consacrée à l’anatomie égyptienne des membres, nous pourrons nous rendre compte que chez les anciens Égyptiens, le pied semble à peine moins bien traité que la main dans ses représentations artistiques. Et ceci, jusqu’à en adopter, nous le verrons, une partie des travers qui consiste à montrer parfois deux mêmes pieds pour un même personnage pictural. Cependant, nous pourrons constater qu’il n’en est rien dans les rendus en trois dimensions qui respectent les formes anatomiques normales.

            En conclusion déjà après cette étude, et il en est probablement au moins ainsi pour les membres supérieurs et les membres inférieurs, ceinture scapulaire et ceinture pelvienne comprises, l’on peut dire que les détails externes des portions anatomiques internes étaient bien connus des artistes pharaoniques dès les époques anciennes, même si leurs traitements restent inconstants. Les différences d’appréciations doivent être plus dépendantes des souvenirs des leçons dispensées par les médecins et gardées par les artisans que des difficultés de ces derniers à manipuler les matériaux. Des petites pièces en effet peuvent receler autant de détails opportuns que des plus importantes qui en expriment même quelquefois moins ou d’une façon plus fruste.

            Si l’on rapporte ces indices superficiels aux structures plus profondes et que l’on en fait l’analyse, l’on peut assez sûrement en déduire une certaine connaissance théorique et pratique du spécialiste. Ainsi, la pensée anatomique est bien née dans la Vallée du Nil il y a fort longtemps.

 

 


 

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            1. Paléographie

 

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[1][2][3][4].

 

 

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            2. Autres représentations

 

            Un peu de la même façon que pour certaines représentations de la main dans les peintures et les bas-reliefs, les dessins des extrémités des membres inférieurs ne partent pas tous du bon pied (!) Alors, soit nous nous trouvons devant une problématique presque comparable, ou bien, l’on peut aussi penser que les deux membres montrés par leur face interne chez le même sujet le sont en raison de chercher à vouloir ainsi représenter des scènes plus souples et dynamiques (Fig. 11-15). Parfois au contraire, mais avec effectivement et apparemment plus de lourdeur en effet dans leur rendu final, ce sont deux faces internes qui sont privilégiées pour les mêmes membres des mêmes personnages (Fig. 16). Cependant, la représentation normale (Fig. 17, 56) et ces deux représentations anormales subsistent sans devoir créer de souci particulier dans l’esprit égyptien, probablement parce que, comme nous l’avons vu plus haut, les deux manières sont employées dans l’écriture pour les mêmes significations et donc sont pensées reproduire les mêmes effets terminaux avec peut-être, comme pour le membre supérieur, ce que j’appellerai un « effet fonctionnel magique retard », empêchant – comme dans un rêve – une intervention néfaste des intervenants sans obérer en définitive leurs actions décrites au bénéfice du commanditaire. Il faudra également remarquer que beaucoup de représentations modernes adoptent cette situation singulière, à la suite de l’École égyptienne ...

 

 

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            En résumé, les peintures, les stèles et les reliefs reprennent le plus souvent ces détails et de manières plus ou moins accentuées (Fig. 1-17). Il sont parfois mieux respectés dans la statuaire métallique (Fig. 28-35, 42, 62) que dans la statuaire de pierre (Colosse de granite : 1ère photo du titre) en raison probablement des besoins de l’assise. Cependant, certaines statues et des modèles de sculpteurs en montrent des ébauches bien comprises (Fig. 18-19).

 

 


  

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            3. La cheville

 

          Je rappelle que la cheville avec la malléole interne et la malléole externe, puis, le cou de pied en avant sont souvent bien dessinés. Nous en trouverons de multiples exemples jusqu’aux époques les plus tardives (Fig. 18-19).

 

 

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            4. Ostéologie

 

            Comme pour la main, nous ne savons pas si les Anciens avaient correctement énuméré tous les os composant le pied, mais je conserverai ici le même adage théologique déjà énoncé concernant l’importance de la complétion anatomique pour le devenir de la dépouille du défunt et de sa reviviscence fonctionnelle tant espérée dans l’au-delà. De plus, si l’extrémité du membre supérieur était réputée ô combien importante pour les gens de lettres, l’extrémité du membre inférieur était bien, elle, reconnue par la médecine d’État comme indispensable aux gens des divers travaux comme par exemple les ouvriers des mines, ou encore ceux de Deir el-Médina, de la Vallée de Rois et de la Vallée des Reines comme j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le remarquer. En effet, ils souffraient de « maladies du travail » comme l’arthrose de la cheville et du genou plus fréquentes chez les personnels devant œuvrer en situation de variations constantes de niveaux (suites de filons, hypogées). Enfin historiquement dans l’infanterie, « Les pieds sont l’objet de soins attentifs … » – la première arme étant la faculté de se déplacer rapidement pour frapper.

            En ce qui concerne au moins le calcanéum, qui est le plus grand os du tarse formant le talon en arrière et où s’insère le tendon d’Achille parfois assez bien représenté (Fig. 32-33), cette partie sensible donc avait plusieurs raisons de se rappeler aux médecins avec certes la fracture, mais aussi les tendinites et les ruptures, et encore les mises sous tensions brutales des structures sous-calcanéennes occasionnant la douloureuse talonnade qui pouvait sévir dans la cavalerie et les chars.

 

 

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            Juste au-dessus de l’avant du calcanéum se trouve le talus (astragale). Le talus représente le tenon de la mortaise tibio-fibulaire (mortaise tibio-péronière) formant la cheville (Fig. 21-22).

 

            Les diverses fractures de la cheville ne devaient pas être rares dans la cavalerie.

 

 

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            5. Myologie

 

            5.1. Le dos du pied

 

            Pour Delmas, la région dorsale du pied ne comprend que le muscle pédieux (c’est-à-dire, le court extenseur des orteils plus le court extenseur de l’hallux pour Kamina et Platzer) (Fig. 23). Cependant, cet ensemble est recouvert par les assurément plus visibles car superficiels tendons extenseurs souvent bien représentés (Fig. 25-27, 30-31, 59) et qui correspondent à la suite du long extenseur des orteils et au long extenseur de l’hallux dont les ventres sont, nous l’avons vu dernièrement, eux, situés dans la jambe. Ces tendons extenseurs sont maintenus en place par les rétinaculums (ligaments annulaires supérieur et inférieur) (Fig. 24).

 

 

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            Voir ainsi la fossette inter-ligamentaire annulaire supérieure et inférieure dont on devine ici la présence (Fig. 25-27), et encore sur les statues d’un prêtre de Bastet (Fig. 28), du prêtre Padiimen (Fig. 29), d’Horus offrant (Fig. 30-31) avec en prolongement les extenseurs des orteils bien figurés comme sur un modèle de sculpteur amarnien que j’avais déjà indiqué (Fig. 59).

 

 

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            5.2. La plante du pied

 

            La plante du pied est plus complexe car elle comprend trois groupes palmaires (Delmas) :

 

            5.2.1. Groupe confondu interne

 

            Il est composé de trois muscles avec les court fléchisseur et abducteur de l’hallux dans le plan profond et de l’adducteur de l’hallux sur le plan superficiel (chefs obl. et transv. médiaux - Kamina) [5].

 

            5.2.2. Groupe confondu moyen

 

            Il comprend treize muscles si l’on compte les quatre interosseux dorsaux avec les trois interosseux plantaires du plan profond, les quatre lombricaux avec le carré plantaire du plan moyen, et enfin, le court fléchisseur des orteils situé sur le plan superficiel.

 

            5.2.3. Groupe confondu externe

 

            Il est composé de trois muscles avec le court fléchisseur et l’opposant du petit orteil du plan profond, puis, de l’abducteur du petit orteil sur le plan superficiel.

 

            Synthèse : Les Égyptiens devaient avoir discerné le court fléchisseur des orteils au centre partant du calcanéum en arrière pour gouverner les quatre derniers doigts en avant, muscle débordé sur la face interne du pied par l’abducteur de l’hallux et sur la face externe du pied par l’abducteur du petit orteil. Et ceci, non sans avoir remarqué au moins le tendon issu du long fléchisseur de l’hallux (bien visible entre l’abducteur de l’hallux et le court fléchisseur des orteils).

            Comme je l’ai déjà indiqué, il n’est pas non plus du tout impossible que les médecins des époques pharaonique aient déjà eu conscience justement de l’importance du tendon du long fléchisseur de l’hallux (Jean 24 nov. 2014, p. 16 et fig. 56-58 p. 19, et 62 p. 20), car il se dirige en bas sous le réticulanum des fléchisseurs (ligament annulaire interne du tarse) vers la plante du pied pour se terminer à la base de la phalange distale du premier orteil, et surtout, surcroisé par le long fléchisseur commun des orteils, il creuse la voûte plantaire et empêche ainsi le « pied plat » – problème récurent dans les armées.

 

 

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            Tous ces éléments musculo-tendineux sont recouverts par l’aponévrose plantaire (Fig. 37) dont les faisceaux fibreux longitudinaux, rayonnant depuis le calcanéum, sont croisées en dedans de la pointe du pied par les fibres transversales de la même structure aponévrotique et forment des fenêtres. Pratiquement en regard, des coussinets lipo-celluleux et tégumentaires situés sous les têtes métatarsiennes distales et soulignés sous les articulations de ce niveau sont parfois bien montrés dans la statuaire (Fig. 38-39). Ce dispositif se prolonge en latéral externe et après le petit doigt avec la formation d’un bourrelet carpien qui rejoint le talon (Fig. 30-31, 34-35).

 

 

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            6. Les orteils

 

            Comme nous l’avons déjà vu pour la main, les doigts et les phanères sont conformes à la réalité anatomique (Fig. 40-43).

            J’ajouterai simplement ici un peu d’anatomie comparée égyptienne, avec le babouin, dont les orteils sont bien plus longs et préhensiles (Fig. 44).

 

 

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            7. Morphologie fonctionnelle

 

            Ces notions sont très importantes car elles constituent la base de la morphologie fonctionnelle du pied. Ainsi, la voûte plantaire qui doit recevoir le poids du corps organise-elle une surface de soutien de forme triangulaire [6] (fig. 45). Elle correspond au résultat de l’opposition permanente des ligaments et des muscles situés à cet endroit. La très épaisse aponévrose plantaire moyenne détermine et maintient la configuration en berceau ouvert en dehors avec le ligament plantaire long limitant l’arche latérale. Les anciens Égyptiens avaient déjà bien perçu la portée de ce dispositif en faisant figurer une empreinte en creux correspondant à la voussure de décharge (Fig. 47-48) [7] quand cela était possible dans la statuaire (fig. 46 et 49-55). Par exemple, les pieds d’Aménophis II offrant des vases nou ne sont pas complètement plats mais bien adaptés (E 3176).

 

 

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            Aussi, en ce qui concerne les reliefs, certains travaux d’excellente qualité restituent-ils bien et avec soin pour le roi ces valeurs anatomo-physiologiques (Fig. 56). Dans ce tableau, on doit aussi noter la présence de deux phalanges pour le gros orteil et de trois pour les autres, ce qui correspond à la juste ossature. Les phanères sont aussi très réalistes.

 

 

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            8. Aspect général

 

            Classiquement, les alignements des têtes des métatarsiens permettent encore de classer les pieds humains selon trois canons en commençant par pied dit égyptien (le plus fréquent), suivi du pied carré et enfin du pied dit grec (Fig. 57 a, b et c) [8].

 

 

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            9. Aspects cinétiques et posturaux

 

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A contrario, des membres liés indiquent l’incapacité d’un sujet à se mouvoir normalement :

 

  

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          10. Anomalies anatomiques

 

          10.1. Le pied bot varus équin

 

          Une statuette amarnienne en bois conservée au Musée du Louvre nous montre probablement un sujet atteint d’un pied bot varus équin (forme bilatérale ?) :

 

  

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10.2. Autres aspects

 

 

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          11. Ex-voto

 

          Le Musée du Louvre possède en outre plusieurs ex-voto datant de l’Époque romaine :

 

 

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[1] S. Feneuille, Parole d’éternité, CNRS, Paris, 2008, par exemple p. 180 (Pépy Ier).

[2] D. Meeks, Les architraves du temple d’Esna, Paléographie, Col. Paléographie hiéroglyphique, 1, IFAO, Le Caire, 2004, § 155 p. 58 et p. 263 ; § 156 p. 59 et p. 263.

[3] K. El-Enany, Le petit temple d’Abou Simbel, Paléographie, Col. Paléographie hiéroglyphique, 3, IFAO, Le Caire, 2007, § 31 p. 22 et p. 115 où plusieurs formes voisinent.

[4] H. Rouvière, Précis d’anatomie et de dissection, Paris, 1976, 848-849 et fig. 444 (+ fig. 442, p. 844).

[5] P. Kamina, Anatomie clinique, I, Paris, 2013, p. 478 et fig. 16.75 : 4 et 6.

[6] Voir par exemple : W. Platzer, Atlas de poche d’anatomie, I, Paris, 2001, Fig. A, p. 229.

[7] T.C. Pataky, T. Mu, K. Bosch, D. Rosenbaum, J.Y. Goulerma, « Gait recognition: highly unique dynamic plantar pressure patterns among 104 individuals », J R Soc Interface, 7 September 2011, doi : 10.1098/ rsif.2011.0430, fig. 2 p. 2.

[8] A. Chevrot, N. Chemla, D. Godefroy, A.-M. Dupont, B. Vacherot, A. Langer-Cherbit, Pathologie régionale du pied et de la cheville, CHU Cochin, Paris, 2008. 

 

 


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