Article complet du vendredi 27 janvier 2017 :

ANATOMIE - L'ABDOMEN - V - Splanchnologie - IV

 

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• Richard-Alain JEAN, « Anatomie humaine. L’abdomen - V, Splanchnologie - IV, Les vaisseaux profonds. Les vaisseaux digestifs. L’assimilation », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Angers, 27 janvier 2017.

 

 


 

 

 

 

 

ANATOMIE HUMAINE

L’ABDOMEN - V

SPLANCHNOLOGIE - IV

LES VAISSEAUX PROFONDS

LES VAISSEAUX DIGESTIFS

L’ASSIMILATION

 

 

Richard-Alain JEAN

 

 

          Après avoir examiné les gros conduits profonds visibles de l’abdomen, j’aborderai ici – très progressivement – ce que les savants pharaoniques devaient percevoir de la vascularisation d’une partie des organes y figurant. Et ceci, en décrivant aussi bien les vaisseaux des organes digestifs, que rapidement, ceux par exemple de la rate. Car en effet, cette étude ce veut « intégrée », afin de situer au mieux le contexte physiopathologique, dont de plus, certains éléments importants amènent à comprendre la fonction d’assimilation digestive et le transport des nutriments dans l’espace corporel en son entier (grand jb organique). Il s’agira donc en réalité de décrypter, dans un deuxième temps, la physiologie égyptienne de la nutrition. Cela n’ira pas cependant sans quelques petites redites indispensables au confort de lecture, mais réduites au minimum [1]. Elles étaient indispensables.

         Ainsi, nous découvrirons peu à peu, que les médecins de l’époque avaient compris que la nourriture, réduite à sa plus simple expression, transitait du tube digestif aux réseaux sanguins en filtrant dans des conduits très petits où les déchets restaient bloqués en amont, avant de migrer dans un processus ascendant, puis, descendant, dont les ensembles capillaires et plus importants permettent une circulation finalement générale pulsée par le cœur. Ceci représente une notion presque moderne.

 

 


 

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         1. Les conduits profonds de l’abdomen

 

         Après l’ablation de la masse viscérale antérieure, il n’était pas très difficile pour les savants égyptiens d’observer les plus gros vaisseaux profonds de l’abdomen [2]. J’ai choisi un schéma pour le démontrer (Fig. 2), parce qu’il représente bien ce qui reste après l’enlèvement rapide de l’estomac, de l’intestin avec le bloc duodéno-pancréatique, puis du foie. On remarquera donc en arrière la présence tout à fait apparente et sans effort, de la rate à droite sur la figure, et des deux reins droit et gauche en situations postérieures. Il faut aussi noter que les exérèses des organes disparus ont entraîné de multiples sections vasculaires obligatoires. En conséquence, seuls les conduits les plus importants resteront visibles. Ainsi, l’aorte apparait avec ses diverses branches réduites, les artères rénales complètes, l’artère splénique détachée, puis en bas, la fourche iliaque qui se divise pour donner les artères iliaques primitives droite et gauche. En décalage, la veine cave se montre aussi avec des branches réduites, dont les restes des veines hépatiques, les veines rénales, la veine splénique détachée, et en bas, la fourche iliaque avec les veines iliaques primitives droite et gauche. Les uretères qui descendent des calices rénaux et qui aboutissent à la vessie sont moins importants en diamètre, mais ils sont accessibles comme nous le disent les textes que nous examinerons la prochaine fois [3].

         Devant cette évocation, nous pouvons également comprendre que la rate était extraite au cours du troisième temps opératoire viscéral de l’organectomie pratiquée pendant la première étape de la momification.

 

 

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         2. La vascularisation du tube digestif

 

         Dans la mesure où il est absolument impossible que les médecins égyptiens n’aient pas remarqué les plus gros vaisseaux du « tube digestif » et l’accompagnant sur toute sa longueur, sections béantes biens visibles à chaque coupe, je parlerai ici des plus importants d’entre eux non nommés par le pEbers. Soit que cette dernière compilation, comme nous le verrons, les ait omis au moment de la réécriture dans le document incomplet qui nous est parvenu – soit – mais cela est beaucoup moins certain, que les savants de l’époque les aient considérés comme une simple suite indifférenciée de tubes creux accompagnant « naturellement » sur toute sa longueur le très long tube creux et blanc digestif, un peu à la manière d’un fagot entremêlé composé des différents tractus. En effet, cette dernière solution ne tient pas compte des rudiments de physiologie que j’ai commencé à indiquer et déjà présents pour les plus élémentaires dans les Textes des Pyramides, ni des éléments de pathologie que nous aborderons ici même, et encore d’autres plus tard.

 

         2.1. La vascularisation de l’œsophage

 

         Si les petites artères et le plexus veineux sous-muqueux sont évidemment plus difficiles à percevoir, le plexus veineux péri-œsophagien, lui, est bien visible. Et ceci, au moins dans sa partie inférieure abdominale et en raison d’une anastomose porto-cave physiologique – mais surtout, en cas d’obstruction pathologique de la veine porte (par exemple à l’occasion de l’hypertension portale occasionnée par une cirrhose du foie), ce qui provoque la constitution de varices œsophagiennes parfois assez volumineuses. Ces dernières sont donc bien visibles à la dissection sous la forme de cordons bleuâtres bien saillants (Fig. 3 a et b). De plus, seuls symptômes de leurs existences, leurs ruptures sont spectaculaires car elles entraînent de très importantes hématémèses rouges, et/ou, des melæna quand le sang est digéré (Cf. infra). La description qui en est faite dans les textes médicaux égyptiens (comme en pEbers 198. 39, 12b-14c), montre que les médecins en avaient observé l’anatomopathologie sur le cadavre, et avaient bien assimilé ce phénomène à une retenue sanguine localisée anormale. J’en reparlerai en pathologie digestive.

 

 

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         2.2. La vascularisation de l’estomac, puis du pancréas

 

         Le réseau artériel de l’estomac provient du tronc cœliaque qui est assez facile à repérer avec ces trois branches placées à hauteur égale (Fig. 4-5 et 10). Il est situé sur la face antérieure de l’aorte abdominale. Ils s’en s’échappent, entre deux autres que nous verrons, une anastomose artérielle haute (a. coronaire stomachique = a. gastriques gauche et droite) qui parcoure le sommet de la petite courbure, et, une suite artérielle basse appelée gastro-omentale (a. gastro-épiploïque droite et gauche = a. gastro-omentales droite et gauche) moins facile à découvrir (sur l’a. hépatique commune), mais qui longe ensuite très visiblement sous la séreuse toute la base inférieure de l’estomac (grande courbure). Cette dernière irrigue aussi par la même occasion, et d’une manière tout à fait observable, le grand épiploons avec ses branches inférieures parallèles omentales (Fig. 4).

         Le réseau veineux de l’estomac suit également très visiblement la petite et la grande courbure. L’anastomose gastrique haute (v. gastriques gauche et droite) longe le sommet de la petite courbure pour se jeter directement dans la veine porte des deux côtés. L’anastomose gastro-omentale suit à gauche la base de la grande courbure pour se jeter dans la veine splénique, tandis que la partie droite aboutit à la veine mésentérique supérieure qui sera elle-même collectée par la veine porte (Fig. 6).

         Le réseau lymphatique suit aussi les petite et grande courbures pour rejoindre les lymphonœuds cœliaques. Il est ensuite drainé par le conduit thoracique (Fig. 7), ce qui explique l’apparition à distance du signe clinique palpable de Troisier qui traduit alors l’atteinte des ganglions par migrations dans les cancers abdominaux dont celui de l’estomac. Je ne sais pas encore si les médecins pharaoniques avaient remarqué l’importance de ce signe bien perceptible avec deux doigts placés dans le creux sus-claviculaire gauche.

 

         Pour la vascularisation du pancréas, il faut se reporter aux artères et veines spléniques dont des branches sont dispensées au corps et à la queue de l’organe, la tête devant être considérée à l’époque comme dépendante du duodénum (Fig. 5).

 

 

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         2.3. La vascularisation du foie, de la rate, et des intestins

 

         Paradoxalement, pour la vascularisation du foie, de la rate, et des intestins, je renvoie déjà, dans un premier temps, à mes deux études : « Le système respiratoire en Égypte ancienne (6) Physiologie humaine théologique et royale (4) Conclusion cardio-pulmonaire », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 10 mars 2014, p. 8 ; « Le système respiratoire en Égypte ancienne (7) Physiopathologie (1) Associations pneumo-hépato-splénique et cardio-circulatoires », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 21 avril 2014, p. 2 et 7-9 + fig. 9.

         J’en reprends donc ici rapidement les parties concernées par commodité de lecture, et je les complète, car en effet, à cette époque pour les médecins égyptiens, foie, poumons et rate pouvaient ainsi sembler de quelques façons liés pour des raisons physiopathologiques. Une partie haute de l’intestin aussi. Et ce n’est pas complètement faux comme nous le verrons dans la suite du développement. Pour les composants lymphatiques, je ne pense pas que les Égyptiens leurs aient accordé d’autres fonctions locales que de ganglions mésentériques « sentinelles » bien perceptibles dans l’épaisseur du mésentère (Fig. 17-18) au toucher des vétérinaires lors des examens sanitaires [4].

 

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         Étrangement, la rate profiterait également en ligne de cette irrigation et de la sienne propre. Comme nous savons que ce livre correspond à une compilation, des parties peuvent être manquantes ou mal raccrochées. En ce qui concerne la rate placée à cet endroit dans le texte et comme je l’ai déjà indiqué dans deux articles, il doit s’agir ici de la fonte en un seul de deux plus anciens stiques. La partie confondue au cours du temps par les copistes et qui a de ce fait disparu a pu être : « Il y a quatre mtw pour la rate (nnšm) : ce sont eux qui lui donnent du liquide (et de l’air) ». En effet, dans ce texte en désordre (le foie est placé avant en 854 l. 100, 8-10), il doit manquer ici deux passages vasculaires abdominaux décrivant l’un le tronc cœliaque et l’autre une partie mésentérique. Ils sont chacun trop importants quant à leur taille respective et visibilité pour avoir été oubliés lors de la composition de la première rédaction. Si telle n’est pas la solution, il y en a peut-être encore une autre, l’une n’excluant pas l’autre. Il est possible en effet que les médecins égyptiens aient accordé à la rate un rapport avec la respiration malgré sa situation anatomique unilatérale particulière et qu’ils avaient compris que tout le sang provenant de cet organe était destiné au foie par l’intermédiaire de l’un des vaisseaux cités juste au-dessus (en pEbers 854 l. 100, 8b-9a - cf. infra) et communiquant avec la veine splénique (ce qui est correct). Nous avons vu également qu’il existe des liens spécifiques entre les deux fils d’Horus qui sont chargés de la rate et des poumons.

         S’il y a quatre mtw pour la rate, ils doivent correspondre à l’artère splénique qui se divise en deux branches très distinctes tout comme la veine splénique qui est réunie au foie par une certaine continuité.

 

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         Pour la vascularisation spécifique du rectum et de l’anus (pEbers 854o. 100, 11-14), les vaisseaux cités dans ce passage peuvent correspondre aux artères et aux veines rectales (Fig. 11-12, et 14). Puis, une autre lecture physiologique est en plus je crois possible (Cf. infra).

 

 


 

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         3. Les modèles animaux

 

         Je rappelle encore ici, que si chez les gros et les petits bovins que les Égyptiens avaient l’habitude de sacrifier en boucherie, la pompe cardiaque se désamorce rapidement après un tranchage carotidien et jugulaire, les veneurs ne pouvaient pas ignorer que chez l’animal de chasse atteint à la tête ou au niveau du coup pouvaient se retrouver en état de « mort apparente ». En effet, l’animal peut alors parfois souffler, et il est alors d’usage de le saigner. Mais quelquefois encore, la respiration est très atténuée et l’hypoxie prendra encore du temps pour provoquer l’arrêt cardiaque. Cela se produit aussi chez le noyé repêché inconscient (mort cérébrale). En raison de l’état de choc atténuant beaucoup les battements du myocarde, le chasseur peut alors en toute bonne fois croire que la pauvre bête est morte, et commencer à la vider de ses entrailles afin de le transporter …. Or, c’est à ce niveau que la circulation sanguine est surement la mieux perceptible à l’œil nu. Ainsi, l’on voit très nettement, pour un temps, les parcours artériels rouges, et veineux bleus foncés, mésentériques. Le « pouls mésentérique » est alors malgré tout « palpable » au contact direct de ces gros vaisseaux, même si il est, à cause du choc, souvent petit, filant et rapide, ou, il raisonne fortement au même rythme que le cœur sous les doigts si l’animal stressé non saigné commence à récupérer, même d’une façon transitoire (plaie du cou). La vie végétative perdure plus longuement chez l’animal transporté avant d’être dépecé. Ainsi, la mort réelle (cardiaque et cérébrale) ne survient qu’après l’hémorragie provoquer par l’éviscération. Cette observation est d’autant plus facile à réaliser que la séreuse péritonéale, est, comme je l’ai déjà indiqué, très transparente et que les vaisseaux y circulant y sont particulièrement bien visibles (Fig. 16-18). Seuls quelques éléments graisseux, peuvent, chez le vieil animal, ou le très gros gibier en limiter l’accès. Ces phénomènes physiologiques sont spécialement très accessibles chez le chevreuil, la biche et le cerf. Ils sont spectaculaires chez les gros félins femelles. Dans la mesure où l’éléphant doit être le plus souvent atteint à la tête avant d’être effondré, il est également patent chez la femelle jeune. À titre exploratoire et pédagogique, et avec un peu de finesse, le petit gibier se prêtera assez bien à toutes ces constatations aisément reproductibles.

 

 

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         4. Physiologie

 

         J’ai déjà indiqué les éléments de vocabulaire désignant la prise de nourriture, son acceptation ou son rejet, puis enfin, ceux concernant l’excrétion des déchets digestifs.

         Beaucoup d’auteurs pensent que les Égyptiens n’avaient qu’une très vague idée de la digestion, ce qui est probablement juste quant aux détails. Mais en examinant bien certaines notions pathologiques – comme celles liées aux hémorragies extériorisées, et encore d’autres constatations ne nécessitant qu’une observation simple à la dissection, ou lors de la préparation des viscères de boucherie – l’on peut cependant amorcer quelques réflexions.

 

         4.1. Physiopathologie

 

         Je ferai encore maintenant référence, et par commodité de lecture, à une section de mon travail déjà publiée en partie dans l’article suivant : « Le système respiratoire en Égypte ancienne (7) Physiopathologie (1) Associations pneumo-hépato-splénique et cardio-circulatoires », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 21 avril 2014, p. 11-12 + fig. 11 p. 13 – et cette fois, un peu de façon adaptée et enrichie pour cette abord précis de la physiologie de la digestion.

 

         Certains centres hémorragiques en effet, semblent faire pendant aux saignements de nez décrits par les textes et dont j’ai déjà parlé. Ce sont, à l’opposé, ceux signalés comme capables de provoquer des saignements qui peuvent être dus certes aux très courantes hémorroïdes (αἱμορροΐς « flux de sang »), mais aussi, à d’autres affections plus hautes des voies digestives donnant par exemple un melæna (sang partiellement digéré oxydé et noir stocké dans le tractus, d’où ma traduction) :

 

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         Ainsi, les répercussions vasculaires potentielles de maladies plus générales sont claires, aussi bien aux étages digestifs, que circonscrites ou surajoutées aux membres inférieurs. Effectivement, un membre mal vascularisé est en danger. D’autres textes le confirment. D’autres passages semblent aussi indiquer que localement, les pertes exagérées de sang bleu avec les ruptures variqueuses, ou bien rouge avec encore les anévrismes (par exemple poplités), « coupent les jambes ».

 

         Cette étude anatomique et physiopathologique nous montre que les médecins de l’époque considéraient des mtw creux sanguins, dont certains sont pulsatiles et d’autres pas, qui cheminent de concert puis s’introduisent bien visiblement dans des viscères. Cela est surtout manifeste avec les organes perméables comme le cœur et les poumons, les organes pleins comme le foie, la rate et les reins, et enfin, les organes creux digestifs. Dans tous les cas, ils semblent les « traverser ». Le sang véhiculé est donc bien à ces niveaux, comme encore par exemple dans les membres avec les mtw pleins musculaires, susceptible d’interagir.

         Il existe aussi des organes « mtw traversants » comme la trachée, l’œsophage, l’estomac, le duodénum, l’intestin grêle, le gros intestin se terminant par le rectum, et la vessie. Ils forment des tractus. Ces parties anatomiques sont exclusivement ouvertes à peu d’endroits capables de saigner beaucoup (je ne tiens pas compte ici des otorragies), c’est-à-dire au niveau du nez et de la bouche communiquant avec l’œsophage en haut, puis en bas à la hauteur du petit bassin avec l’urètre, le vagin et l’anus. Cet « effet traversant » avec « absorption » de ce qui est « pur » dans la partie supérieure du sujet et « rejet » de ce qui est « impur » dans sa partie inférieure, – avec de plus une gradation possible de la colorimétrie bien que variable selon les maladies mais pouvant donner du sang dénaturé noir profond en cas de melæna – , a pu faire d’une certaine façon imaginer aux Égyptiens un « parcours délétère » suivant le sens descendant digestif, urinaire et endométrial, ce qui n’est certes pas faux. Je ne suis cependant pas sûr que le dernier texte cité plus haut (pEbers 856h) corresponde pour cette fois à une figuration de mélanges sangs-selles, mais tout au plus participant d’un « cheminement parallèle » avec possibilités d’extravasations pathologiques (Fig. 27 a et b). Car enfin si l’on regarde bien ce qui est écrit, dans la première proposition « (les mtw) vont ensemble au cœur », ce qui n’est pas faux. Vient ensuite la deuxième proposition qui peut très bien montrer un exemple : « ils se dispersent au niveau de son nez », c’est-à-dire que ces vaisseaux ayant un peu perdu de leur importance en s’éloignant continuent à se ramifier pour former ce que nous appelons aujourd’hui des « vaisseaux capillaires » (artérioles et veinules), ce qui est parfaitement correct. En fin de stique, l’auteur choisit de dire qu’ils « se rassemblent au niveau de son anus » (du sujet), ce qui est bien une autre possibilité quant à la double vascularisation du rectum. Personnellement, je me demande si nous n’avons pas, plutôt qu’une suite géographique fixée, un début d’explication des accompagnements vasculaires de plus en plus ténus qui se manifestent au fur et à mesure des éloignements des organes. Ce qui serait logique et bien visible à l’observation sans instrument. D’où l’idée des éléments « traversants » et de ceux « traversés ». On pourrait peut-être ajouter que ces exemples ne sont pas pris par hasard. Ainsi du nez, nous l’avons vu, s’écoule toujours du beau sang rouge en raison du mécanisme artériel que j’ai rappelé. Or, les voies basses peuvent donner tout autre chose … et elles représentent bien l’excrétion : « ce sont les évacuation (wzšt) (de l’ampoule rectale) qui les conduisent (au dehors) » (17-18), donc, avec le produit de la dissimilation. De plus, la suite de ce passage du pEbers exprime bien une situation pathologique. Ce qui est avéré, quelle qu’en soit la localisation (haute ou basse). La fin du texte prend l’exemple des membres inférieurs (rd.wy) qui peuvent « mourir » (mwt) s’ils sont pareillement traités (18), c’est-à-dire manquant d’air (mal oxygénés). Par exemple dans l’artérite, c’est la gangrène qui guette. Il serait alors possible de voir, entre autres, dans ce passage, un essai de distinction du premier sang (rouge) et du deuxième sang (bleu), puis d’une couleur dénaturée dans certaines pathologies (brun, noir). C’est à tout le moins ce qui peut être vu, et à l’œil nu, par tous, sans aucune autre préparation sophistiquée en laboratoire.

 

  


 

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         4.2. Exemple : les hémorroïdes

 

         4.2.1. Les hémorroïdes externes

 

         Les hémorroïdes externes compliquées étaient parfaitement visibles et accessibles au bistouri du chirurgien pharaonique qui pouvait inciser une thrombose située sur la marge anale (Fig. 21-22).  

 

 

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         4.2.2. Les hémorroïdes internes

 

         Les formations vasculaires internes n’étaient pas accessibles, ou alors, le traitement pouvait simplement consister à pratiquer rapidement une incision et à extraire les caillots à la curette, comme sur les thromboses externes, mais en passant par un anuscope tubulaire ou un speculum métallique comme ceux représentés dans le temple de Kôm Ombo et dont j’ai déjà plusieurs fois parlé [7]

 

 

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         4.3. Constatations biologiques

 

         Nous venons de voir, à propos de la migration des sangs modifiés, que leurs couleurs et aspects pouvaient varier. Il est un autre produit naturel qui a sans doute rebuté les savants qui l’on rencontré dans leurs études menées lors des dissections, des éviscérations accidentelles, ou même chez l’animal chassé ou de boucherie : c’est le liquide alimentaire circulant. Car en effet, dès ses premières transformations, en passant pour nous de l’état de bol alimentaire, à celui de chyme gastrique, puis de chyle intestinal dans le duodénum et dans la longue suite grêle, ce produit biologique devient très vite, et sur son trajet le plus long, très peu attractif du fait de sa décomposition en éléments assimilables par l’organisme. De quoi effrayer tous les sens, si l’on se rappelle déjà ce que nous procure comme sensation le vomit, et qui n’en est pourtant que le premier stade. Dans la dernière partie du voyage alimentaire, c’est le côlon qui accueil ce qui n’a pu être digéré afin d’en extraire la plus grande partie de l’eau résiduelle, et de le transformer en pâte solide qui continuera de se modifier sous l’action des bactéries, puis, la fermentation produira des gaz nauséabonds.

         Le chyme gastrique correspond à une bouillie semi-liquide, de couleur grisâtre à brunâtre (Fig. 19 b). Ensuite, si le chyle du grêle avec son aspect final laiteux se dirige bien en périphérie aux contacts villositaires les plus intimes sous l’action du péristaltisme, il doit sa transformation aux sucs émis par les glandes digestives, ce qui lui donne un tout autre aspect dans la lumière intestinale, où il prend souvent une couleur jaunâtre à verdâtre qui ira en ce concentrant jusqu’au brun au fur et à mesure de l’absorption des constituants nobles (Fig. 19 c et d). Tout ce processus dépendra également de la qualité et de la quantité des nourritures ingérées. En suite de cela, tout le monde connait l’apparence et l’odeur du contenu du gros intestin.

         Par exemple pour s’en prémunir, en chirurgie, il est d’usage de poser quatre grands clamps spéciaux sur la paroi externe des parties à sectionner afin de ne pas souiller le champ opératoire.

 

 


 

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         En dissection, il faut absolument installer des ligatures aux extrémités avant d’isoler les pièces anatomiques intestinales. Il ne faut pas oublier qu’en cuisine, le nettoyage de la tripe intestinale et très important.

         En résumé, il est très probable que les savants égyptiens avaient conscience de tout cela, et que c’est la raison pour laquelle, le terme qui désigne la « matière intestinale » – et évoluant sur tout son trajet – gardera le même nom, s « chyme/chyle », que celui des « excréments » émis à l’issus. C’est ce que semble bien nous suggérer encore un autre texte :

 

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         Ainsi, dans un premier temps qui est physiologique, ce mélange de matières et de sang est destiné à aboutir dans tous les membres, jusqu’à leurs extrémités corporelles en fin de procédure. Ce qui est à mon avis tout à fait exacte si l’on considère qu’à ce stade de la digestion, c’est bien de la « matière-chyleuse » (s) dont il s’agit (du chyle directement absorbable). En ce sens, l’anus symboliserai à lui seul la totalité du tube digestif (un peu comme parfois la bouche peut le faire), sont aboutissement géographique, mais aussi, le terme du « processus physiologique de digestion ». Ce dernier enchaînement se caractérise par le passage du contenu utile et nutritif des intestins vers le sang par l’intermédiaire des quatre vaisseaux-mtw qui représentent certes la vascularisation intestinale locale, mais aussi très probablement puisque nous sommes dans un système ascendant, les gros troncs mésentériques, la veine porte qui arrive au foie, puis la veine cave inférieure qui mène au cœur. Le myocarde à son tour répartira les aliments dans tous les membres et des deux côtés du corps humain représenté dans ce schéma biologique succinct. J’ai retracé cette perception (Fig. 18, 27a, 28-29).

         Il est aussi tout à fait possible de prévoir un deuxième niveau de lecture physiopathologique, sans avoir à le réécrire. C’est-à-dire, en prévoyant que les intestins ou les vaisseaux sont susceptibles de se boucher et que les choses se passent mal à un niveau organique ou vasculaire, vasculaire proche ou vasculaire plus éloigné, y compris les stagnations ou les ruptures. Nous rejoignons de cette façon les autres textes médicaux égyptiens.

 

 


 

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         Nous remarquerons qu’il n’y a pas de solution de continuité entre l’entrée capillaire intestinale descendante qui en est de ce fait partie intégrante, et la suite du capillaire sanguin veineux qui le continue – mais d’une façon cette fois ascendante puisque le sang enrichi des nutriments remonte jusqu’au cœur par l’intermédiaire des gros vaisseaux porte, puis hépatiques et cave inférieur. Dans cette conception exclusivement mécanique et hémodynamique, c’est bien le tissu intestinal qui se transforme en tissu vasculaire aux niveaux capillaires visibles à l’œil nu et affleurant sur la surface externe de l’organe (Fig. 18, 21a, 23). Ainsi, la matière impure se retrouve bloquée au niveau d’un goulot d’étranglement, tandis que la matière noble mêlée, plus pure et donc acceptable par l’organisme, franchi le diamètre tubaire réduit pour finalement se mélanger avec le sang en aval. Bien que cette perspective soit très particulière, elle n’en reste pas moins astucieuse à une époque où la microscopie n’existait pas. Elle rejoint en cela, par exemple, une propagation vacuolaire lipidique (vésicules de pinocytose) [8], dont il ne faut pas oublier qu’elle est également dirigée de part et d’autre d’une cellule intestinale (entérocyte), c’est-à-dire de sa base absorbante à son extrémité haute où ces nutriments gras se rassembleront pour migrer dans les vaisseaux chylifères lymphatiques (Fig. 32 a). Cette suite vacuolaire en pointillés successifs dans le temps, formerait bien un canal si l’on en joignait ensemble les parois constitutives individuelles. Cette forme de passage biologique actif se transformerait ainsi en un « tube virtuel » efficace. Ensemble, ces axes représenteraient autant de capillaires intestinaux-vasculaires disséminés sur l’organe comme l’imaginaient les savants égyptiens, et en fonction de ce que nous disent les textes et de leurs traductions en deux dimensions schématiques, et en trois dimensions anatomo-physiologiques établis en toute logique.

         Il restera à déterminer si les nutriments transitent jusqu’au bout du processus normal en raison de leurs différentes tailles respectives compatibles avec les faibles diamètres aménagés aux différents niveaux des ouvertures capillaires, et qui peuvent être différentes, ou, résultant de leur propre malléabilité. Probablement les deux dans l’esprit égyptien, et en fonction des substances initiales dont elles proviennent, avec des propriétés fermes et cassantes, ou molles et grasses. Il sera aussi à rechercher dans les textes quelques indices indiquant quelques « intelligences » à l’instar de certaines entités pathologiques, d’esprits pétris de mauvaises intentions, de morts ou de mortes, voir des poisons maléfiques cherchant tous activement à s’insinuer dans quelques passages corporels, ou téléguidés par une divinité. Cette dernière proposition, si elle est impensable pour nous modernes, ne serait pas incohérente à cette époque lointaine. Voir en exemple quelques théodynamiques médicamenteuses dont j’ai déjà commencé à parler à propos de la pharmacologie pharaonique.

 

 


  

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[1] Ainsi encore, il faut noter que les schémas ont été adaptés, simplifiés, ou augmentés en fonction du thème digestif traité ici. Par exemple, les éléments physiopathologiques non utiles à la compréhension de la physiologie de l’assimilation des nutriments, comme par exemple les « points de côté », ont été enlevés dans la fig. 10 ; par contre, les « désordres cliniques digestifs associés » ont été ajoutés dans la fig. 20 … etc. Ces schémas ne sont donc pas semblables et interchangeables avec les figures initiales contenus dans les articles originaux correspondants.

[2] Pour plus de détails en anatomie moderne concernant les vascularisations abdominales artérielle, veineuse, et les lymphatiques, on se reportera naturellement à : H. Rouvière, Précis d’anatomie et de dissection, Paris, 1978, p. 602-619 ; H. Rouvière, A. Delmas, Anatomie humaine descriptive, topographique et fonctionnelle, II, Tronc, Paris, 2002, p. 195-229 ; 236-262 ; P. Kamina, Anatomie clinique, III, Thorax. Abdomen, Paris, 2013, 129-130, 138-148 ; p. 149-153, 159-165, 167-168, 170.

[3] R.-A. Jean, « Anatomie humaine. L’abdomen - VI, Splanchnologie - V, La rate. Les reins, l’excrétion », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Angers, 28 février 2017.

[4] R.-A. Jean, L’Art vétérinaire et la naissance des bovins dans l’Égypte ancienne, Biltine, 1998 et réimpression anastatique en 2011 ; 3e édition revue et augmentée en 2012, p. 14-15 et texte égyptien page 8 ; — « Anatomie humaine. L’abdomen - II, Splanchnologie - I, et Atlas », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Angers, 25 octobre 2016, p. 10-12 et fig. 19.

[5] R.-A. Jean, « Le système respiratoire en Égypte ancienne (7) Physiopathologie (1) Associations pneumo-hépato-splénique et cardio-circulatoires », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Cherbourg, 21 avril 2014, p. 7-9 + fig. 9 ; — « Anatomie humaine. L’abdomen - III, Splanchnologie II », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne, Angers,30 novembre 2016, p. 4, et fig. 20 p. 13. Th. Bardinet, « Le niveau des connaissances médicales des anciens Égyptiens », dans Égypte, Afrique et Orient, 71, septembre 2013, p. 41.

[6] Voir pour cela : R.-A. Jean, A.-M. Loyrette, « À propos des textes médicaux des Papyrus du Ramesseum nos III et IV, II : la gynécologie (1) », dansS.H. Aufrère (éd.), Encyclopédie religieuse de l’Univers végétal (ERUV III), OrMonsp XV, Montpellier, 2005, p. 469-470, et tableaux : 19 p. 469, 20 p. 471, 22 p. 475, 23 p. 473.

[7] Voir à ce sujet : R.-A. Jean, À propos des objets égyptiens conservés au Musée d’Histoire de la Médecine, éd. Université René-Descartes – Paris V, coll. « Musée d'Histoire de la Médecine de Paris », Paris, 1999, p. 31-32 et planche III p. 74 ; — , La chirurgie en Égypte ancienne. À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Éditions Cybele, Paris, 2012, p. 29-31 ; — , « Médecine et chirurgie dans l’ancienne Égypte », dans Pharaon Magazine, n° 11 - Novembre 2012, p. 50-51.  — , « Dioptres ancêtres des grands spéculums. À propos de deux représentations égyptiennes », dans Clystère (www.clystere.com), n° 29, avril 2014, p. 5-13.

[8] C’est-à-dire, des micro-invaginations basales migrantes contenant chacune une gouttelette lipidique émulsionnée par les sels biliaires et hydrolysée par les lipases en glycérol, en acides gras, en mono et diglycérides, plus des vitamines liposolubles (A, E, D). Ces produits passent ensuite par le réticulum endoplasmique lisse et l'appareil de Golgi avant d’être libérés de la même manière au sommet de l’entérocyte pour traverser la membrane basale et celle des chylifères où ils seront collectés dans le réseau lymphatique, avant de se rassembler dans la citerne thoracique. Les autres nutriments, comme les polyosides hydrolysés en sucres simples et les polypeptides hydrolysés en acides aminés et en autres petits peptides par les peptidases utilisent, eux, des trains de transporteurs membranaires spécifiques afin de traverser l’entérocyte en suivant le même axe pour ensuite franchir la membrane basale, mais pour se rassembler après dans les capillaires sanguins.

 

 

 


 

 

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