Article complet du jeudi 20 novembre 2014 :

ANATOMIE - LE MEMBRE INFÉRIEUR - II - ATLAS (1)

 

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  • Richard-Alain JEAN, « Anatomie humaine. Le membre inférieur – II, Atlas anatomique égyptien commenté (1) La hanche », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 20 novembre 2014. 

 

 

 


 

 

 

 

 

ANATOMIE HUMAINE

LE MEMBRE INFÉRIEUR - II

ATLAS ANATOMIQUE ÉGYPTIEN COMMENTÉ (1)

LA HANCHE

 

Richard-Alain JEAN

 

 

           Afin de compléter l’article précédent concernant l’anatomie [1] des membres inférieurs [2], je propose également ici une deuxième partie iconographique, c’est-à-dire un atlas commenté comportant d’autres exemples d’éléments morphologiques repérés par les Égyptiens et rencontrés en deux ou trois dimensions dans l’art. Comme pour celui concernant le membre supérieur [3], ce travail pédagogique se limitera dans un premier temps aux objets exposés au musée du Louvre.

 

           Ainsi, il est tout à fait intéressant de signaler que dès les périodes les plus anciennes, en plus de quelques signes paléographiques plus schématiques comme un pied vu de son côté externe, certains détails de parties physiques précises sont déjà assez bien notifiés, comme par exemple sur les palettes nagadiennes, telles celles dites « au taureau » (Fig. 2) et « des chasseurs » (Fig. 3). Voir aussi une palette avec des hommes où le grand fessier est bien marqué (Fig. 4 a et b). Plus difficile à interpréter, les jambes des hommes évoluant sur l’une des faces du manche en ivoire d’hippopotame du « poignard du Gebel el-Arak » présentent des cuisses plus lourdes (Fig. 5). Sur ces mémorandums, la partie interne de l’articulation du genou est parfois traitée comme une genouillère (Fig. 1, genou droit) mais l’on y retrouvera également des reliefs préfigurant vraiment ceux rencontrés à l’Ancien Empire – avec par exemple la crête tibiale, les malléoles interne et externe, la rotule, des insertions basses de muscles de la cuisse et le modelé latéral du gastrocnémien formant les mollets.

 

 


  

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            En ce qui concerne le bassin et les hanches, les rondes-bosses manifestent déjà clairement les différences de structures pelviennes entre l’homme et la femme comme le montrent toutes sortes de statuettes en terre cuite, en os ou en ivoire (Fig. 6-8).

  

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            1. Ostéologie

 

            Nous connaissons déjà en partie quelques particularités ostéologiques du bassin [4]. Je n’indiquerai rapidement ici en plus que l’articulation coxo-fémorale avec l’acetabulum (Fig. 9), puis le fémur (Fig. 9 bis) dont la fracture du col (Fig. 9 ter a, b et c) entraîne des signes cliniques évidents en raison par exemple de la douleur, du raccourcissement de la jambe et de la rotation externe du pied qui sont des éléments faciles à percevoir.

 

 

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            Causée par un traumatisme important (ouvrier, soldat) ou encore une ostéoporose du dénutri ou du vieillard, cette fracture courante peut revêtir plusieurs formes principales (Fig. 9 ter a, b, c).

  

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           Il faut aussi rappeler que les hanches sont reliées en arrière au niveau du sacrum par l’intermédiaire des deux articulations sacro-iliaques (Fig. 10). Les Anciens ont dû observer des malformations comme la spina bifida qui correspond à une absence de fusion des arcs vertébraux. Quand elle est occulta (parties moles intactes), cette dernière est sans incidence (2% des hommes). Nous trouverons en haut la colonne lombaire et en bas trois à quatre petites vertèbres fusionnées, le coccyx (Fig. 11). Les douleurs coccygiennes (coccygodynie) dues à une chute en arrière ou un accouchement pouvaient être lancinantes. Elles n’ont pas manqué d’avoir été signalées aux médecins.

 

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           Ces structures osseuses internes sont souvent assez bien rapportées dans leurs aspects superficiels, notamment chez la femme en raison de ses formes plus larges et harmonieuses (Fig. 12-14 ; 29).

 

  


 

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           2. Myologie

 

           2.1. Groupe musculaire confondu dorsal externe (groupe postérieur ou région glutéale)

 

           Situé par-dessus le plan moyen constitué du moyen fessier qui déborde en avant (lui-même superposé au petit fessier), et le plan profond postérieur composé du piriforme, de l’obturateur interne bordé des jumeaux supérieur et inférieur avec en bas de ce dernier le carré fémoral suivi du grand adducteur, le muscle grand fessier (Fig. 15 et 18) constitue la grande partie charnue de la fesse pour former sa portion superficielle bien visible sous la peau.

           Tendineux dans sa partie inférieure, le muscle tenseur du facia lata est marqué par la bandelette (tractus) ilio-tibiale (il naît de l’épine iliaque en haut pour se fixer sur le condyle latéral du tibia) (Fig. 15 et 18).

           Assez facile à deviner même quand ils ne sont pas cachés par un pagne, les moyen et grand fessiers sont bien dessinés en respectant la crête et l’épine iliaque. En dessous du grand trochanter, le tenseur du fascia lata ne fait pas défaut. La suite de la cuisse est bien lissée par les aponévroses fémorales (Fig. 19-21). Voir aussi la figurine en bois d’un prisonnier africain (E 243 = N 1 717) [5].

            Cet endroit charnu aime être protégé par un coussin (Fig. 25 et 26). Le délabrement musculaire fessier est indiqué par d’importants plis cutanés (Fig. 27).

 

 

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2.2. Groupe musculaire confondu dorsal interne (groupe antérieur)

  

            Ce groupe très interne et donc normalement non visible en surface est constitué par le muscle ilio-psoas formé du psoas majeur (grand psoas) en dedans et de l’iliaque en dehors (ce dernier tapisse en éventail la partie interne de la fosse iliaque). Les médecins égyptiens pouvaient en avoir tout de même une notion indirecte, car son bord interne issu de sa partie haute délimite un moment le paquet vasculo-lymphatique en dehors (Fig. 28). De plus, des processus purulents comme des abcès de la région des vertèbres thoraciques peuvent couramment se propager dans ses feuillets aponévrotiques (facia ilio-psoas ou pans psoatica) jusqu’à la cuisse et ceci parfois d’une façon assez spectaculaire.

Sans toutefois rentrer ici dans les détails, il faut indiquer pour comprendre cette clinique que le psoas majeur s’insère en dedans au niveau de la douzième vertèbre thoracique puis des cinq vertèbres lombaires pour se diriger sur le petit trochanter du fémur afin de s’y fixer solidement. J’en reparlerai.

 

 


 

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           3. L’aine ou région inguino-fémorale

 

           Située en avant de l’articulation coxo-fémorale, cette région sensible est limitée en haut par le ligament fémoral (lig. inguinal) qui s’étend de l’épine iliaque antéro-supérieure à l’épine pubienne, en bas et en oblique externe par le haut du sartorius (couturier) puis en dedans et en oblique interne par le moyen adducteur (Cf. infra). Ces frontières forment le triangle de Scarpa (Fig. 35).

           Se trouve à cet endroit l’anneau fémoral avec essentiellement le muscle ilio-psoas et le nerf fémoral en dehors, puis en dedans le canal fémoral (canal crural) qui contient les vaisseaux sanguins, le nœud lymphatique (et d’autres nerfs). Cet endroit est également le lieu de passage des hernies crurales (par l’entonnoir fémoral) ; les hernies inguinales faisant jour juste au-dessus de l’arcade. Ces données cliniques devaient être déjà connues des médecins du temps qui ne pouvaient pas manquer de constater les débordements intestinaux situés de part et d’autre de la solide arcade. Ainsi, la hernie fémorale est trois fois plus fréquente chez la femme. J’en reparlerai bien à propos.

 

 

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           3.1. Les vaisseaux

 

           Comme je l’ai déjà indiqué, les Égyptiens situaient très bien les gros vaisseaux. Nous trouverons donc dans cette région cruciale et dangereuse les très gros troncs vasculaires artériels et veineux, à savoir l’artère fémorale avec toutes ses destinations, la veine fémorale avec principalement la veine saphène interne (Fig. 33).

 

 

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           3.2. Les lymphatiques

 

            Pas davantage que les vaisseaux ou les nerfs, les vaisseaux lymphatiques et ses ganglions n’apparaissent dans l’art. Cependant, nous savons [6] que les cliniciens avaient recours à la palpation des principales aires ganglionnaires et pouvaient avoir à en inciser prudemment des éléments, avec, au premier rang desquels, les ganglions inguinaux localisés au niveau de l’aine (Fig. 34-36) et probablement aussi pour les médecins militaires, les ganglions poplités et le tibial antérieur.

 

           Inscrits donc dans le trigone fémoral (Triangle de Sarpa), on trouvera en surface le lymphocentre inguino-fémoral formant un amas triangulaire de quatre à vingt ganglions, puis en dessous (dans le plan infra-fasciaux) le lymphocentre ilio-fémoral situé dans le canal fémoral avec les lymphatiques profonds.

 

 

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            Les ganglions superficiels des groupes inférieurs interne et externe reçoivent les lymphatiques du membre inférieur, alors que ceux des groupes supéro-interne et supéro-externe sous cruraux reçoivent les productions issues de la fesse externe et de la paroi abdominale antérieure et latérale pour le premier et de la paroi abdominale sous ombilicale, de l’anus, de la fesse et des organes génitaux pour le second. Si le curage superficiel devait être possible à l’époque pharaonique, en revanche, les ganglions profonds sont d’un accès chirurgical plus difficile en raison de la nécessité de passer le fascia cribriformis et d’exercer le contrôle vasculaire. Cependant, il faut noter que l’importance de l’adénite peut aussi refouler les parties dangereuses et offrir un espace apparemment sous-cutané dissécable à la sonde cannelée ou avec un des équivalents égyptiens en métal cuivreux que j’ai déjà eu l’occasion de décrire [7].

 

 

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          3.3. Les nerfs

 

         Nous avons également vu que la clinique se rappelait sans cesse aux malades et aux praticiens auxquels les patients se plaignaient. Ainsi les douleurs sciatiques décrivaient déjà des passages obligés que chacun pouvait suivre à la trace et selon les géographies de distributions (dermatomes). Ces organes pleins et résistants ainsi que leurs destinations ne pouvaient pas être ignorées des spécialistes, des dissecteurs, des vétérinaires, et des bouchers. J’en ai déjà assez longuement parlé.

         À la douleur ressentie brûlante et fulgurante, et donc vive, s’opposait les impressions plus sourdes de cartonnement, de fourmillements, de paresthésies que j’évoque en clinique neurologique. Ces phénomènes atteignent le bassin, mais aussi la fesse et le périnée (Fig. 38 et 39).

 

 

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         4. La répartition des tissus lipidiques

 

         4.1. Répartition normale

 

         Normalement peu visibles chez l’homme, sauf en raison de surcharge pondérale, ou encore de pathologies particulières comme nous le verrons plus bas, les différentes situations adoptées par les tissus graisseux par contre chez la femme fournissent un enrobement à localisations particulières en raison de la physiologie hormonale qui lui est propre.

         Ainsi l’on retrouvera des aspects plus ou moins marqués de ce phénomène biologique en Égypte, en particulier au niveau des représentations des régions charnières féminines que sont ici le bassin, les hanches et les cuisses.

 

  

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         4.1. Répartitions pathologiques

 

         Certains troubles métaboliques et hormonaux peuvent également influencer la quantité et la répartition des tissus graisseux et entraîner des lipodystrophies, ou encore chez l’homme des formes gynoïdes. Par exemple, le petit groupe en calcaire peint d’Aménophis IV Akhénaton et de son épouse Néfertiti dénote un traitement quasi semblable pour les dispositions des tissus adipeux indiqués sur les deux personnes (Fig. 42 et 43) si nous prenons pour référence normale un autre couple qui ne semble pas rencontrer de problèmes de santé (Fig. 40). En effet, bien d’autres évocations de ce souverain, et voire de sa descendance avec Toutankhamon [8], présenteront des symptômes analogues.

         Je ne proposerai pas pour cette fois de diagnostic, mais il faut savoir qu’outre le syndrome de Marfran maintenant rendu peu probable d’après les dernières analyses, ou encore l’homocystinurie qu’il reste dans une certaine mesure à envisager, des possibilités sont encore à rechercher comme par exemple une variante du Loeys-Dietz syndrome – et puis, d’autres problèmes non encore répertoriés restent à découvrir. Il faudra également revenir ailleurs sur la fonction théologique « unisexe » du souverain à la fois Père et Mère qui est discernable dans les textes et que l’involontaire problématique physique du roi a pu servir à encourager pour des raisons politiques.

 

 


 

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[1] Pour plus de détails, consulter : A. Delmas, R. Rouvière, Anatomie humaine, descriptive et topographique – III, Membres, Paris, 2002.

[2] Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Les membres inférieurs - I », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 30 juin 2014.

[3] Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le membre supérieur - III - Atlas anatomique égyptien commenté (1) La ceinture thoracique », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 18 octobre 2014 ; Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le membre supérieur - IV - Atlas anatomique égyptien commenté (2) Le bras et l’avant-bras », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 27 octobre 2014 ; Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le membre supérieur - V - Atlas anatomique égyptien commenté (3) La main », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 31 octobre 2014.

[4] Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le bassin – I », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 5 juin 2014 ; Richard-Alain Jean, « Anatomie humaine. Le bassin – II, Atlas anatomique égyptien commenté (1) », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 2014.

[5] Ch. Barbotin, Les statues égyptiennes du Nouvel Empire, 2007, I, n° 65 p. 184-185.

[6] Richard-Alain Jean, 1er octobre 2014, p. 7-8 ; 18 octobre 2014, p. 17.

[7] R.-A. Jean, À propos des objets égyptiens conservés au musée d’Histoire de la Médecine, Paris, éd. Université René-Descartes - Paris V, Paris,coll. « Musée d'Histoire de la Médecine de Paris », 1999 ; R.-A. Jean, À La chirurgie en Égypte ancienne. À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Éditions Cybele, Paris, 2012.

[8] M. Gabolde, D’Akhenaton à Toutânkhamon, Lyon-Paris 1998, 118-124 et passim ; M. Gabolde, Akhenaton. Du mystère à la lumière, Gallimard,‎ 2005 ; Z. Hawass, YZ Gad, S Ismail et al. « Ancestry and Pathology in King Tutankhamun's Family », JAMA, 303, 7, 17 février 2010, p. 638-647.

 

 


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